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Décision

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Chatigny c. Emerson Électrique du Canada ltée

2011 QCCS 1896

JD1002

 
COUR SUPÉRIEURE

 

CANADA

PROVINCE DE QUÉBEC

DISTRICT DE

MONTRÉAL

 

N° :

500-17-041242-085

 

 

 

DATE :

20 avril 2011

 

 

 

 

 

SOUS LA PRÉSIDENCE DE :

L’HONORABLE

KEVIN DOWNS, J.C.S.

______________________________________________________________________

 

 

CLAUDINE CHATIGNY,

ROGER J. DAUNAIS,

CHRISTIAN DE VARENNES,

HAROLD PERRAULT,

BENOIT HURTUBISE,

STEVE ROY,

JACQUES POULIN

 

Partie demanderesse

c.

 

EMERSON ÉLECTRIQUE DU CANADA LIMITÉE

            Partie défenderesse

 

 

                                                                                                                                                                                                                 

 

JUGEMENT

______________________________________________________________________

 

 

[1]           Les demandeurs réclament collectivement de la défenderesse la somme de 768 433 $, représentant le solde de leur fonds de pension qu’ils allègent être en droit de réclamer suite à leur licenciement comme employés-cadres de la défenderesse.

[2]           Cette somme de 768 433 $ est répartie entre les demandeurs comme suit :

§  Claudine Chatigny :                 60 123 $

§  Roger J. Daunais:                 122 015 $

§  Christian de Varennes :        127 406 $

§  Benoît Hurtubise :                    60 637 $

§  Harold Perrault :                       49 540 $

§  Steve Roy :                               73 573 $

§  Jacques Poulin :                    275 139 $

 

LES FAITS

[3]           En septembre 1998, les demandeurs sont tous à l’emploi de la société Northem Telecom Canada (ci-après « Nortel »), division Pouvoirs et Énergie.

[4]           À la même date, la compagnie Astec, devenue par la suite Emerson Électrique du Canada ltée (ci-après « Emerson »), la défenderesse, acquiert cette division de Nortel et les demandeurs deviennent tous des employés de la défenderesse Emerson.

[5]           Suite à la réorganisation par la défenderesse de cette division Pouvoirs et Énergie, les demandeurs sont tour à tour remerciés de leurs services aux dates suivantes :

-  Claudine Chatigny          :       26 avril 2002

-  Roger J. Daunais            :       1er mars 2002

-  Christian de Varennes   :       3 novembre 2006

-  Benoit Hurtubise             :       15 avril 2005

-  Harold Perrault                :       20 mai 2005

-  Steve Roy                        :       16 décembre 2008

-  Jacques Poulin               :       16 décembre 2008

[6]           Les demandeurs allèguent que même s’ils sont des employés québécois, la défenderesse a omis de se conformer à son obligation de calculer la valeur actualisée de leur fonds de pension lors de leur licenciement suivant la Règle du 55 prévue à la loi ontarienne intitulée Pension Benefits Act.

[7]           Les demandeurs invoquent l’article 6.2.1 du régime de retraite de la défenderesse, article identique que l’on retrouve dans le régime de Nortel, qui se lit comme suit :

« 6.2 Special terminations

If, in the Company’s opinion, the employment of a significant number of Members is being terminated as a result of the discontinuance or reorganization of part of the Company’s business, the Company may, by notice to the Administrator, determine that such Members shall have the same rights, in respect of benefits, options and information that would be applicable under the Pension Benefits Act (Ontario) or other applicable legislation, as same may be amended from time to time, in the case of a partial plan wind up. Notwithstanding the foregoing, the application of the special provisions of this section 6.2 shall not provide any Member or other person with any entitlement to the distribution of surplus assets of the Plan. »

 

[8]           La loi ontarienne prévoit à l’article 74 ce qui suit :

« 74. (1) En Ontario, un participant à un régime de retraite dont le total de l’âge plus le nombre d’années d’emploi continu ou d’affiliation continue est d’au moins cinquante-cinq, à la date de prise d’effet de la liquidation totale ou partielle, à droit à l’une des pensions suivantes :

      a)   une pension conforme aux conditions du régime de retraite si, aux termes du régime de retraite, le participant est admissible au paiement immédiat d’une prestation de retraite ;

      b)   une pension conforme aux conditions du régime de retraite, commençant à la plus antérieure des dates suivantes :

            (i) la date normale de retraite prévue par le régime de retraite ;

            (ii) la date à laquelle le participant aurait droit à une pension non réduite aux termes du régime de retraite si celui-ci n’était pas liquidé et que l’affiliation du participant avait continué jusqu’à cette date ;

      c)   une pension réduite dont le montant correspond à celui à verser aux termes du régime de retraite commençant à la date à laquelle le participant aurait droit à la pension réduite en vertu du régime de retraite si celui-ci n’était pas liquidé et que l’affiliation du participant avait continué jusqu’à cette date.

                                                                                         Soulignements du Tribunal

 

[9]           Ainsi, les demandeurs ont reçu collectivement la somme de 1 232 959,65 $ lors de leur licenciement respectif, plutôt que la somme de 2 001 392,65 $ suivant l’application de la Règle du 55, d’où la réclamation de 768 433 $.

[10]        La défenderesse nie les prétentions des demandeurs, alléguant qu’elle n’a pris aucun engagement explicite ou implicite ni fait aucune promesse quant l’application de la Règle du 55 lors de l’acquisition de la division de Nortel.

LA PREUVE

    4  Le codemandeur, Jacques Poulin

[11]        M. Poulin a débuté son emploi chez Nortel en 1984 comme ingénieur en fabrication et transmission.

[12]        En 1987, il a profité d’un congé sabbatique pour obtenir sa maîtrise et, en 1989, il était de retour au département de l’énergie à titre de gérant. Il cumulait à ce moment-là plusieurs postes.

[13]        En 1998, il devient vice-président des ventes de systèmes jusqu’en 2001 alors qu’une première restructuration de la division survient.

[14]        Il assume d’autres responsabilités à titre de cadre jusqu’en 2008 où il est remercié de ses services.

[15]        En août 1998, il a appris de son directeur, M. Fred Glucksman, que la division allait être vendue à Astec. Il a dû signer à cet effet une entente de confidentialité pour la période « due diligence », période d’information et de négociation précédant la vente (période de validation). Le directeur lui mentionne que les conditions d’emploi demeureront les mêmes que chez Nortel.

[16]        D’ailleurs, à cet effet, il a reçu une lettre de son nouvel employeur (pièce P-2) qui confirme la continuation de son emploi, laquelle se lit comme suit :

« September 17, 1998

 

Mr. Jacques Poulin

 

[…]

 

Re : Continuation of Employment with Advanced Power Systems

 

On behalf of Astec, I am pleased to confirm that following the closing of our transaction with Northern Telecom for the purchase of the APS business, you will continue employment with Astec Advanced Power Systemps divisionin the position of Director-Marketing of APS. We anticipate the closing willoccur on or about September 25, 1998. You will need to sign the attached copy of this letter signifying your acceptance of this employment offer and return it to me prior to the closing date. You also need to sign the attached non-disclosure agreement (similar to your present agreement on file with Nortel) and return it as well.

 

Your employment with Astec Advanced Power Systems will commence immediately following the closing of the transaction and the following conditions will apply:

 

·         Your annual salary wil be C$118,000;

·         Your past service with Nortel will be credited as service for all purposes;

·         You will be subject to Astec Advanded Power Systems’ policies and procedures;

·         Your pension benefits accrued in the Northern Telecom Pension Plan will be transferred in total to the Astec Advanced Power Systems Pension Plan, which will have an identical plan design including post-retirement benefits and transitional retiring allowance;

·         You will be eligible for benefits as an Astec employee, including health and life insurance to be provided at the same level as you currently enjoy with Nortel;

·         Astec will establish a plan similar to the Nortel Investment Plan and your account balance will be transferred per your instructions;

·         You will continue to participate in the Senior Management Incentive Award Program (SMIAP) at the 17.5 percent of vase salary target level;

·         You will receive 75,000 stock options over the shares in Astec, with the option price established the day after closing of the transaction, subject to the terms and conditions of the program (attached);

·         You will be eligible to receive 30,000 shares in the 1998 Astec Long Term Incentive Program (LTIP), subject to the terms and conditions of the program (attached);

 

In the event that your employment is terminated by Astec for a reason other than cause, Astec will provide you with the greater of your entitlements under Canadian law, and base salary and the benefit continuation for the remainder of a two year period that commences on the date of closing.

 

Welcome to the Astec family and I look forward to working with your and the entire APS team,

 

Sincerely,

 

Howard L. Lance »

                                                                                   Soulignements du Tribunal

 

[17]        Il a assisté à la première rencontre d’information de la vente à tous les employés syndiqués et non syndiqués de la division, rencontre générale tenue dans la cafétéria à Lachine. Il déclare que tous les employés étaient sous le choc.

[18]        M. Howard L. Lance, chef de la direction, et Mme Rita Soza, vice-présidente ressources humaines, faisaient partie du panel et représentaient l’acheteur, alors que M. Fred Glucksman et Mme Joanne Goudreau, représentaient Nortel lors de cette séance d’information générale.

[19]        Il y a eu une présentation PowerPoint avec les documents qui précisent qu’il n’y aura aucun changement dans les conditions de travail ,non plus quant à l’éligibilité et à la conception du plan de pension (pièces P-23 et P-23 A). Il déclare qu’il se souvient de ce document convaincant quant à la non-ambiguïté du message.

[20]        Suite à cette rencontre générale, des rencontres d’information plus particulières pour les non syndiqués ont eu lieu les 10 et 11 septembre 1998.

[21]        Il déclare que la période de transition a duré deux ans et fut plutôt difficile et chaotique pour finalement continuer tel que promis.

[22]        Quant à sa connaissance de la Règle du 55 concernant le fonds de pension, il en avait une connaissance très sommaire. Il ajoute qu’il ne connaissait pas cet aspect avant la transaction, ce sujet fut cependant discuté lors des rencontres de corridor.

[23]        C’est lors de la transaction en 1998 qu’il a appris l’existence de cette Règle du 55 et que cela était respecté pour les employés du Québec lors d’une fin d’emploi exercée par l’employeur.

[24]        Il déclare qu’il a eu à traiter de la Règle du 55 lors de son licenciement en 2008. Il ajoute que les syndiqués avaient formulé un grief au motif que la défenderesse refusait d’appliquer cette Règle et que les prétentions des syndiqués ont été retenues tant par l’arbitre de grief, la Cour supérieure et la Cour d’appel du Québec.

[25]        Il déclare avoir été impliqué dans le licenciement des codemandeurs, De Varennes et Roy, et il a dû expliquer à ces derniers les motifs de leur fin d’emploi. Il a rencontré M. De Varennes en présence de M. Douglas Kelly, représentant de Astec. Ils ont discuté lors de cette rencontre de la Règle du 55. M. De Varennes était éligible à cette Règle.

[26]        Il ajoute que lors de son licenciement, il a dit à son patron, M. Bandoni, qu’il voulait le respect de la Règle du 55, ce que ce dernier n’a pas nié.

[27]        Lorsqu’il a reçu l’évaluation actuarielle de son fonds de pension accumulé, il a constaté qu’il y avait un écart en regard de l’application de la Règle du 55.

[28]        Le 16 décembre 2008, il a été avisé par lettre de sa fin d’emploi par M. Kelly (pièce P-17).

[29]        Le 24 mars 2009, il a signé, à la demande de la défenderesse, un document de fin d’emploi intitulé Transaction et Reçu quittance, se réservant toutefois ses droits quant au fonds de pension.

 

    4  Le codemandeur, Benoît Hurtubise

[30]        M. Hurtubise déclare qu’il était employé à titre d’ingénieur de la division Équipements et Énergie en 1988.

[31]        Il occupera différents postes à titre de cadre et fut remercié de ses services en 2005.

[32]        Il confirme le témoignage de M. Poulin quant à la rencontre générale à la cafétéria de Lachine ainsi que les rencontres individuelles par la suite.

[33]        Il déclare que M. Lance a fait une présentation de la nouvelle compagnie en précisant que les conditions d’emploi ne changent pas, sauf le signataire du chèque. Il ajoute que dans son esprit il était clair qu’il n’y aurait aucun changement.

[34]        Lors de la vente en 1998, il a entendu parler de la Règle du 55, mais cela était très vague. Il mentionne qu’il était jeune employé à l’époque et il ne savait pas de quelle façon cette règle pouvait s’appliquer, mais que son intérêt à cet égard s’est accentué lors du grief du syndicat à ce sujet.

[35]        Lorsqu’il reçoit son relevé actuariel de son fonds de pension en juillet 2005, l’actuaire Morissette lui confirme que la Règle du 55 n’est pas appliquée.

 

    4  Le codemandeur, Roger J. Daunais

[36]        M. Daunais a débuté son emploi en 1978 comme ingénieur industriel.

[37]        Il confirme le témoignage des codemandeurs qui l’ont précédé à l’audience.

[38]        Il se souvient qu’il y a eu des questions sur la Règle du 55 lors des rencontres d’information et que les représentations étaient que cette règle serait maintenue pour ceux qui seraient éligibles lors de leur fin d’emploi.

[39]        Il déclare que lors de son licenciement, il entretenait de forts doutes quant à l’application de la Règle du 55 par la défenderesse. Il ajoute qu’il attendait l’issue du grief des syndiqués avant de s’assurer du bien-fondé de sa demande.

[40]        Le 3 juillet 2007, l’actuaire Louis Morissette lui confirme que la Règle du 55 n’est pas appliquée dans son cas. Il était éligible à la Règle du 55 en 1998, bien que remercié de ses services le 1er mars 2002.

    4  Le codemandeur, Steve Roy

[41]        M. Roy a débuté son emploi en janvier 1995 comme ingénieur en conception.

[42]        Il confirme les témoignages précédents des codemandeurs.

[43]        Il a été avisé de sa fin d’emploi le 16 décembre 2008. Il a entendu parler de la Règle du 55 lors de la transaction en 1998.

 

    4  Le codemandeur, Christian De Varennes

[44]        M. De Varennes a débuté comme ingénieur mécanique en 1984.

[45]        Il confirme le témoignage des codemandeurs. Quant à la Règle du 55, il réfère à la lettre (pièce P-9) de M. Domanico, directeur aux bénéfices de la société, reproduite comme suit :

«                                                                                                                     Nortel

                                                                                                   Northern Telecom

Le 21 septembre 1998                                                                                               

 

   Dest. :    Employés du groupe APS qui participent au Régime de retraite des cadres et du personnel non syndiqué

 

   Exp. :      Carmine Domanico

 

   Objet :    Vente du groupe Systèmes d’énergie évolués (APS)

 

La présente lettre a pour objet de résumer les modalités de l’entente entre ASTEC et Nortel en ce qui concerne le régime de retraite, l’allocation de transition et l’assurance médicale des retraités offerts au personnel du groupe Systèmes d’énergie évolués. Le contrat de vente prévoit les modalités suivantes :

 

§  un transfert des éléments d’actif liés aux prestations de retraite accumulées en fonction des années de service à Nortel et

§  un règlement financier d’un montant égal aux prestations projetées, accumulées en fonction des années de service à Nortel, qui devront être versées au titre de l’allocation de transition et de l’assurance médicale des retraités.

 

Dans le contrat de vente, ASTEC s’est engagée à fournir aux participants touchés les avantages (selon leurs années de service à Nortel) auxquels ils auraient eu droit selon les dispositions des régimes de Nortel en vigueur à la date de la vente. ASTEC, semble-t-il, continuera d’offrir les mêmes avantages à l’avenir.

 

Le montant des éléments d’actif à transférer dans les régimes de retraite d’ASTEC sera calculé à la date de la conclusion de la vente (à déterminer), selon la plus élevée des sommes suivantes :

 

§  le passif actuariel à long terme pour les employés mutés, calculé selon les hypothèses convenues par les parties en cause; et

§  les engagements touchant la solvabilité pour les emplo9yés mutés, calculés en fonction des salaires en vigueur au moment de la conclusion de la vente. Pour déterminer les engagements touchant la solvabilité, les parties ont accepté d’inclure à la fois la "règle du 55" et un engagement pour l’indexation à la retraite. Veuillez noter que la "règle du 55" a été incluse non seulement pour le personnel de l’Ontario, mais aussi pour celui du Québec, et que les droits de bonification pour la "règle de 55" s’appliquent aussi à la retraite prise à la demande de l’employé.

 

Le montant final des éléments d’actif transférés et des paiements en argent ne sera déterminé qu’une fois que la liste de tous les employés mutés aura été confirmée par ASTEC.

 

Un relevé des transferts sera produit et déposé auprès de la Commission des régimes de retraite de l’Ontario. Il devrait être prêt à être déposé avant la fin de l’année, après que ASTEC et ses actuaires auront pu en prendre connaissance. Les employés pourront obtenir sur demande un exemplaire du rapport.

 

En attendant l’approbation des montants transférés, Nortel continuera d’administrer les prestations de retraite et les allocations de transition versées aux employés qui prennent leur retraite ou qui quittent leur emploi en tenant compte de leurs années de service au sein de Nortel.

 

J’espère que la présente lettre vous donnera tous les renseignements nécessaires au sujet de cette transaction.

 

Veuillez agréer mes salutations distinguées. »

 

Carmine Domanico

(original signé)                                                                                                           

 

                                                           Soulignements du Tribunal

 

[46]        Il a été remercié de ses services le 5 octobre 2006. M. Poulin était son supérieur, qui lui confirme que la Règle du 55 s’applique dans son cas.

[47]        Il a rencontré M. Kelly le 3 novembre 2006. Ce dernier lui a dit qu’il bénéficierait de la Règle du 55 et que le grief des syndiqués était réglé. Il a appris par la suite que la Règle ne s’appliquait pas. Il a alors communiqué avec M. Kelly, qui lui répond qu’il faut en discuter.

    4  La codemanderesse, Claudine Chatigny

[48]        Mme Chatigny débute son emploi comme secrétaire. Elle est syndiquée jusqu’en 1998.

[49]        Par la suite, elle devient employée-cadre et agit comme chef de projet et responsable de l’implantation du système informatique.

[50]        Elle a assisté à la rencontre générale dans la cafétéria à Lachine.

[51]        Lors des rencontres subséquentes, Mme Soza, des ressources humaines de la défenderesse, déclare que la Règle du 55 est maintenue. Le seul changement qui survient réside quant au signataire du chèque.

[52]        Elle entendait souvent parler de la Règle du 55, mais ne savait pas de quelle façon établir les calculs. Les informations venaient surtout des syndiqués. Elle avait reçu la lettre de M. Domanico et cela la rassurait.

[53]        Elle a été remerciée de ses services le 7 janvier 2002.

[54]        C’est en 2007 que l’actuaire l’informe qu’elle ne bénéficie pas de la Règle du 55. Elle ajoute qu’en 2002, elle entretenait des doutes quant au respect de cette Règle puisque les syndiqués ne l’avaient pas reçue.

 

    4  Le codemandeur, Harold Perrault

[55]        M. Perrault a débuté son emploi en 1992 comme comptable au département des finances.  Il a été remercié de ses services le 20 mai 2005.

[56]        Il confirme le témoignage des codemandeurs. Lors de la rencontre générale à la cafétéria ainsi que les rencontres subséquentes, Mme Soza a représenté qu’il n’y aurait aucun changement quant à la Règle du 55.

[57]        Il ignorait à l’époque quel était le fonctionnement de cette règle, mais pour plusieurs employés cela semblait très important. Il ajoute que l’application de la règle allait être maintenue, mais aucune explication ne fut fournie.

 

    4  M. Roméo Éthier

[58]        M. Éthier déclare qu’il était président du syndicat des employés de bureau chez Nortel lors de la transaction de 1998.

[59]        Quant à la Règle du 55, il a été impliqué dans les transactions de vente de divisions de Nortel antérieures à la vente de 1998. Quant aux transactions antérieures à 1998, il réfère aux acquéreurs des différentes divisions chez Nortel, soit Siecor, Nordex et FCI.

[60]        Il déclare que Nortel traitait tous ses employés équitablement, tant ceux du Québec que de l’Ontario, d’où l’équivalence suivant la Règle du 55 au niveau des syndiqués que des non syndiqués lors de ces transactions.

[61]        Il a assisté à la rencontre générale à la cafétéria de Lachine à la fin août 1998 précédant la transaction. Il voulait s’assurer que la Règle du 55 soit respectée.

[62]        Il a mentionné à Mme Soza que les argents du fonds à transférer à l’acquéreur devaient être suffisants pour respecter la Règle du 55.

[63]        Il déclare que lors des rencontres avec les acheteurs de divisions, il posait toujours la même question quant à la Règle du 55. Il ajoute que c’est toujours Nortel qui répondait à cette question. Il réfère en particulier à la lettre du 26 août 1998 de M. Domanico (pièce P-9).

[64]        Il a remis à l’actuaire Louis Morissette le rapport actuariel préparé par les actuaires de Astec (pièce P-12) intitulé Astec Advanced Power Systems Limited - Negotiated Pension Plan - Actuarial Valuation as at December 31, 2000.

[65]        C’est à ce moment qu’il a appris que la Règle du 55 n’était pas appliquée aux employés syndiqués du Québec, d’où griefs, révision et appel.

[66]        En contre-interrogatoire, il précise que la discrétion à laquelle réfère l’article 6.2.1 du régime de Nortel n’a jamais été appliquée et que préséance était donnée à la Règle du 55.

 

    4  Mme Joanne Goudreau

[67]        Mme Goudreau déclare qu’elle était directrice aux ressources humaines de Nortel en 1998.

[68]        Elle connaît la Règle du 55 que Nortel applique lors de la restructuration et de réorganisation et de licenciement d’employés-cadres, et cela depuis 1990. Elle déclare que la règle n’est pas appliquée si c’est l’employé qui quitte.

[69]        Elle a été impliquée dans les négociations lors de la vente à Astec en 1998. Les circonstances étaient difficiles puisqu’elle était la seule qui demeurait à l’emploi de Nortel.

[70]        Elle a discuté avec les conseillers juridiques du transfert des actifs du fonds de pension. La Règle du 55 a été discutée et devait s’appliquer aux employés transférés.

[71]        Elle a expliqué aux représentants de la défenderesse ce que cela comportait. Il était convenu que les employés bénéficieraient du même traitement. L’acquéreur devait s’assurer que le plan puisse répondre aux engagements formulés.

[72]        Elle a assisté à la réunion générale à Lachine ainsi qu’à quelques réunions particulières par la suite. Il a été représenté lors de ces réunions que rien ne changeait aux conditions d’emploi si ce n’est que le signataire du chèque.

[73]        À l’annonce de la vente, les employés étaient sous le choc. Il fallait les calmer en leur disant que les conditions d’emploi demeuraient les mêmes. Les représentants de l’acquéreur Astec, M. Lance et Mme Soza, étaient présents pour confirmer cette démarche.

[74]        Lors de ces réunions, elle a dû répondre à beaucoup de questions quant au fonds de pension, dont plusieurs étaient posées par M. Éthier, président du syndicat.

[75]        Elle identifie la pièce P-23, le document PowerPoint, où il est clairement spécifié qu’il n’y a pas de changement dans les conditions comprenant les fonds de pension.

[76]        Elle identifie aussi la lettre P-2, soit le document annonçant la fin d’emploi aux demandeurs, signée par Mme Soza et M. Glucksman, respectivement vice-présidente aux ressources humaines et vice-président et directeur général.

[77]        Elle identifie aussi la lettre de M. Domanico (pièce P-9) de Nortel aux employés-cadres, dont les demandeurs, concernant les conditions de la transaction.

    4  M. Louis Morissette

[78]        M. Morissette est déclaré témoin-expert en actuariat pour la partie demanderesse. Il est membre de l’Institut canadien des actuaires depuis 1978.

[79]        Il consacre les deux tiers de son temps à l’étude des régimes de retraite. On peut lire à son curriculum vitae (pièce P-30) ce qui suit :

« M. Morissette a principalement travaillé au niveau de la conception de régimes de retraite, l’évaluation actuarielle des coûts, l’administration du régime, le choix des gestionnaires de placement ainsi que la négociation entre l’employeur et les syndicats. Il est membre de quelques comités de retraite. Enfin, il a développé une expertise au niveau de la rédaction de la politique de placement. »

[80]        Il déclare qu’il connaît le régime de plan de retraite des employés-cadres de Nortel, de même que celui créé par Astec et dans lequel furent transférés les actifs accumulés dans le plan Nortel.

[81]        Dans son témoignage, il réfère à la pièce P-28 intitulée Actuarial Report on the transfer of assets and liabilities with respect to members of the Nortel Networks Managerial and Non-Negotiated Pension Plan included in the sale of the advanced Power supply Division as at September 25, 1998, document préparé par William M. Mercer Limited à la demande de Nortel et destiné aux actuaires de la défenderesse.

[82]        Il réfère plus particulièrement aux pages 481 et 488, qui se lisent comme suit :

 

« p. 481

 

   Actuarial Methods

 

   The going concern liabilities under the Nortel Networks Managerial and Non-Negotiated Pension Plan are determined using the projected unit credit cost method with salary projections. The solvency liabilities are calculated in accordance with the requirements of the Pension Benefits Act of Ontario (including the “Rule of 55” for all employees).

 

   Actuarial Assumptions

 

   Included in this Appendix, following page C-2, is a copy of Appendix 1 to the August 13, 1998 letter from Paule Desaulniers to Randy Lynn of Towers Perrin. This appendix summarizes the assumptions (with the exception of the solvency valuation interest rates) retained for purposes of determining the going concern actuarial liabilities and the solvency liabilities to be used to establish the asset transfer amount form the Nortel Networks Managerial and Non-Negotiated Pension Plan.

   Actuarial Valuation Methods and Assumptions - Solvency Basis

 

   To determine the solvency actuarial liability, the benefits valued are those that would have been paid had the Plan been terminated on the valuation date, with all members fully vested in their accrued benefits. In addition, we have considered that members whose age plus years of service equal at least 55, would be entitled to an immediate or a deferred pension payable from the age which produces the greatest value on an employee initiated basis. For other members, we considered that they would be entitled to a deferred pension, reduced in accordance with Plan rules, payable from the age which produces the greatest value.»

 

« p. 488

 

   Solvency Valuations

 

   The solvency valuations were performed using the prescribed interest and inflation rates for the month of the Date of Closing. Adjustments were made to the assumptions to comply with the requirements of the Pension Benefits Act of Ontario. Other assumptions used for solvency which differ from those used for going concern purposes include:

 

·      salaries are not projected;

·      employees whose age plus years of service total 55 or more at the Date of Closing are assumed to retire at the age which is most beneficial to them on an employee initiated basis; all other employees are assumed to retire at their normal retirement age;

·      employees who are eligible to retire, whether at their initiative or at he Company’s initiative, are assumed to retire immediately;

·      no termination of employment is used;

·      liabilities for post-retirement indexing are recognized I the solvency liabilities;

·      the valuation rate of interest used for purposes of the estimates was equal to 6 % per year and the inflation assumption was 1.67 % for the next fifteen years and 2.66 % thereafter. »

 

                                                                                                          Soulignements du Tribunal

 

[83]        Il déclare que le montant transféré au nouveau fonds créé par Astec est de 12 179 300 $, ce qui correspond à la totalité des obligations potentielles qui pouvaient découler de l’application de la Règle du 55 lors du transfert en date du 25 septembre 1998.

[84]        Quant à la pièce D-5 intitulée Évaluation actuarielle initiale du 25 septembre 1998 de Astec Advanced Power Systems Ltd. - Managerial and non-negotiated Pension Plan, M. Morissette déclare que tel qu’il apparaît à la page 82, il n’a pas été tenu compte dans ce rapport de l’hypothèse de la Règle du 55, d’où un passif moins élevé et un surplus de solvabilité, ce qui ne représente pas une hypothèse raisonnable par rapport à l’application de la Règle du 55.

[85]        Il ajoute qu’on peut y lire le commentaire en bas de la page 82, qui se lit comme suit :

« The Supplemental Pension Plans Act (Quebec) does not require that special benefits on plan windup which are genuinely subject to employer consent be included in the solvency liability. Therefore, they have been excluded from the solvency liability. The liabilities in respect of these benefits amount to $2,034,124 as at the valuation date.»

[86]        Dans une évaluation actuarielle du 31 décembre 2000 (pièce P-29) émanant de la défenderesse, à la page 510 on peut y lire ce qui suit :

« The Supplemental Pension Plans Act (Quebec) does not require that special benefits on plan windup which are genuinely subject to employer consent be included in the solvency liability. Therefore, they have been excluded from the solvency liability. The liabilities in respect of these benefits amount to $1,781,400 as at the valuation date, assuming that the plan windup is the result of the discontinuance of Astec’s operations.»

ce qui confirme que la Règle du 55 n’est pas respectée par la défenderesse.

[87]        En contre-interrogatoire le témoin précise que le rapport d’évaluation de Mercer retient l’évaluation d’"employee initiated" pour le calcul de la rente forfaitaire.

[88]        Il est d’opinion que les deux régimes ne prévoient pas les mêmes bénéfices, ce qui n’est pas un plan miroir tel que convenu entre les parties.

    4  M. Jacques Lafrance

[89]        M. Lafrance est déclaré témoin-expert en actuariat pour la défenderesse.

[90]        À son curriculum vitae (pièce D-7), on peut y lire ce qui suit :

« Jacques Lafrance est un actuaire et un conseiller principal de Towers Watson à son bureau de Montréal. Il œuvre dans le domaine des régimes de retraite depuis plus de 30 ans.

Il aide ses clients pour ce qui est de la conception de régimes de retraite, leur provisionnement et leur gestion, ainsi que les questions touchant la conformité à la réglementation. Il compte plusieurs clients de taille variée, tant du secteur privé que du secteur public. »

[91]        Il confirme le témoignage de l’expert Morissette à plusieurs égards. Il déclare que le transfert des actifs du fonds de Nortel au nouveau fonds de Astec tenait en compte la Règle du 55 en ce qui concerne le codemandeur Roger J. Daunais, seule personne éligible à la Règle du 55 suivant la notion d’ "employee initiated" lors de la transaction en 1998.

[92]        Il ajoute que bien que M. Daunais ait été éligible à la Règle du 55 lors de son licenciement, la défenderesse n’a pas appliqué cette Règle quant à lui.

[93]        M. Lafrance déclare que l’application de l’article 6.2 du régime représente un dilemme pour l’actuaire car, selon lui, l’employeur peut mettre fin au régime sans mettre fin à l’emploi. C’est la position adoptée par la défenderesse dans la constitution du nouveau régime.

[94]        Il déclare que les instructions de la défenderesse étaient de ne pas appliquer la Règle du 55 aux employés-cadres du Québec.

    4  M. Douglas Kelly

[95]        M. Kelly est directeur des ressources humaines de la défenderesse depuis 2004.

[96]        Il a rencontré le codemandeur, Christian De Varennes, en octobre 2006. À cette occasion, ils ont parlé de la Règle du 55.

[97]        Il déclare qu’il n’a pas dit à M. De Varennes que la défenderesse allait appliquer la Règle du 55. Il a entendu parler de cette Règle quatre mois après son arrivée en 2004. Il se rappelle en avoir parlé aux demandeurs Poulin, Hurtubise et Roy. Il sait que les syndiqués ont bénéficié de la Règle du 55.

    4  Mme Rita Soza

[98]        Mme Soza déclare qu’elle a été à l’emploi de Astec et Emerson de 1990 à 2002. Elle était vice-présidente aux ressources humaines pour l’Amérique du Nord.

[99]        Elle se souvient avoir assisté à la réunion générale à Lachine en 1998. Lors de cette réunion, il a été représenté à tous les employés transférés que toutes les conditions d’emploi seraient respectées. Les conditions seraient le miroir des conditions qui s’appliquent déjà chez Nortel.

[100]     Elle ne se rappelle pas de la Règle du 55 lors de ces réunions. Elle déclare que M. Éthier lui a posé plusieurs questions et qu’il lui a parlé de la Règle du 55 dans le corridor après la réunion générale.

[101]     Quant aux fonds de pension, il était entendu que tous les fonds de pension accumulés dans le fonds de Nortel seraient transférés dans le fonds de Emerson. Elle déclare qu’il fallait s’assurer que les employés restent à leur emploi et soient heureux de ce transfert.

[102]     Quant à la Règle du 55, ce qu’elle en retient est que cette Règle permettait de prendre une retraite anticipée avec une petite pénalité.

 

PLAIDOIRIES

[103]     La défenderesse soutient que la pratique de Nortel n’est pas créatrice de droit, qu’elle n’est pas liée par cette pratique et qu’elle ignorait une telle pratique.

[104]     Elle soutient que l’application de la clause 6.2 du régime est discrétionnaire et applicable uniquement dans le cas où, selon l’avis de la compagnie, un nombre important de personnes sont licenciées en raison d’une cessation des activités ou d’une réorganisation de l’entreprise.

[105]     Traitant du témoignage de M. Roméo Éthier, président du Syndicat des employés de Nortel, concernant la pratique passée de Nortel à l’endroit de ses employés non syndiqués licenciés lors de la fermeture de l’usine d’Aylmer et les ventes de divisions à Siecor, Nordex et FCI, la défenderesse soutient qu’il s’agissait de fermeture d’usine dans le cas d’Aylmer et, dans les autres cas, que la Règle du 55 allait s’appliquer à la condition que l’employé demeure au service de l’entreprise jusqu’à la terminaison de la convention collective.

[106]     Les demandeurs invoquent au soutien de leurs prétentions l’article 2097 du Code civil du Québec, qui se lit comme suit :

« 2097. L’aliénation de l’entreprise ou la modification de sa structure juridique par fusion ou autrement, ne met pas fin au contrat de travail.

Ce contrat lie l’ayant cause de l’employeur. »

 

[107]     Ils soutiennent qu’il a été représenté à l’ensemble des employés lors de l’annonce de la vente de cette division de Nortel à Astec que les conditions d’emploi demeuraient les mêmes, ce qui inclut l’application de la Règle du 55.

[108]     Ils réfèrent à cet égard à la lettre de M. Domanico et aux témoignages de M. Éthier et de Mme Goudreau et également aux sommes d’argent transférées dans le nouveau fonds impliquant le respect avoué de la Règle du 55.

[109]     Les demandeurs plaident qu’il leur a été clairement représenté que les conditions d’emploi demeuraient les mêmes à tous les égards, incluant les fonds de pension et que le seul changement était le nom du signataire du chèque. À cet égard, ils réfèrent aux pièces P-2 et P-23.

[110]     Ils plaident que nonobstant cet engagement, la défenderesse a cessé de maintenir dans le nouveau régime le paiement des cotisations nécessaires au respect de la Règle du 55, et ce, malgré le transfert des fonds nécessaires à cette fin en 1998 par Nortel, bénéficiant ainsi de congé de cotisations annuelles pendant une certaine période et s’enrichissant ainsi injustement au préjudice des demandeurs.

[111]     Les demandeurs invoquent également la pratique et les usages auxquels a référé M. Éthier lors de son témoignage.

ANALYSE

[112]     L’ensemble de la preuve est prépondérant et convaincant quant aux prétentions des demandeurs.

[113]     Les demandeurs occupaient des postes importants au sein de l’entreprise en septembre 1998 et la défenderesse avait intérêt à les garder dans leurs fonctions pour assurer la continuation des activités de l’entreprise.

[114]     C’est dans cette perspective que les représentants de Nortel, en présence des représentants autorisés de la défenderesse, ont assuré aux demandeurs le maintien de leurs conditions essentielles de travail, dont la Règle du 55 (pièces P-2 et P-23).

[115]     Bien que seul le demandeur Daunais ait été éligible à la Règle du 55 lors de la vente en 1998, les demandeurs sont tous devenus éligibles lors de leur licenciement respectif.

[116]     Pour assurer le respect des conditions d’emploi dans le nouveau régime de pension de la défenderesse, Nortel a transféré, le 25 septembre 1998, dans le nouveau régime, la somme de 12 179,300 $ (pièce P-28), soit l’équivalence requise pour l’application de la Règle du 55. (voir également le témoignage de M. Morissette)

[117]     La défenderesse connaissait cet état de fait et n’avait qu’à contribuer aux cotisations requises pour assurer la solvabilité du nouveau régime constitué et assurer le respect de la Règle du 55 aux demandeurs toujours en poste.

[118]     Bien au contraire, s’autorisant de la clause 6.2 du régime tant de Nortel que de son propre régime, la défenderesse cesse de maintenir les cotisations, accumule des surplus, bénéficiant ainsi de congé de cotisations et donne instructions à ses actuaires d’exclure dans son évaluation actuarielle la Règle du 55 pour les employés-cadres (non syndiqués du Québec).

[119]     Le Tribunal estime que cette clause 6.2 du régime ne confère pas une discrétion absolue au bénéfice de l’employeur.

[120]     L’actuaire expert de la défenderesse déclare que cette clause pose pour lui un dilemme quant à son application.

[121]     En effet, lors de la fin d’emploi initiée par l’employeur, l’employé peut se prévaloir de la Règle du 55 s’il y est éligible en assumant une pénalité.

[122]     D'ailleurs, les deux experts reconnaissent que le coût du régime est moins dispendieux dans une telle hypothèse.

[123]     Les témoignages de Mme Soza et de M. Kelly sont peu convaincants.

[124]     Mme Soza se rappelle vaguement des représentations sur la Règle du 55. Il en va de même quant à sa connaissance de cette règle.

[125]     Certes M. Kelly nie le témoignage de M. De Varennes. Il ne nie pas toutefois avoir eu des conversations avec d’autres demandeurs quant à la Règle du 55.

[126]     Quant à la réserve à laquelle réfère le procureur de la défenderesse concernant les transactions antérieures auxquelles M. Éthier fait référence, soit l’obligation de l’employé de demeurer à son emploi, en l’espèce cette réserve est inexistante si ce n’est que le maintien du statu quo.

[127]     Cette condition explicite dans une transaction antérieure pour le maintien de la Règle du 55 n’a pas été reprise ici.

[128]     Cette hypothèse est sans effet puisque les demandeurs étaient tous demeurés à leur emploi lorsque la défenderesse décide unilatéralement de mettre fin à leur emploi.

[129]     Certes la défenderesse reproduit dans le nouveau régime la réserve d’un pouvoir discrétionnaire et, en ce sens, elle continue le régime de Nortel. D’autre part, elle renonce implicitement à l’exercice de cette discrétion puisqu’elle exclut l’application de la Règle du 55 pour les employés du Québec.

 

POUR CES MOTIFS, LE TRIBUNAL :

[130]     ACCUEILLE la requête introductive d’instance des codemandeurs ;

[131]     CONDAMNE la défenderesse à payer à Claudine Chatigny, la somme de 60 123 $, avec intérêts au taux légal et l’indemnité additionnelle prévue à l’article 1619 du Code civil du Québec, à compter de la date d’assignation ;

[132]     CONDAMNE la défenderesse à payer à Roger J. Daunais, la somme de 122 015 $, avec intérêts au taux légal et l’indemnité additionnelle prévue à l’article 1619 du Code civil du Québec, à compter de la date d’assignation ;

[133]     CONDAMNE la défenderesse à payer à Christian De Varennes, la somme de 127 406 $, avec intérêts au taux légal et l’indemnité additionnelle prévue à l’article 1619 du Code civil du Québec, à compter de la date d’assignation ;

[134]     CONDAMNE la défenderesse à payer à Benoît Hurtubise, la somme de 60 637 $, avec intérêts au taux légal et l’indemnité additionnelle prévue à l’article 1619 du Code civil du Québec, à compter de la date d’assignation ;

[135]     CONDAMNE la défenderesse à payer à Harold Perrault, la somme de 49 540 $, avec intérêts au taux légal et l’indemnité additionnelle prévue à l’article 1619 du Code civil du Québec, à compter de la date d’assignation ;

[136]     CONDAMNE la défenderesse à payer à Steve Roy, la somme de 73 573 $, avec intérêts au taux légal et l’indemnité additionnelle prévue à l’article 1619 du Code civil du Québec, à compter de la date d’assignation ;

[137]     CONDAMNE la défenderesse à payer à Jacques Poulin, la somme de 275 139 $, avec intérêts au taux légal et l’indemnité additionnelle prévue à l’article 1619 du Code civil du Québec, à compter de la date d’assignation ;

[138]     LE TOUT, avec dépens, y compris les frais d’actuaires.

 

 

__________________________________

KEVIN DOWNS, J.C.S.

 

 

Me Dan Goldstein

Schneider Gaggino Moreau

Procureur de la partie demanderesse

 

 

Me Guy Lemay

Me France Legault

Lavery de Billy

Procureurs de la partie défenderesse

 

 

Dates d’audience : 7, 8, 9, 10 et 11 février 2011

 

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