Décision

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     LA COMMISSION D'APPEL EN MATIÈRE
     DE LÉSIONS PROFESSIONNELLES

     QUÉBEC    MONTRÉAL, le 12 juillet 1996

     DISTRICT D'APPEL  DEVANT LE COMMISSAIRE :Me Neuville Lacroix
     DE MONTRÉAL

     RÉGION:
     LANAUDIÈRE     ASSISTÉ DE L'ASSESSEUR :Pierre Taillon, médecin

     DOSSIER:
     63694-63-9410

     DOSSIER CSST:
     09425 6153     AUDITION TENUE LE :19 juin 1996

     DOSSIER BR:
     6163 0382
     À:                    Joliette
     __________________________________________________

     MICHELLE GELLY-BEAULIEU
     9, Croissant Horizon
     Saint-Roch-de-l'Achigan (Québec)  J0K 3H0

                           PARTIE APPELANTE

     et

     1640 8635 QUÉBEC INC.
     

605, boulevard Iberville Repentigny (Québec) J6A 5H9 PARTIE INTÉRESSÉE et COMMISSION DE LA SANTÉ ET DE LA SÉCURITÉ DU TRAVAIL 432, rue de Lanaudière Joliette (Québec) J6E 7N2 PARTIE INTERVENANTE D É C I S I O N Le 25 octobre 1994, madame Michelle Gelly-Beaulieu (la travailleuse) en appelle d'une décision du 11 octobre 1994 du Bureau de révision de la région de Lanaudière.

Par cette décision, le bureau de révision confirme une décision du 24 février 1994 qui refuse la réclamation de la travailleuse pour une rechute qui se serait manifestée le 2 février 1994 et confirme également une décision du 4 mai 1994 de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (la Commission) qui refuse la réclamation pour rechute qui se serait manifestée le 24 février 1994.

OBJET DE L'APPEL La travailleuse demande à la Commission d'appel en matière de lésions professionnelles (la Commission d'appel) d'infirmer la décision du bureau de révision et de déclarer qu'elle a subi des rechutes de sa lésion du 16 octobre 1986, les 2 février et 24 février 1994.

LES FAITS La travailleuse est victime d'un accident du travail le 16 octobre 1986. Elle explique qu'elle a alors trébuché sur un morceau de métal, qu'elle s'est tournée sur le côté pour éviter de tomber face première et qu'elle a effectué alors un mouvement de torsion vers la droite. Elle éprouve alors des douleurs au cou qui irradient au bras droit et au niveau lombaire. Elle a été victime de rechutes en 1988 et 1989 concernant la même douleur.

En février 1994, elle éprouve une douleur très forte qui est la même que celle qu'elle a éprouvé en 1986, 1988 et 1989 mais plus intense, douleur qui se manifestait depuis l'automne. Elle explique qu'au niveau lombaire, elle a éprouvé une lourdeur qui se manifeste davantage au bas du dos. Elle avait de la difficulté à marcher et elle ressentait comme une barre horizontale au dos. Sa jambe ne voulait plus avancer. Elle éprouvait un engourdissement à partir du cou, sur le bras droit en latéral externe, de même qu'au niveau des trois doigts du milieu de la main droite. Elle décrit sa douleur au bas du dos, à droite, qui se manifeste également le long du dos vers l'avant de la cuisse jusqu'au genou. Parfois elle a les trois orteils du milieu engourdis. C'est la même sensation que lorsqu'elle a consulté le docteur Tremblay en 1989 et 1990, mais beaucoup moins prononcé qu'en février 1994. À l'époque, elle pouvait exécuter ses travaux à la maison, ce qu'elle peut difficilement faire aujourd'hui. Ce sont surtout son mari et son fils qui exécutent les travaux ménagers.

Suite à son accident de 1986, elle est vue par le docteur Imbeault qui diagnostique un dérangement intervertébral mineur (DIM) C5-C6 et prescrit de la physiothérapie. Le docteur Imbeault souligne que c'est un cas difficile, que la travailleuse ne pourra retourner à son travail et qu'elle doit être réorientée. Une radiographie de la colonne cervicale effectuée le 8 février 1987 montre une colonne cervicale sans particularité significative.

La travailleuse est examinée par le docteur Jacques Murray le 8 janvier 1987. Ce dernier mentionne que quelques jours après le traumatisme, la travailleuse a commencé à présenter une cervicalgie avec irradiation dans le bras droit. Il y a une amélioration importante de sa condition avec disparition partielle de la brachialgie droite mais persistance de la cervicalgie avec irradiation au trapèze droit.

Le 25 mars 1987, le docteur Imbeault indique que la travailleuse est porteuse d'un DIM C5-C6 et C2-C3. Il est d'accord avec l'expertise du docteur Murray. Il souligne une cervicalgie interscapulovertébrale droite absolument carabinée et il est impossible de relever les tissus cutanés de plan profond. Le docteur Murray, dit-il, parle de cervicarthrose mais la radiologie ne montre aucune évidence de lésion ostéoarticulaire au rachis cervical. Le docteur Imbeault ne peut préciser la date de consolidation. Celle-ci est fixée, suite à un arbitrage médical, au 2 février 1987.

Une radiographie de la colonne cervicale du 21 septembre 1987 ne montre rien d'anormal.

Le 14 octobre 1987, la travailleuse est examinée par le docteur Banville dans le cadre d'une expertise médicale. Celui-ci souligne que la travailleuse se plaint d'une sciatalgie qui semble être sur le trajet de L5 et que celle-ci s'accompagne parfois de douleurs lombaires.

Le 2 mars 1988, le docteur Imbeault estime qu'il y aura des séquelles permanentes.

Le 6 mai 1988, la travailleuse consulte le docteur Imbeault pour une rechute, suite à une crise douloureuse. On propose des blocs cortisonés et ce tant au niveau L4-L5 qu'aux niveaux C4-C5, C6- C7.

Le 2 septembre 1988, le docteur Imbeault consolide la rechute.

Le 1er mars 1989, le docteur Imbeault fait état d'une névralgie sciatique droite intermittente.

Le 26 juin 1989, la travailleuse consulte le docteur Poirier qui fait état d'une lombosciatalgie droite. Une scanographie lombaire du 10 juillet 1989 s'avère normale.

Le 4 août 1989, la travailleuse est examinée par le docteur Gilles Roger Tremblay, dans le cadre d'une expertise médicale.

Ce dernier émet un diagnostic d'entorse cervicale et d'entorse lombaire. Il accorde un déficit anatomo-physiologique (DAP) de 2 % pour l'entorse cervicale et de 2 % pour l'entorse lombaire.

Il écrit que la travailleuse se plaint d'une douleur cervicale basse qui est stable et qui n'a pas progressée mais aussi d'une douleur lombaire droite importante qui tend à irradier à la face postérieure de la cuisse droite et à la face antérieure de la jambe droite produisant un engourdissement du deuxième et troisième orteil. Cette douleur progresse et s'était manifestée dix jours après le traumatisme. Il y a une dysesthésie douloureuse au touché léger et à la piqûre à la face antérieure de la jambe droite, surtout du côté latéral s'étendant du tiers distal de la jambe jusqu'à la face dorsale du pied et se répandant jusqu'à la face dorsale du deuxième et troisième orteil. Il suggère une électromyographie afin de déterminer l'intégrité de la fonction sensitive de L5.

Un électromyogramme est pratiquée le 14 août 1989 qui s'avère normal, de même qu'une scintigraphie osseuse pancorporelle du 27 novembre 1989.

Une myélographie totale est effectuée le 18 janvier 1990. On fait état de dégénérescences discales multiples et cervicales dont l'extension pourrait être susceptible d'occasionner un syndrome pyramidal. Il n'y a pas de hernie postéro-latérale cervicale pré-foraminale.

Le 26 mars 1990, la travailleuse consulte le docteur Deborah Black, neurologue. Elle se plaint, entre autres, de douleurs en forme de brûlement entre les omoplates et à la région cervicale, de douleurs en forme de lourdeur, brûlements avec impression d'engourdissement à l'avant-bras et de douleurs lombaires en forme de barre, pires du côté droit et augmentées par tous les mouvements. Une myélographie montre une légère protrusion discale C5-C6 mais elle est par ailleurs normale. L'examen montre une douleur à la palpation de la région nucale et lombaire. Il y a une limitation importante des mouvements du tronc, accompagnée de spasmes musculaires paralombaires. Le Lasègue est à 90 bilatéralement. Les réflexes ostéotendineux sont normaux. Il y a diminution subjective de la sensibilité au tac et à la piqûre au membre inférieur droit entier. Le reste de l'examen neurologique est normal. Il conclut qu'il n'y a pas d'évidence d'atteinte neurologique et suggère de poursuivre la physiothérapie, l'utilisation d'un TENS et quelques séances de d'acupuncture.

Le 6 avril 1990, la travailleuse est revue par le docteur Tremblay qui émet un diagnostic de lombosciatalgie droite. Il mentionne que la travailleuse se plaint toujours de douleurs cervicales et lombaires avec irradiation au niveau du membre inférieur droit. Au niveau du rachis lombaire, l'extension est à 10 et la flexion latérale gauche à 15 . Il n'y a pas de signe neurologique, ni trouble sensitif de façon constante au niveau des membres inférieurs.

Le 2 février 1994, la travailleuse consulte de nouveau. On fait état d'une lombalgie avec raideur lombaire et douleurs en L5-S1 depuis un mois. On émet un diagnostic de sacro-iliite. La travailleuse soumet alors une réclamation pour une rechute.

Le 24 février 1994, la Commission refuse la réclamation de la travailleuse.

Le 6 avril 1994, une radiographie de la colonne cervicale et de la colonne lombaire ne montre aucun signe de lésion significative au niveau lombaire sauf un peu d'arthrose facettaire en L4-L5 et surtout en L5-S1. Quant au niveau cervical, on fait état d'un pincement assez marqué de l'espace intervertébral C5-C6 avec formation ostéophytique postérieure se projetant dans les trous de conjugaison des deux côtés. Il y a aussi une ostéophyte postérieure en C4-C5 mais l'espace n'est pas diminué. En C5-C6, il y a de l'arthrose. Une myélographie effectuée le 6 avril 1994 est sans particularité. Au niveau cervical, on note des encoches en regard des ostéophytes déjà décrits. Une tomodensitométrie souligne qu'à l'espace C5-C6, les formations ostéophytiques sont beaucoup plus importantes et compriment le sac dural avec prédominance du côté droit. Il n'y a pas de hernie discale associée et la moelle est intacte. Un électromyogramme du 31 mai 1994 montre une dysfonction segmentaire S1 droite.

Le 4 mai 1994, la Commission rejette la réclamation de la travailleuse pour une rechute (hernie discale C5-C6) qui se serait manifestée le 24 février 1994.

Une radiographie de la colonne lombaire du 26 septembre 1994 ne montre que des phénomènes de spondylose dorsale inférieure discrète. Une tomodensitométrie, effectuée le même jour, note de très discrets phénomènes d'arthrose facettaire en L5 et S1 bilatéralement.

Le 4 octobre 1994, le docteur Denis Ladouceur fait état d'une dysfonction radiculaire S1 droite.

Une résonance magnétique cervicale du 5 février 1996 fait état d'une discopathie en C4-C5, C5-C6. Une résonance magnétique du rachis lombaire démontre un léger hyposignal en L4-L5 témoignant d'un début de discopathie. Un électromyogramme est obtenu le 12 mars 1996 en regard de la région cervicale et s'avère négatif.

Une discographie pratiquée le 11 avril 1996 aux niveaux L3-L4, L4-L5 et L5-S1 est positive au niveau L4-L5.

Suite à l'injection de substance de contraste, il y a apparition rapide d'une lombalgie gauche (? droite) irradiant vers la hanche et la fesse de ce même côté comparable à la symptomatologie occasionnelle dont se plaint la travailleuse.

Le 15 mai 1996, la travailleuse est examinée par le docteur Jean Tropper, neurochirurgien. Dans son rapport d'expertise du 3 juin 1996, le docteur Tropper indique qu'au niveau de la région cervicale, il y a une cervicalgie constante, une sensation de tiraillement dans les deux trapèzes, un engourdissement dysesthétique le long de la colonne dorsale. Le membre supérieur droit présente un engourdissement occasionnel affectant l'aspect radial de l'avant-bras droit. Les trois doigts en radial l'engourdisse occasionnellement. Au niveau de la région de la région lombaire, il y a une douleur médiane lombaire très basse, constante depuis l'événement sous forme de brûlure et de choc électrique. Il y a une lombalgie basse en forme de barre, phénomène qui s'aggrave au cours des ans. Il y a irradiation à la crête iliaque droite postérieure avec sensation de pression.

Il y engourdissement inconstant des trois orteils du milieu à droite lors des augmentations de lombalgie. Il y a irradiation de la lombalgie à la région fessière droite de façon inconstante et engourdissement douloureux irradiatif à la cuisse droite jusqu'au genou. Le membre inférieur gauche est asymptomatique sauf lorsque la douleur lombaire devient maximale. À l'examen, la palpation ne révèle ni inconfort ni spasme paravertébral. Au niveau des amplitudes, la flexion se fait à 70 , l'extension à 20 , les autres mouvements à 30 . Il n'y a aucun spasme paravertébral musculaire significatif. Au niveau cervical, les amplitudes des mouvements cervicaux sont les suivants : la flexion se fait à 50 , l'extension à 30 , la flexion latérale droite et gauche à 20 , les rotations droite et gauche à 45 .

L'examen sensitif des membres supérieurs au touché léger et à la piqûre légère révèle une hypoesthésie sur les dix derniers centimètres de l'avant-bras en radial et les trois doigts médians de la main droite. Il y un Lasègue à droite à 50 . L'examen sensitif au touché léger et à la piqûre révèle une hypoesthésie affectant le dessus du pied droit et les trois orteils en médian.

Les réflexes ostéotendineux sont vifs.

Après une revue de l'ensemble du dossier, il estime que la travailleuse a présenté, suite à son accident du travail, une cervicalgie avec irradiation au membre supérieur droit. C'est ce qui a été diagnostiqué initialement et on ne peut retenir le diagnostic d'entorse cervicale. Ce diagnostic exclut toute irradiation d'irritation radiculaire ou de radiculopathie per se.

Cette irradiation irritative radiculaire existait et l'hypoesthésie des trois doigts médians de la main droite était constatée en 1987. Il considère que le diagnostic adéquat est celui de cervico-brachialgie droite avec discopathie traumatique en C4-C5, C5-C6 et irritation radiculaire inflammatoire secondaire. Les douleurs de la travailleuse ne sont pas secondaires à un phénomène d'arthrose et sa condition n'a pas changé depuis 1986. Il ajoute qu'il y a également une pathologie qui afflige le rachis lombaire. L'irradiation sciatalgique droite est clairement documentée au dossier et empêche de retenir le diagnostic d'entorse lombaire. Le docteur Banville et le docteur Tremblay suspectent une radiculopathie L5 droite.

L'origine de celle-ci est cependant difficile à identifier.

C'est suite à une discographie que l'on constate une déchirure discale au niveau L4-L5 ce qui confirme physiologiquement l'origine de la douleur en la reproduisant. Il considère donc que le diagnostic adéquat de la condition lombaire est celui de déchirure discale traumatique L4-L5 et irritation radiculaire L5 droite secondaire. Le diagnostic explique le tableau clinique.

Il souligne que la lombosciatalgie droite n'a pas fait l'objet d'une attention thérapeutique importante, principalement parce que la condition cervicale a pris le pas dès le début de la maladie. Il considère que la rechute du 24 février 1994 résulte d'une aggravation de l'intensité des symptômes alors que leur type est constant.

Lors de son témoignage devant la Commission d'appel, le docteur Tropper souligne que la chute a été importante. Il explique que le diagnostic d'entorse est un diagnostic d'exclusion.

Cependant, l'intensité de la douleur a changé car elle est présente de façon clinique et constante. Le docteur Tremblay a suspecté une radiculopathie même si le scan était négatif suite aux douleurs à la jambe. La discographie reproduit la douleur au niveau L4-L5. Il y a une discopathie avec irritation radiculaire, une déchirure en L4-L5. Il ajoute que la cervico- brachialgie droite ne peut être secondaire à une arthrose. On doit éliminer la sacro-iliite qui ne donne pas d'irritation radiculaire. Il souligne que les médecins ont bien décrit les symptômes de la travailleuse mais en sont arrivés à un diagnostic erroné. Il estime que l'intensité de la douleur s'est aggravée sur le plan objectif. Dans le cas d'une irritation radiculaire, il est difficile de graduer la douleur de façon objective. Il conclut que la travailleuse a subi une rechute, récidive ou aggravation de sa lésion.

ARGUMENTATION Le représentant de la travailleuse soumet qu'il y a eu rechute de la lésion de la travailleuse. Il y a persistance des douleurs, un suivi médical au même site de lésion avec les mêmes symptômes.

La travailleuse a été indemnisée pour les conséquences de sa lésion et non pour les conséquences d'un diagnostic.

Quant à l'avocate de la Commission, elle soumet que le diagnostic qui a été émis à l'époque n'a pas été contesté et que l'on ne peut aujourd'hui le remettre en cause. Il faut des signes objectifs pour être capable de conclure à une aggravation et une allégation d'augmentation de la douleur par la travailleuse ne suffit pas.

MOTIFS DE LA DÉCISION La Commission d'appel doit déterminer si, en février 1994, la travailleuse a subi une rechute, récidive ou aggravation de sa lésion initiale.

La travailleuse a subi en 1986 des lésions cervicale et lombaire qui furent éventuellement diagnostiquées, par le docteur Tremblay en mai 1990, comme des entorses avec séquelles fonctionnelles objectivées, d'où un DAP de 4 %.

En février 1994, c'est sous le diagnostic de hernie discale C5-C6 posé par le docteur Ladouceur qu'est introduite la réclamation et éventuellement, à l'expertise du docteur Tropper, apparaissent les notions de discopathies traumatiques C4-C5 et C5-C6 avec irritation radiculaire secondaire, de même que de discopathie traumatique L4-L5 avec déchirure discale et irritation L5 droite.

L'examen du docteur Tropper révèle en effet des signes nets de souffrance radiculaire cervicale droite, bien que le site précis soit difficilement identifiable cliniquement. Il en est de même du membre inférieur droit, où l'examen révèle une atteinte de la racine L5. Les examens complémentaires, i.e. une myélographie, une tomodensi-tométrie et une résonance magnétique, confirmeront l'existence d'une discopathie à tout le moins à C5-C6 et une discographie sera positive au niveau L4-L5. Incidemment, la localisation gauche de l'irradiation de la lombalgie dont fait état le radiologiste à la discographie constitue probablement une erreur de dictée, puisqu'il est mentionné que l'injection reproduit la symptomatologie, qui a toujours été à droite.

La Commission d'appel retient donc que la travailleuse était atteinte, en 1994, d'une discopathie cervicale et lombaire avec irritation radiculaire.

Ceci dit, ce diagnostic peut-il être relié aux lésions antérieures ? Bien que le dossier ait été fermé en 1990 avec un diagnostic d'entorses cervicale et lombaire, l'analyse attentive des examens faits à cette époque révèle que, dès 1987, chez le docteur Murray et l'arbitre Bourgeau, la travailleuse éprouvait une cervicobrachialgie droite, même si aucun déficit sensitif n'était noté. En 1989, le docteur Tremblay relatait, au sujet de la symptomatologie lombaire, une dysesthésie douloureuse au membre inférieur droit et jugeait indiqué de procéder à un EMG.

En 1990, le tableau était semblable.

La travailleuse a également décrit à l'audience une symptomatologie intermittente de longue date consistant en une cervicobrachialgie et une lombosciatalgie avec paresthésies au membre supérieur et au membre inférieur droit.

En rétrospective donc, il est probable, compte tenu de la nature et de l'évolution de la symptomatologie, que dès 1986 et 1987 il s'agissait d'un processus pathologique de type discal avec manifestations radiculaires de type irritatif intermittent et que l'état de la travailleuse en 1994 se situe dans la continuité de la lésion antérieure.

Ceci dit, y a-t-il eu détérioration de la condition de la travailleuse en 1994 ? La Commission d'appel note à ce sujet qu'au-delà d'une aggravation de la symptomatologie, qui est difficile à évaluer, l'examen du docteur Tropper démontre une «hypoesthésie» très bien caractérisée dans sa localisation affectant les membres supérieur et inférieur droit. Non seulement la symptomatologie s'est précisée dans sa localisation mais elle devient franchement déficitaire (hypoesthésie), contrairement aux phénomènes dysesthésiques notés auparavant.

La Commission d'appel retient donc qu'en février 1994, la travailleuse a subi une aggravation d'une discopathie cervicale et lombaire évoluant depuis 1986.

PAR CES MOTIFS, LA COMMISSION D'APPEL EN MATIÈRE DE LÉSIONS PROFESSIONNELLES : ACCUEILLE l'appel de la travailleuse, madame Michelle Gelly- Beaulieu; INFIRME la décision du 11 octobre 1994 du Bureau de révision de la région de Lanaudière; DÉCLARE que la travailleuse a subi, le 2 février et le 24 février 1994, une rechute, récidive ou aggravation de sa lésion du 16 octobre 1986 et qu'elle a droit aux bénéfices prévus par la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles.

___________________ Me Neuville Lacroix Commissaire Jean-Pierre Devost 72, rue Hervieux Le Gardeur (Québec) J5Z 2Y6 Représentant de la partie appelante Panneton, Lessard (Me Isabelle Piché) 432, rue de Lanaudière Joliette (Québec) J6E 7N2 Représentante de la partie intervenante

AVIS :
Le lecteur doit s'assurer que les décisions consultées sont finales et sans appel; la consultation du plumitif s'avère une précaution utile.