Décision

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          COMMISSION D'APPEL EN MATIÈRE DE
          LÉSIONS PROFESSIONNELLES
     QUÉBEC    MONTRÉAL, le 11 janvier 1996
 
     DISTRICT D'APPEL   DEVANT LA COMMISSAIRE:    Me Mireille Zigby
     DE MONTRÉAL
 
     RÉGION: ÎLE-DE- AUDIENCE TENUE LE:  16 novembre 1995
             MONTRÉAL
     DOSSIER:
        61977-60-9408
     DOSSIER CSST:   À  :
           Montréal
        1052 54262
     DOSSIER BRP:
        6137 6713
 
          ISABELLA SIANO
          8189, rue Lévis-Sauvé
          LaSalle (Québec) H8P 3T3
 
                      PARTIE APPELANTE
 
          et
 
          ALIMENTATION SOMERLED INC.
     

 

          Sylvain Beaumier

          6645, rue Somerled

          Montréal (Québec) H4V 1T3

 

                   PARTIE INTÉRESSÉE

 

                              D É C I S I O N

     Le 25 août 1994, madame  Isabella Siano (la travailleuse)  dépose

     une  déclaration d'appel  à la Commission  d'appel en  matière de

     lésions  professionnelles (la  Commission  d'appel) à  l'encontre

     d'une  décision rendue,  le 27  juillet  1994, par  le bureau  de

     révision de l'Île-de-Montréal (le bureau de révision).

    

 

     Par  cette décision majoritaire, la dissidence étant émise par le

     représentant  des travailleurs, le bureau de révision confirme la

     décision rendue, le  3 mai 1993, par la Commission de la santé et

     de la sécurité du travail (la Commission) refusant la réclamation

     de  la travailleuse pour maladie professionnelle au motif qu'elle

     n'a pas logé sa réclamation  dans le délai de six mois prévu à la

     Loi    sur   les   accidents   du   travail   et   les   maladies

     professionnelles1 (la loi)  et qu'elle  n'a pas  fourni de  motif

     raisonnable justifiant ce délai.

    

 

     La travailleuse  et sa  procureure sont  présentes à  l'audience.

    

 

     Alimentation   Somerled   inc.    (l'employeur)   est   également

     représentée.

    

 

     OBJET DE L'APPEL

 

     La travailleuse  demande à  la Commission  d'appel d'infirmer  la

     décision du bureau de révision  et de déclarer que sa réclamation

     a été produite dans le délai prescrit par la loi.

    

 

     Elle précise qu'elle  entend procéder uniquement sur  la question

     du délai  et advenant une  décision favorable, elle demande  à la

     Commission d'appel de convoquer  de nouveau les parties pour  une

     audition au mérite.  L'employeur y consent.

    

 

     LES FAITS

 

     La travailleuse occupe un poste de caissière chez l'employeur.

    

 

     Selon les rapports médicaux au dossier, elle commence à  éprouver

     des douleurs au  niveau de la main gauche en septembre 1991 et ne

     travaille qu'à mi-temps,  soit environ quatre heures  par jour, à

     compter de cette période.

 

     Le 19  novembre 1992, son  médecin, le docteur Clouâtre,  pose un

     diagnostic de ténosynovite à la main gauche.

    

 

     Le 17 février  1992, il lui demande de  subir un électromyogramme

     pour éliminer la possibilité d'une névrite cubitale.

    

 

     Le Docteur G. S.  Dvorkin, neurologue, procède à cet examen le 17

     mars 1992.  Il note, à  titre de renseignements cliniques, que la

     patiente se plaint d'engourdissements et de douleur au  niveau de

     son pouce gauche.  Il souligne qu'elle est caissière et doit donc

     utiliser  beaucoup la  main gauche.     Son impression  est qu'il

     s'agit  d'une «dénervation compatible avec une atteinte du tunnel

     carpien»  ainsi qu'un «tunnel  Guyon» au  poignet gauche.   Étant

     donné que les  vitesses de conduction  demeurent encore dans  les

     limites  de la  normale,  il  ne  recommande  pas  de  traitement

     chirurgical pour  l'instant mais  suggère le  port d'une  attelle

     durant  la nuit.   Si  les symptômes  persistent, il  croit qu'il

     serait  indiqué de répéter cet examen dans  trois à six mois pour

     vérifier s'il y a une détérioration.

    

 

     Vu la persistance  des symptômes, un second  électromyogramme est

     passé  le 20  juillet 1992  et confirme  la présence  d'un tunnel

     carpien gauche.   Le  docteur Dvorkin  recommande maintenant  une

     décompression du nerf médian gauche.

    

 

     La travailleuse revoit le  docteur Clouâtre le 14  septembre 1992

     et le 9 novembre 1992.  Le médecin recommande toujours un travail

     à temps  partiel pour une  période indéterminée, soit de  trois à

     quatre mois,  et mentionne  qu'elle doit  subir une  intervention

     chirurgicale pour tunnel carpien gauche en décembre.

    

 

     Le premier  rapport médical que le docteur  Clouâtre remplit pour

     la Commission est en date du  26 janvier 1993.  Le médecin  écrit

     qu'il s'agit d'un tunnel carpien gauche, précisant que le premier

     électromyogramme était douteux mais que  le second, en date du 20

     juillet 1992, s'est avéré positif.   Il mentionne que la patiente

 

                           1  L.R.Q., c. A-3.001

 

     doit  subir une intervention  chirurgicale le 12  février 1993 et

     qu'elle  travaille à  temps partiel,  quatre heures  par  jour, à

     cause de cette condition, depuis le  13 janvier 1992.  Il indique

     comme date de  l'événement le 13 janvier 1992.   L'estampille qui

     est apposée sur le rapport médical indique  qu'il a été reçu à la

     Commission le 14 avril 1993.

    

 

     Un autre  rapport médical  est émis par  le docteur  Clouâtre, en

     date du 16 mars 1993, mentionnant que l'intervention chirurgicale

     pour  tunnel carpien  gauche  a  été reportée  au  19 mars  1993.

    

 

     L'estampille  apparaissant sur le rapport médical indique qu'il a

     été reçu à la Commission le 22 mars 1993.

    

 

     La travailleuse cesse de travailler le 18 mars 1993.  Ce jour-là,

     un  formulaire  intitulé  «Avis  de  l'employeur  et  demande  de

     remboursement»  est  complété  par l'employeur  et  signé  par la

     travailleuse.  L'événement y est décrit comme suit:

 

                  "Doing the same movement

                  I started to loose feelings

                  of my hands."

 

     À l'endos de  ce formulaire, l'employeur conteste  la réclamation

     de la  travailleuse en invoquant  que, depuis que  cette employée

     est à  son service, soit depuis le 18  août 1991, elle n'a jamais

     travaillé  plus  de quatre  heures par  jour à  cause de  sa main

     gauche.

     

 

     Après son intervention chirurgicale, la travailleuse  reprend son

     travail  de  caissière le  13 avril  1993.   C'est  à  cette date

     qu'elle   remplit   un   formulaire  intitulé   «Réclamation   du

     travailleur», lequel  est reçu à  la Commission le 14  avril 1993

     selon l'estampille apposée sur le document.

    

 

     Le 27 avril  1993, l'agent de la Commission  s'entretient avec la

     travailleuse et note au dossier:

 

          «a commencé douleur l'an passé

          EMG 1-04-92 Hop. General Verdun (averti par md)

          EMG 20-07-92 "            "     n'a rien fait.

    

 

          savait que c'était dû au travail

          ne savait pas qu'il fallait remplir R T R

          pensait que c'était jusqu'en elle

          arrêtait de travailler.» (sic)

 

     Une autre note de l'agent, en date du 29 avril 1993,  indique que

     l'employeur  a avisé  la Commission  que la  travailleuse  est au

     courant, depuis un an et demi, du fait que ses problèmes sont dus

     à son travail.

    

 

     Suite à  ces informations, la Commission refuse la réclamation de

     la travailleuse,  le 3  mai 1993,  au motif  qu'elle n'a pas  été

     logée  dans  le délai  prescrit  par  la  loi.   La  travailleuse

     conteste cette décision et en date du 27  juillet 1994, le bureau

     de révision rend la décision qui fait l'objet du présent appel.

    

 

     À l'audience,  la travailleuse  explique que  ses problèmes  à la

     main   gauche  ont   commencé  à   l'automne   1991  sous   forme

     d'engourdissements.  Elle  ne se rappelle pas de  la date précise

     mais croit que  c'était vers la fin de l'année.  Avant cela, elle

     précise que ses problèmes se  situaient plutôt au niveau du pouce

     et du  coude et  qu'ils  étaient dus  à  un accident  de  travail

     antérieur  survenu  en  1990.    Les  billets  médicaux que  l'on

     retrouve au dossier  datés de septembre et octobre  1991 seraient

     en rapport avec cet accident.

    

 

     Elle  mentionne  que  ce  n'est qu'après  avoir  passé  le second

     électromyogramme,  en juillet 1992,  que le diagnostic  de tunnel

     carpien gauche a pu être confirmé.  Elle-même n'a été informée de

     ce diagnostic par  son médecin que le  14 septembre 1992 et  elle

     dit  avoir  appris,  à ce  moment-là,  qu'elle  devait subir  une

     intervention chirurgicale.  C'est au même moment que  son médecin

     lui aurait  confirmé que son problème  à la main  gauche était en

     relation  avec  son travail.    Par contre,  elle  admet, lorsque

     contre-interrogée  à ce  sujet, que  la question  de la  relation

     entre ses douleurs à la main gauche et son travail avait déjà été

     abordée par son médecin auparavant mais elle ne se souvient pas à

     quel moment exactement.  Elle ne  peut pas dire si c'est lors  de

     sa  visite  du  mois  de   novembre  1991  ou  après  le  premier

     électromyogramme de mars 1992.   Elle insiste, cependant,  sur le

     fait  que ce n'est que le  14 septembre 1992 que  le médecin a pu

     lui donner  une confirmation à  la fois  du diagnostic  et de  la

     relation de celui-ci avec son travail.

    

 

     Questionnée au sujet du premier rapport médical que son médecin a

     rempli pour  la  Commission  le 25  janvier  1993,  elle  affirme

     l'avoir remis  à l'employeur le jour  même ou dans les  jours qui

     ont suivi.

    

 

     Elle  explique  que si  elle  n'a  pas  rempli de  formulaire  de

     réclamation  pour la  Commission à  ce  moment-là, c'est  qu'elle

     croyait qu'il fallait attendre d'être en arrêt de travail pour le

     faire.   Elle  mentionne  que l'employeur  ne  l'a jamais  avisée

     qu'elle  devait  remplir  un  formulaire.    Ce  n'est  donc  que

     lorsqu'elle s'est absentée du travail le 18 mars 1993, pour subir

     son  intervention  chirurgicale, qu'elle  dit  avoir «rempli  des

     papiers» pour la Commission.

    

 

     La  travailleuse   fait  également   entendre  monsieur   Sylvain

     Beaumier, représentant de  l'employeur, qui confirme le  fait que

     la   travailleuse   lui   remettait   les  certificats   médicaux

     qu'émettait son médecin de façon régulière.

    

 

     MOTIFS DE LA DÉCISION

 

     La  Commission  d'appel doit  décider  de la  recevabilité  de la

     réclamation de la travailleuse pour maladie professionnelle.

    

 

     L'article 272 de la loi prévoit:

 

          272.      Le    travailleur   atteint   d'une   maladie

          professionnelle ou,  s'il en  décède, le  bénéficiaire,

          produit  sa   réclamation  à  la  Commission,   sur  le

          formulaire  qu'elle prescrit, dans  les six mois  de la

          date où  il est porté à la  connaissance du travailleur

          ou du bénéficiaire que le travailleur est atteint d'une

          maladie professionnelle ou  qu'il en est décédé,  selon

          le cas.

    

 

               Ce  formulaire  porte  notamment sur  les  nom  et

          adresse de chaque  employeur pour qui le  travailleur a

          exercé  un travail  de nature  à  engendrer sa  maladie

          professionnelle.

    

 

               La Commission  transmet copie  de ce formulaire  à

          chacun des employeurs dont le nom y apparaît.

    

 

     Par contre, l'article 352 de la loi stipule:

 

          352.   La Commission prolonge  un délai que la présente

          loi  accorde pour l'exercice  d'un droit ou  relève une

          personne  des   conséquences  de   son  défaut  de   le

          respecter,  lorsque  la  personne   démontre  un  motif

          raisonnable pour expliquer son retard.

    

 

     À  partir du  moment    il est  porté  à  la connaissance  d'un

     travailleur que sa maladie peut être reliée à son travail, celui-

     ci a donc un délai de six mois pour produire une réclamation à la

     Commission.

    

 

     Selon la jurisprudence  majoritaire de la Commission  d'appel, ce

     délai de six mois  court à compter de la date  de la connaissance

     du fait que la maladie peut être reliée au travail2.

    

 

     Il est vrai, comme l'a souligné la procureure de la travailleuse,

     qu'il  existe une certaine jurisprudence de la Commission d'appel

     à l'effet que  le délai de six  mois prévu à l'article 272  de la

     loi  commence  à courir  seulement  à  compter  du moment    le

     travailleur à un intérêt réel et actuel a réclamer comme c'est le

     cas,  par exemple,  lorsqu'il devient  incapable de  travailler3.

    

 

 

                           2  À  titre  d'exemples: Fantini-Scenna  et  Daymor

                              Dress inc. (1987) C.A.L.P.  228;Turcot et V.L.S.

    

 

                              International   Québec   et   C.S.S.T.,   [1988]

                              C.A.L.P.  725; Da  Piedade  Rodrigues et  Rosann

                              inc.  (1990) C.A.L.P.  405; Gauvin  et Ville  de

                              Montréal   1992)  C.A.L.P.   406;  St-Amour   et

                              Bonnetterie  Paramount   (1989) ltée;  43875-62-

                              9208,   94-07-25,   G.   Perrault,  commissaire;

                              Beaubien et  Grinnell du  Canada ltée  28093-62-

                              9104,   1994-08-15,    N.   Lacroix    (décision

                              accueillant la requête en révision).

    

 

                           3  Desgagnés et Électricité  Michel Langlois 08936-

                              62-8808, 1990-12-03, G.  Robichaud, commissaire;

                              Roberge  et   Les  Moulins  Maple   Leaf  (1990)

 

     Ce  courant  jurisprudentiel  est  toutefois  minoritaire.   Dans

     l'affaire  Beauchemin et  Commission  scolaire  des Cantons4,  la

     commissaire    Pepita    Capriolo,    commentant    ce    courant

     jurisprudentiel,  a  considéré  que  cette  interprétation  était

     contraire  au  libellé  de  l'article  272  et  à  l'intention du

     législateur.   La soussignée partage  cette opinion.  On  ne peut

     ajouter à un texte de loi des mots qui ne s'y retrouvent pas afin

     de lui donner un sens différent de ce qui est écrit.

    

 

     En  l'instance, il ne  fait aucun doute, selon  la preuve, que la

     travailleuse savait, depuis  au moins le  14 septembre 1992,  que

     son  tunnel  carpien  gauche pouvait  être  relié  aux mouvements

     répétitifs qu'elle exécutait dans son travail de caissière.  Elle

     a même  admis, en  contre interrogatoire, que  la question  de la

     relation entre sa  maladie et son travail avait  déjà été abordée

     auparavant avec son médecin sans toutefois pouvoir en préciser la

     date,  son témoignage  demeurant  vague  et  imprécis  sur  cette

     question.   Ce  n'est toutefois  que le  18  mars 1993  qu'elle a

     présenté une réclamation à la Commission si l'on considère que le

     formulaire   intitulé   «Avis  de   l'employeur  et   demande  de

     remboursement», qui porte  la signature de la  travailleuse, peut

     tenir lieu de  réclamation.  Force  est donc de constater  que la

     réclamation de la travailleuse n'a pas été produite dans le délai

     de six mois prévu à l'article 272 de la loi.  Même en considérant

     que  la  travailleuse  n'aurait eu  connaissance  de  l'existence

     possible d'une relation entre sa maladie et son travail que le 14

     septembre 1992, sa réclamation serait quand même hors délai.

    

 

     La procureure de  la travailleuse a fait valoir en argumentation,

     en s'appuyant sur une certaine jurisprudence, que l'obligation de

     produire  un  formulaire  de réclamation  doit  être  apprécié en

     fonction  du caractère  social  de  la loi  qui  procède plus  de

     l'équité que  du droit strict  et qui doit donc  être interprétée

     largement.   Selon elle,  le fait  de  ne pas  avoir complété  le

     formulaire prescrit par  la Commission peut être  considéré comme

     un vice  de forme et  ne doit pas  être fatal à  la travailleuse.

    

 

     Elle soumet donc, en invoquant  les précédents en la matière, que

     le certificat médical du 26 janvier 1993 constitue la réclamation

     de la travailleuse  et doit être considéré comme  tel aux fins de

     l'application de l'article 272 de la loi.

    

 

     Il  est vrai  que, dans  certaines  circonstances, la  Commission

     d'appel et  même les  tribunaux supérieurs  ont considéré  que la

     transmission  d'un certificat  médical  à  la Commission  pouvait

     tenir  lieu  de réclamation5.    Ce  fut  le cas  notamment  dans

     l'affaire  Galipeault  c.  le bureau  de  révision  paritaire des

     Laurentides6  où la Cour  supérieure a considéré  qu'une nouvelle

     réclamation n'était pas utile dans le cas d'une aggravation alors

     que la Commission avait à  son dossier tous les rapports médicaux

     lui permettant de rendre une décision.  Dans la présente affaire,

     la  situation est  cependant  bien différente.    D'abord, il  ne

     s'agit  pas  d'une   récidive,  rechute  ou  aggravation   et  la

     Commission  ne  possède  donc  pas,  comme c'était  le  cas  dans

     l'affaire  Galipeau, un dossier  concernant la travailleuse.   De

     plus, l'estampille qui  apparait sur le certificat médical  du 26

     janvier  1993 indique que ce rapport n'a été reçu à la Commission

     que le 14  avril 1993.  Le premier certificat médical à avoir été

     reçu à  la Commission serait  plutôt celui  du 16 mars  1993 qui,

     selon l'estampille qui apparaît sur celui-ci, aurait été reçu  le

     22 mars 1993.  Pour qu'un certificat médical puisse tenir lieu de

     réclamation,  encore  faut-il  que  ce  certificat  médical  soit

     transmis à la Commission.

    

 

                              C.A.L.P. 22; Mainville et Asea Brown Boveri inc.

    

 

                              27559-62-9103,   1994-06-23,   J.-G.    Raymond,

                              commissaire;  Campana  et  Maillot  Baltex  inc.

    

 

                              52000-60-9306,     94-06-30,     M.     Lamarre,

                              commissaire; Lamontagne et  Thetford Gas Service

                              inc.  60970-03-9407,   95-07-27,  M.   Carignan,

                              commissaire.

    

 

                           4  35264-62-9112,    1993-09-15,    P.    Capriolo,

                              commissaire.

    

 

                           5  Galipeault c.  Le Bureau  de révision  paritaire

                              des  Laurentides   (1991)  R.J.Q.   788  (C.S.);

                              Vincent  et  G.G. Construction  (1992)  C.A.L.P.

    

 

                              151;  Villeneuve et  St-Raymond Paper  19779-02-

                              9006, 93-12-14, P. Brazeau, commissaire.

    

 

                           6  Déjà cité, note 6.

    

 

     En l'instance, la preuve est  à l'effet que le premier certificat

     qui a  été transmis  à la Commission,  l'a été  postérieurement à

     l'envoi du formulaire intitulé «Avis de l'employeur et demande de

     remboursement», soit plus de six mois après la connaissance de la

     possible  relation  entre   la  maladie  et   le  travail.     La

     travailleuse ne s'est jamais  occupée, entre temps, de savoir  si

     les certificats médicaux étaient transmis  à la Commission et n'a

     rien fait pour qu'ils le soient.

    

 

     Enfin, le  tribunal  n'est pas  convaincu  que, dans  le  présent

     dossier, le certificat  médical du médecin traitant aurait pu, de

     toute   façon,  tenir  lieu  de  réclamation  compte  tenu  qu'il

     s'agissait    d'une    première    réclamation    pour    maladie

     professionnelle,  que la  Commission ne  possédait  aucun dossier

     concernant  la travailleuse  et  que  le  certificat  médical  en

     question ne faisait  même pas mention qu'il  pouvait s'agir d'une

     maladie professionnelle.

    

 

     Tenant compte de ce qui  précède, la Commission d'appel en arrive

     à la  conclusion  que  la réclamation  de  la  travailleuse  pour

     maladie professionnelle est hors délai.

    

 

     Il reste donc à la Commission d'appel à déterminer s'il existe un

     motif  raisonnable lui permettant  de relever la  travailleuse de

     son défaut. Contrairement à ce  qu'a pu prétendre le procureur de

     l'employeur    à  l'audience, la  Commission  d'appel  estime, en

     effet,   en   se   basant   sur   une   jurisprudence   fortement

     majoritaire,7  qu'elle   a  compétence  pour  disposer  de  cette

     question même en  l'absence de décision expresse de la Commission

     à cet égard.

     

 

     Le motif invoqué par la travailleuse pour ne pas avoir produit de

     réclamation  plus tôt est qu'elle croyait qu'elle devait attendre

     d'être  en arrêt  de  travail pour  ce  faire.   Cela  équivaut à

     invoquer l'ignorance de la loi.   Or, nul n'est censé ignorer  la

     loi.  L'ignorance  de la loi ne peut donc pas constituer un motif

     raisonnable  pouvant permettre à la Commission d'appel de relever

     la travailleuse de son défaut d'avoir produit sa réclamation dans

     le délai prescrit par la loi.

    

 

     POUR CES  MOTIFS, LA  COMMISSION D'APPEL  EN  MATIÈRE DE  LÉSIONS

     PROFESSIONNELLES:

 

     REJETTE l'appel de la travailleuse, madame Isabella Siano;

 

     CONFIRME la décision rendue, le 27 juillet 1994, par le bureau de

     révision de l'Île-de-Montréal;

 

     DÉCLARE  irrecevable  la  réclamation  de  la travailleuse,  pour

     maladie professionnelle, en date du 18 mars 1993.

    

 

                     _________________________

                     Me Mireille Zigby

                     commissaire

 

     T.U.A.C. (LOCAL 500)

     Nicole Bernèche

     1405, Henri-Bourassa O., #100

     Montréal (Québec) H3M 3B2

 

     Procureure de la partie appelante

 

     Me Michel Gauthier

 

                           7  À   titre  d'exemples:   Guèvremont  et   Marine

                              Industries ltée (1991) C.A.L.P.  1182; Gauvin et

                              Ville de Montréal (1992) C.A.L.P. 406;  Boileau-

                              Beaucage et  Commission scolaire  Chomedey-Laval

                              16082-61-8912,     1991-10-02,     S.    Moreau,

                              commissaire (J3-18-01); Restaurants Scott Québec

                              ltée et Corriveau, (1993) C.A.L.P. 711; Guagenti

                              et

                           Mendolia (1994) C.A.L.P. 1425.

    

 

     11011, Maurice-Duplessis

     Montréal (Québec) H1C 1V6

     Procureur de la partie intéressée

 

    

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