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Monsieur Michel Labelle, né le 2 mai l959, est décédé le 4 octobre 1996, lors d'un accident du travail qui s'est produit à la ferme de ses parents adoptifs Selon le formulaire "Avis de 1'employeur et demande de remboursement" signé par monsieur Jean-Paul Guay, monsieur Michel Labelle était à son service depuis deux jours, lors de l'accident mortel»
Donald Labelle, né le 18 août l980 et dont la mère est Gina Lefrançois; monsieur Labelle et madame Lefrançois ont divorcé le 17 juin 1982.
Joanie Davrieux-Labelle, née le 28 février 1994, et dont la mère est Nathalie Davrieux.
Michaël Davrieux-Labelle, né le 24 mai 1995, et dont la mère est Nathalie Davrieux.
En juillet 1992, elle habite au 118, 1ère Avenue; St-Paul-Île-aux-noix. Elle est la mère de Roxanne Davrieux Morissette et reçoit des prestations d'aide sociale.
«Elle commence à fréquenter Michel Labelle vers la fin de 1'année 1992
Le ler septembre 1993, madame Davrieux déménage au 711, route 133 à St-Sébastien. Elle affirme que Michel Labelle est alors déménagé avec elle à cette adresse et qu'ils ont commencé à vivre ensemble. Le bail de ce logement est signé uniquement par madame Davrieux. Elle y indique qu'elle y vivra seule avec son enfant. Madame Davrieux explique que Michel Labelle n'a pas signé le bail afin qu'elle puisse continuer à recevoir l'aide sociale.
Le 8 septembre l993, madame Davrieux complète et signe un formulaire de demande de renseignements destiné à l'aide sociale. Elle y indique qu'elle est célibataire, vit avec sa fille Roxanne, d'âge préscolaire, qu'aucune autre personne ne vit avec elle, qu'elle n'a aucune source de revenus. Cette déclaration permet notamment à madame Davrieux de bénéficier d'un service de garde pendant qu'elle complète sa formation scolaire.
Le 28 février 1994, naissance de Joannie Davrieux-Labelle fille de Nathalie Davrieux et de Michel Labelle. Sur la "Déclaration de naissance", destinée à la Direction de l'état civil, Nathalie Davrieux écrit qu'elle réside au 711, route 133 à St-Sébastien et Michel Labelle écrit qu'il réside au 977 Faddentown à Clarenceville.
En mars 1994, un agent de l'aide sociale, se présente au 711, route 133, à St-Sébastien. Il constate que Michel Labelle y vit avec madame Davrieux, malgré les déclarations à l'effet contraire que madame Davrieux a faites à ce Ministère. L'aide sociale prend des mesures: madame Davrieux devra leur rembourser le trop-perçu pour la période de septembre 1993 à mars 1994 et pour le futur, l'aide sera annulée puisque madame Davrieux vit avec le père de son enfant Joanie, et que celui-ci reçoit une indemnité de remplacement du revenu de la Société d'assurance automobile du Québec.
«Devant cette "menace", Nathalie Davrieux rédige le 15 mars 1994 et Michel Labelle rédige le 13 avril 1994, une déclaration assermentée, destinée à l'aide sociale, dans laquelle ils affirment qu'ils ont tenté de vivre ensemble, mais qu'ils ne s'entendent plus». Dorénavant ils vivront chacun de leur côté. Madame Davrieux explique au Bureau de révision que ces deux déclarations assermentées étaient fausses; elle s'était entendue avec Michel Labelle avant de les compléter. Ainsi admet-elle, ces déclarations assermentées ont été faites dans le seul but que madame Davrieux continue de recevoir l'aide sociale.
Le 19 avril 1994, Michel Labelle se procure une "Preuve de résidence", exigée pour l'aide sociale, pour démontrer qu'il ne vit plus avec Nathalie Davrieux. Il s'agit en l'occurrence d'un document signé par monsieur Luc Hishop le 23 avril 1994, dans lequel celui-ci reconnaît que Michel Labelle occupe une chambre chez-lui au montant de $200.00 par mois, depuis le 15 avril 1994. Madame Davrieux explique que dans les faits, Michel Labelle n'a jamais habité cette chambre ni payé pour, et que ce document a été complété par son ami, monsieur Hisop, dans le seul but de tromper l'aide sociale. Madame Davrieux déclare que Michel Labelle a toujours continué d'habiter avec elle. Dans les jours qui ont suivi la visite de l'agent d'aide sociale, il s'est tout simplement fait plus discret, cachant ses vêtements dans la chambre d'enfant. Ainsi, Nathalie Davrieux a pu continuer à recevoir l'aide sociale en tant que mère vivant seule avec ses enfants, même si Michel Labelle vivait avec elle et percevait des indemnités de la Société d'assurance-automobile du Québec.
Le 1er juillet 1994, Nathalie Davrieux et Michel Labelle déménagent au 2697, rue Leduc, à Henryville. Le bail est signé uniquement par Nathalie Davrieux. Madame Davrieux explique au Bureau de révision que Michel Labelle ne l'a pas signé afin qu'elle puisse continuer à prétendre vis-à-vis l'aide sociale qu'elle vivait seule avec ses enfants et ainsi continuer de recevoir des prestations
Le 29 juillet 1994, Nathalie Davrieux dépose en Cour supérieure une requête pour garde d'enfant et pension alimentaire adressée à Michel Labelle pour leur enfant Joanie. Par affidavit déposé à la Cour Supérieure, Nathalie Davrieux affirme qu'elle ne vit pas avec Michel Labelle et que l'aide sociale est sa seule source de revenus. Madame Davrieux explique au Bureau de révision que cette requête et ces déclarations assermentées ont été faites uniquement pour satisfaire les exigences de l'aide sociale mais que dans les faits, elles étaient fausses, puisque Michel Labelle continuait à vivre avec elle et à partager les dépenses.
Au cours des années 1993 à 1996, Michel Labelle a réclamé à la Société d'assurance automobile, différents frais de transports et autres déboursés, occasionnés pour recevoir des soins suite à son accident de la route. Il a toujours déclaré qu'il résidait au 977 Faddentown à Clarenceville, chez ses parents et calculé son kilométrage et son temps de déplacement à partir de cet endroit.
Madame Davrieux explique au Bureau de révision qu'il est vrai que Michel Labelle recevait tout son courrier chez ses parents.
Le 24 mai 1995, naissance de Michaël Davrieux-Labelle, fils de Nathalie Davrieux et de Michel Labelle. Sur la "Déclaration de naissance" adressée à la Direction de l'état civil, Nathalie Davrieux écrit qu'elle réside au 2697 rue Leduc à Henryvi11e et Michel Labelle écrit qu'il réside au 977 Faddentown à Clarenceville.
Pour démontrer que Michel Labelle vivait bien avec elle et était représenté comme son conjoint, madame Nathalie Davrieux fait témoigner les personnes suivantes :
Monsieur Gaétan Séguin, enquêteur au service de police de St-Jean-sur- Richelieu. Monsieur Séguin déclare que le 24 janvier 1996, il s'est rendu au 2697 rue Leduc, à Henryville, pour mettre en arrestation Michel Labelle suite à la dénonciation du propriétaire d'un chalet de Henryville, qui avait été victime d'un vol. Michel Labelle se trouvait effectivement à cette adresse. Lorsque l'enquêteur lui a demandé ses papiers d'identité, l'adresse qui y figurait était celle du 97 Faddentown à Clarenceville. Michel Labelle a déclaré que c'était l'adresse de sa mère.
Michel Labelle a été amené au poste de police où il a complété et signé une "Déclaration statutaire", dans laquelle il avoue être l'auteur du vol. Il écrit que le chalet en question, situé à Henryville, «n'est pas loin de chez-nous», et qu'il a pu transporter la marchandise volée, à pied.
Madame Davrieux explique au Bureau de révision que ce chalet est situé tout près de chez-elle, ce qui confirmerait que lorsque Michel Labelle écrit qu'il a commis un vol dans un chalet «près de chez-nous», il va de soi qu'il se réfère à sa résidence du 2697 rue Leduc, à Henryville.
Micheline Lavoie, mère de Nathalie Davrieux. Elle a aidé aux déménagements de sa fille. Elle affirme que sa fille habitait bel et bien avec Michel Labelle, que celui-ci était son conjoint.
Donald Labelle, fils de Michel Labelle et Gina Lefrançois. Il a constaté, à l'occasion des visites à son père que celui-ci vivait avec Nathalie Davrieux.
Johathan Davrieux, frère de Nathalie Davrieux. Il déclare qu'il a aidé Michel Labelle à déménager de Clarenceville à St-Sébastien, en 1993, et que lorsqu'il visitait sa soeur, il constatait qu'elle vivait avec Michel Labelle.
Jacques Champagne, ami de Michel Labelle et conjoint actuel de la mère de Nathalie Davrieux. Monsieur Champagne déclare qu'en 1994, il a aidé Michel Labelle et Nathalie Davrieux a rénover leur maison du 2697 Leduc à Henryville. Il a constaté que Michel Labelle et Nathalie Davrieux vivaient ensemble.
À propos de ces rénovations, Madame Nathalie Davrieux explique au Bureau de révision qu'elle était officiellement locataire mais qu'elle avait une entente tacite avec son propriétaire, monsieur Michel Roy, comme quoi elle et Michel Labelle seraient éventuellement propriétaire de la maison qu'ils avaient louée. C'était une sorte de promesse de vente qui ne pouvait être officialisée, parce que madame Davrieux était prestataire d'aide sociale. Madame Davrieux explique au Bureau de révision qu'elle planifiait pouvoir éventuellement cesser de recevoir de l'aide sociale et alors devenir officiellement propriétaire de cette maison qu'elle et Michel Labelle rénovaient; madame Davrieux produit plusieurs factures, faites au nom de Michel Labelle, et qui confirment l'achat de matériel de rénovation. Madame Davrieux explique au Bureau de révision que son loyer était en quelque sorte un remboursement "hypothécaire" Madame Davrieux déclare qu'elle payait les taxes municipales et scolaires* en cash + .
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Elphège Archambault, voisin et ami de Michel Labelle. Il s'occupait du déblaiement de la neige dans l'entrée de la cour de la résidence de Nathalie Davrieux et Michel Labelle, sur la rue Leduc. Il les a vus ensemble, dans la maison, «comme un couple
Guy Casavant, boucher. Il travaille au marché Métro de Henryville. Il connaît Nathalie Davrieux et Michel Labelle comme clients. Il les voyait faire leur épicerie ensemble, à chaque semaine.
Monsieur Labelle aurait cessé de recevoir des indemnités de la Société d'assurance automobile du Québec en septembre 1996. Lors de son décès à la ferme de ses parents, il occupait son emploi depuis deux jours.
Le 10 mars 1997, la Régie des rentes du Québec a accepté la demande de rente de madame Nathalie Davrieux, à titre de conjoint survivant.
Le 9 septembre 1997, un agent de révision du ministère de la Sécurité du revenu a rendu une décision à l'effet qu'après enquête, ce Ministère conclut que madame Nathalie Davrieux a vécu maritalement avec monsieur Michel Labelle du 23 septembre 1993 au 4 octobre 1996 et qu'en conséquence elle devra rembourser la somme de 29,741.05 $ à ce Ministère.
Le bureau de révision paritaire conclut que madame Nathalie Davrieux et le travailleur vivaient maritalement et qu'il résidait avec elle depuis au moins un an avant son décès. Toutefois, le bureau de révision paritaire que le couple ne s'est jamais représenté comme conjoints publiquement tel qu'exigé par la définition de conjoint de l'article 2 de la loi :
2. Dans la présente loi, à moins que le contexte n'indique un sens différent, on entend par:
«conjoint»: l'homme ou la femme qui, à la date du décès du travailleur:
1° est marié au travailleur et cohabite avec lui; ou
2° vit maritalement avec le travailleur et:
a)réside avec lui depuis au moins trois ans ou depuis un an si
un enfant est né ou à naître de leur union; et
b)est publiquement représenté comme son conjoint.
[...]»
«La Commission a eu l'occasion depuis plusieurs années d'interpréter ce critère de la représentation publique et a, comme le signalait d'ailleurs le procureur de l'appelante, maintes fois exprimé l'idée que le cotisant décédé ne devait pas avoir représenté le requérant comme son conjoint seulement à l'intérieur du cercle de famille ou des amis très intimes. La Commission a toujours exigé que la représentation comme conjoint ait été faite à des autorités publiques, que les personnes en cause aient généralement, dans leur vie de tous les jours, affiché leur relation conjugale, n'aient pas cherché à la garder secrète.
C'est dans cette optique qu'à plusieurs reprises la déclaration aux autorités responsables des programmes de sécurité du revenu d'une vie de célibataire a permis à la Commission de considérer que l'appelant n'avait pas rencontré son fardeau de preuve et a refusé de le considérer comme ayant été publiquement représenté comme conjoint par le cotisant décédé.
Dans le cas présent, cependant, la Commission considère que le statut de conjoint survivant doit être reconnu à l'appelante. En effet, malgré la fraude faite dans le but d'obtenir indûment des prestations de sécurité du revenu, il appert de la preuve que monsieur M... et madame S... se sont comportés publiquement comme des conjoints, que celui-ci l'a publiquement représentée comme tel. La Commission retient notamment l'ouverture de comptes bancaires avec droit de signature pour l'autre, la police d'assurance conjointe et le testament notarié dans lequel l'appelante est désignée comme conjointe de fait.»
Me Simon Lemire
commissaire
[1995] C.A.S. 317 à 320, 21-10-94.
[1997] C.A.S. 338 à 344, 20-06-97.
[1989] C.A.S. 276 à 278, 05-01-89.
[1992] C.A.S. G51 à G82, 11-05-92.
* Cette décision a été maintenue en Cour d'appel
[1993] C.A.S. 173 à 178, 27-01-93.
[1990] C.A.S. 193 à 199, 08-01-90.
[1996] C.A.S. 389 à 393, 25-03-96.
[1993] C.A.S. 284 à 287, 17-08-93.
AVIS :
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