Décision

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Commission scolaire des Affluents et Di Sabato

2008 QCCLP 6580

 

 

COMMISSION DES LÉSIONS PROFESSIONNELLES

 

 

Laval

19 novembre 2008

 

Région :

Laval

 

Dossier :

283292-61-0603

 

Dossier CSST :

128327608

 

Commissaire :

Santina Di Pasquale, juge administratif

 

Membres :

Gisèle Lanthier, associations d’employeurs

 

Françoise Morin, associations syndicales

 

Assesseur :

 

Pierre Taillon, médecin

______________________________________________________________________

 

 

 

Commission scolaire des Affluents

 

Partie requérante

 

 

 

et

 

 

 

Nadia Di Sabato

 

Partie intéressée

 

 

 

 

 

______________________________________________________________________

 

DÉCISION

______________________________________________________________________

 

 

[1]                Le 3 mars 2006, Commission scolaire des Affluents (l’employeur) dépose une requête à la Commission des lésions professionnelles par laquelle il conteste une décision rendue par la Commission de la santé et de la sécurité du travail (la CSST), le 24 janvier 2006, à la suite d’une révision administrative.

[2]                Par cette décision, la CSST confirme celle qu’elle a initialement rendue, le 20 octobre 2005, et déclare que la travailleuse a subi une lésion professionnelle, le 12 décembre 2004, sous la forme d’une maladie professionnelle.

[3]                L’audience s’est tenue à Laval le 14 septembre 2007 et le 3 octobre 2008. L’employeur était représenté par avocate. La travailleuse était présente et également représentée par avocat.

L’OBJET DE LA REQUÊTE

[4]                L’employeur demande de conclure que les nodules aux cordes vocales de la travailleuse ne sont pas en relation avec son travail d’enseignante.

LA PREUVE

[5]                La travailleuse est enseignante dans une école secondaire de la Commission scolaire des Affluents depuis décembre 1996.

[6]                Le 16 juin 2005, elle dépose une réclamation à la CSST alléguant être atteinte d’une maladie professionnelle depuis décembre 2004. Dans le formulaire «Réclamation du travailleur» elle écrit :

Je suis enseignante de langue tierce (l’espagnol). Ainsi je dois continuellement parler, converser, expliquer, aller chercher les étudiants afin qu’ils prennent de l’assurance et s’exprimer progressivement en espagnol. Toutefois, depuis environ 1an et demi, il y a eu un changement dans ma voix. Au tout début la voix diminuait après la 3ième ou la 4ième  classe de la journée. Mais progressivement les problèmes de voix apparaissaient pendant la 2e classe et finalement j’avais de la difficulté à converser pour une courte période sans éprouver des difficultés pendant la 1ère classe de la journée. C’est ainsi qu’est apparue mes problèmes avec mes vocales. [sic]

 

 

[7]                Une attestation médicale datée du 24 mai 2005 est produite à l’appui de sa réclamation. La docteure France Provencher pose le diagnostic de «nodule corde vocale» et indique que la travailleuse a été en arrêt de travail pour la période du 13 décembre 2004 au 5 mai 2005 inclusivement.

[8]                Cette attestation médicale est remise à l’employeur en mai 2005 et celui-ci demande au docteur Claude Nadeau, oto-rhino-laryngologiste, d’examiner la travailleuse et d’émettre une opinion au sujet des questions d’ordre médical prévue à l’article 212 de la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles[1] (la loi). Elle est examinée à cette fin le 10 juin 2005. À l’examen subjectif, le médecin indique qu’elle mentionne la persistance d’une dysphonie récidivante. À l’examen objectif, il précise qu’il n’a pu avec une laryngoscopie indirecte objectiver la présence de formation nodulaire. Il est d’avis que la travailleuse présente une dysphonie fonctionnelle ce qu’il appelle une «misuse de la voix». Il ne peut préciser la date de consolidation de la lésion. Il croit qu’elle devrait faire usage d’un amplificateur de la voix tant et aussi longtemps qu’elle n’aura pas repris le contrôle de sa voix. Concernant la relation entre le diagnostic de nodule sur les cordes vocales et le métier d’enseignante, il écrit :

Il est reconnu que les personnes qui utilisent leur voix de façon continue pour le travail (enseignants, avocats, vendeurs, politiciens, etc.) sont plus susceptibles de présenter des nodules des cordes vocales. Il est toujours très difficile d’affirmer avec certitude si ces personnes développent des nodules des cordes vocales à cause de l’usage prolongé de la voix ou si ces personnes développent des nodules à cause du mauvais usage de la voix.

 

Dans le cas de madame Di Sabato, il m’apparaît que le mauvais usage de la voix (misuse) est le facteur étiologique de sa condition : aucune amélioration ou peu d’amélioration de la condition vocale chez madame malgré une absence du travail depuis octobre 2004.

 

 

[9]                La CSST accepte la réclamation de la travailleuse pour maladie professionnelle à compter du 12 décembre 2004 par sa décision du 20 octobre 2005. Cette décision est contestée par l’employeur et confirmée à la suite d’une révision administrative, d’où la présente contestation.

[10]           La contestation relative au diagnostic est soumise au Bureau d’évaluation médicale pour avis. Le docteur Samir Abboud, oto-rhino-laryngologiste, examine la travailleuse, le 7 décembre 2005. Il précise dans son rapport que la rhino-pharyngoscopie flexible a montré de tous petits nodules fibreux (ébauches de nodules) au niveau des cordes vocales bilatéralement. Au niveau des antécédents, le docteur Abboud indique que la travailleuse a eu des épisodes de dysphonie avant de travailler comme enseignante.

[11]           Le docteur Abboud écrit dans son rapport que la travailleuse a encore de tous petits nodules fibreux persistants à l’examen par «RPL». Il précise que les nodules des cordes vocales surviennent en général chez les personnes qui abusent de leur voix et qui ont une mauvaise hygiène vocale. Il ajoute :

Je suis tout à fait d’accord avec Dr Nadeau qui mentionne qu’il est difficile d’affirmer si les personnes qui ont des nodules aux cordes vocales développent ces nodules à cause de l’usage prolongé de la voix ou suite à un mauvais usage de la voix.

 

 

[12]           Dans son avis motivé, il écrit :

Considérant que :

 

-           Madame Di Sabato a un métier nécessitant un abus vocal.

-           Cet abus vocal associé à une mauvaise utilisation de la voix peut prédisposer à des nodules de cordes vocales.

-           Le diagnostic de nodules des cordes vocales a été posé à la première évaluation au laboratoire de la voix en décembre 2004.

-           Ces nodules des cordes vocales sont encore visualisés par la RPL et sont très petits actuellement suite au traitement entrepris.

 

J’émets l’avis suivant :

 

1-         Diagnostic

 

            Nodules des cordes vocales.

 

 

[13]           Un rapport complémentaire est produit par le docteur Nadeau, le 7 avril 2006, suite à la demande de l’employeur de lui fournir une nouvelle opinion à la lumière de l’avis du Bureau d’évaluation médicale. Il écrit dans son rapport complémentaire «Bien que la rhinopharyngoscopie flexible ait démontré l’ébauche de nodules, je suis d’opinion que la présence d’ébauche de nodules est attribuable à une «misuse» de la voix». Et il ajoute que la mention des épisodes de dysphonie avant le début de sa carrière d’enseignante confirme, selon lui, le facteur étiologique retenu. Il est donc d’opinion qu’il n’y a pas de lien de causalité entre le métier d’enseignante et le diagnostic retenu dans ce dossier.

[14]           Le 11 janvier 2006, la CSST rend une décision entérinant l’avis du Bureau d’évaluation médicale. Cette décision est contestée par l’employeur mais, à la suite d’une révision administrative en date du 27 mars 2006, la contestation est déclarée irrecevable, n’ayant pas été déposée dans le délai imparti. Cette dernière décision n’a pas été contestée. Ainsi, la décision donnant suite à l’avis du Bureau d’évaluation médicale est devenue finale.

[15]           La travailleuse témoigne à l’audience. Elle est enseignante depuis 1997. Elle a toujours été affectée à l’enseignement des langues et, à l’époque pertinente aux présentes, elle enseignait l’espagnol aux élèves de secondaire II et III. Son horaire de travail est produit pour les années 2003-2004 et 2004-2005. Sur un cycle de travail de 9 jours, la travailleuse enseignait 26 périodes de 75 minutes chacune en 2003-2004. Pour l’année 2004-2005, elle enseignait 24 périodes de 75 minutes chacune sur un cycle de 9 jours.

[16]           Madame Di Sabato insiste sur le fait qu’une enseignante de tierce langue doit  parler beaucoup car elle doit susciter suffisamment d’intérêt chez les élèves pour les amener à s’exprimer. Il y a beaucoup de dialogue et d’interaction avec les jeunes. Le nombre d’élèves dans une classe se situe, en moyenne, entre 30 et 32. En plus de donner des cours en classe, elle donne des cours de récupération à une fréquence d’environ 2 fois par cycle sur l’heure du dîner. De plus, il y a environ 2 autres périodes par cycle où elle est responsable de la surveillance ou d’une activité quelconque. Finalement, elle a déjà organisé des voyages et elle doit parfois appeler les parents, toutes des activités qui impliquent l’utilisation de la voix.

[17]           Avant de débuter sa carrière dans l’enseignement et pendant ses études, elle a travaillé pour la compagnie Rogers. Elle était affectée à la formation et au service à la clientèle. L’utilisation de la voix était certainement requise pour effectuer ces tâches mais elle n’avait pas à parler devant un groupe.

[18]           Ses problèmes de dysphonie ont débuté graduellement et de manière insidieuse à la fin de l’année 2002. Elle n’avait jamais eu ce genre de problèmes avant et confirme n’avoir jamais dit au docteur Abboud qu’elle avait des antécédents de dysphonie avant de commencer sa carrière dans l’enseignement. Au début, ce sont ses collègues de travail qui lui faisaient remarquer qu’elle avait un problème avec la voix. Cette condition s’est aggravée graduellement en 2003-2004. En octobre 2004, elle est hospitalisée pour un problème personnel et elle mentionne à son médecin son problème de voix et elle est dirigée vers un spécialiste.

[19]           La travailleuse rencontre le docteur Ba truc Trinh, oto-rhino-laryngologiste, le 7 octobre 2004. Il indique dans ses notes de consultation qu’elle consulte pour «dysphonie depuis 1 an». Il indique comme impression diagnostique : «nodules… chez professeur» et la dirige vers la docteure Karen Kost.

[20]           Elle est vue par la docteure Kost pour la première fois, le 13 décembre 2004, au Laboratoire de la voix du centre hospitalier de l’Université McGill (MUHC). La docteure Kost lui prescrit du Nexium et elle lui demande de cesser de fumer complètement. La travailleuse précise qu’elle ne fumait que 2 cigarettes par mois mais qu’elle a arrêté complètement en décembre 2004. En ce qui concerne le médicament «Nexium» elle en a pris en janvier 2003 pour un problème qui a perduré pendant 2 mois mais qui s’est résorbé complètement par la suite. En effet, un rapport signé par la docteure Magalie Dhaiti est produit à l’audience et il démontre qu’en janvier 2003, la travailleuse a souffert d’une douleur épigastrique. Elle a été alors en investigation et le médecin lui a prescrit du Nexium et du Losec mais le médecin écrit «sans succès». La travailleuse précise qu’ils ont finalement trouvé qu’elle avait une bactérie intestinale.

[21]           La travailleuse est suivie au Laboratoire de la voix depuis cette date. Elle déclare s’être beaucoup améliorée et qu’elle est retournée à son travail en mai 2005. Toutefois, elle utilise depuis cette date un amplificateur de la voix. Elle dépose sa réclamation à la CSST après son retour au travail car c’est à cette époque qu’elle fait le lien avec son travail. Elle est absente du travail d’octobre à décembre 2004 pour un problème cervical personnel. Elle demande d’être indemnisée par la CSST à partir de sa rencontre avec la docteure Kost, en date du 13 décembre 2004.

 

 

TÉMOIGNAGES DE MESSIEURS  GILLES KIROUAC ET MICHEL LÉVESQUE

[22]           Monsieur Gilles Kirouac est à l’emploi de la Commission scolaire depuis le 7 avril 2003 et il est responsable des dossiers concernant la santé et la sécurité au travail depuis août 2005.

[23]           Il y a 14 écoles secondaires qui sont desservies par la Commission scolaire des Affluents, dont une spécialisée dans les troubles de comportement et une autre en insertion sociale. Il y a 83 enseignants de langue à temps complet et 13 à temps partiel. La majorité sont des enseignants de langue anglaise. Il n’y a qu’une quinzaine d’enseignants de langue espagnole.

[24]           Monsieur Kirouac précise qu’il y a 200 jours de travail dans une année scolaire, 180 jours de classe et 20 jours pédagogiques. Il y a une période de repos de 10 minutes entre chaque période d’enseignement.

[25]           En ce qui concerne l’horaire de travail, il explique que les périodes de récupération ne sont pas indiquées mais qu’il y a habituellement une période de récupération de prévue par cycle. Certains enseignants font partie de comités ou s’occupe de certaines activités à la pause du midi. Il considère qu’il y a au moins 1 heure de travail par jour où l’enseignante n’utilise pas la voix car elle doit préparer les cours et faire les corrections.

[26]           Le témoin produit un rapport d’assiduité concernant les absences de la travailleuse pour la période débutant en janvier 2000 à juin 2005. Il précise que la travailleuse s’est absentée souvent. Par ailleurs, il précise que ces absences ont été approuvées et qu’aucun avis disciplinaire ne lui a été donné pour ses absences.

[27]           Le tribunal constate de la lecture du document que la travailleuse s’est absentée pour une période d’environ 6 mois en 2000 pour un congé de maternité. Elle s’est absentée pour environ 3 mois en janvier 2003 et ensuite d’octobre à décembre 2004 pour des raisons personnelles. De décembre 2004 à mai 2005, elle s’est absentée pour dysphonie. Elle s’est absentée quelques journées par mois pour les autres périodes mais pas de manière prolongée sauf pour les périodes ci-dessus mentionnées.

[28]           Monsieur Kirouac déclare également qu’à sa connaissance, il n’y a pas eu de réclamation chez les enseignants pour troubles de la voix au cours des 5 dernières années, sauf celle de la travailleuse. Selon lui, une seule enseignante utilise un amplificateur de la voix depuis sa chirurgie pour un cancer.

[29]           Monsieur Michel Lévesque, vice-président du syndicat depuis 2001, témoigne à l’audience. Il affirme que la déclaration de monsieur Kirouac concernant l’absence de réclamation pour des troubles de la voix n’est pas exacte. Il y a deux enseignantes, en plus de la travailleuse, qui ont déposé des réclamations à la CSST. De plus, quelques autres utilisent un système d’amplification de la voix. Il dépose un document qu’il a préparé à partir de renseignements qu’il a recueillis auprès des délégués syndicaux de chaque école.

[30]           Monsieur Kirouac témoigne à nouveau en contre-preuve. Il allègue que les deux autres réclamations à la CSST sont postérieures à la date de son témoignage, celui-ci ayant témoigné lors de la première audience en septembre 2007. Il ne pouvait alors avoir connaissance de ces cas. À la suite de vérifications récentes, il confirme que l’employeur a fourni des amplificateurs de la voix à quelques enseignantes. Par ailleurs, pour la majorité des personnes dont le nom apparaît sur la liste colligée par monsieur Lévesque, ces personnes n’ont pas déposé de réclamation à la CSST.

[31]           Le tribunal retient de cette preuve qu’il y a deux autres enseignantes, en plus de la travailleuse, qui ont fait une réclamation à la CSST pour ce genre de lésion et que quelques enseignantes utilisent un amplificateur de la voix. Le tribunal estime qu’il ne peut tirer aucune autre conclusion des témoignages de messieurs Kirouac et Lévesque et des documents déposés.

TÉMOIGNAGE DU DOCTEUR CLAUDE NADEAU

[32]           Le docteur Claude Nadeau témoigne à la demande de l’employeur. Il est chirurgien spécialiste en otorhinolaryngologie depuis 1966. Il a produit un rapport d’expertise le 10 juin 2005.

[33]           Il souligne que la travailleuse lui a déclaré, au cours de l’entrevue, n’avoir jamais fait usage de tabac, mais que l’on découvre, aux notes cliniques de la docteure Kost, que la travailleuse a «cessé de fumer» au cours de l’hiver 2005. La travailleuse présentait une variation de la tonalité de la voix au cours de l’entrevue, tout comme à l’audience.

[34]           Le témoin a procédé à une laryngoscopie indirecte qui s’est avérée normale, sans évidence de nodules aux cordes vocales. À ce sujet, il reconnaît que le laryngoscope flexible, utilisé par le docteur Abboud, peut permettre de déceler de très petits nodules qui ne sont pas visibles à la laryngoscopie indirecte.

[35]           Le témoin avait conclu, au cours de l’examen de 2005, à une dysphonie fonctionnelle, sans lésion organique des cordes vocales, mais ajoute que même s’il fallait retenir le diagnostic de nodules, il conclurait quand même à une «condition personnelle», soit un «mauvais usage de la voix».

[36]           Le docteur Nadeau est ensuite invité à commenter l’influence de l’absence du travail, depuis le 7 octobre 2004, sur l’évolution de la lésion. Le témoin croit que puisque la travailleuse n’a pas enseigné après cette date et qu’elle était sous traitements en orthophonie, il y aurait dû y avoir, si la lésion était due au travail, régression des nodules au moment de son propre examen et amélioration de la voix. Or, la travailleuse présentait encore, en juin 2005, une dysphonie.

[37]           Le témoin commente certaines notes de consultation en clinique de la voix, apparaissant au dossier. Notamment on y lit, dans une note du 24 janvier 2005, que la travailleuse prend du «Nexium», ce qui suggère qu’elle souffre d’un reflux gastro-oesophagien ou laryngopharyngé. Le 4 avril 2005, il est indiqué que la travailleuse ressent une sensation de boule dans la gorge, ce qui est une manifestation d’une dysphonie fonctionnelle. À la même date, il est fait état de «muscle tension», phénomène qu’on rencontre aussi dans les dysphonies fonctionnelles. On recommandait une «hygiène vocale», soit d’éviter les modifications de la tonalité de la voix, ou encore de forcer la voix.

[38]           Le 2 mai 2005, une note de la clinique de la voix fait mention de «mild improvement», ce que le docteur Nadeau interprète comme un échec de l’orthophonie, puisque les traitements étaient déjà, à cette époque, administrés depuis plusieurs mois.

[39]           Il souligne également une note de la docteure Kost, du 24 janvier 2005, selon laquelle la voix se serait détériorée depuis janvier 2005, alors que la travailleuse n’enseignait plus depuis octobre 2004. Le 10 juin 2005, il est écrit que les nodules sont petits et stables et, le 28 novembre 2005, il est question de «reflux modéré», ce qui peut avoir une influence sur l’apparition de nodules.

[40]           Au sujet de l’expertise du docteur Abboud, le docteur Nadeau indique que la travailleuse y a admis avoir eu des épisodes de dysphonie avant d’être enseignante. Il souligne que le docteur Abboud se dit d’accord avec l’affirmation du témoin «qui mentionne qu’il est difficile d’affirmer si les personnes qui ont des nodules aux cordes vocales développent ces nodules à cause de l’usage prolongé de la voix ou suite à un mauvais usage de la voix».

[41]           Le témoin fait valoir que le reflux gastro-oesophagien peut être un facteur étiologique de nodules. La cigarette est un facteur «contributif» de l’apparition de ces lésions.

[42]           Il croit que la travailleuse n’a pas à élever la voix dans les conditions d’exercice de son travail. La classe est de dimensions normales et il dit «ne pas voir fréquemment» des professeurs souffrant de dysphonie ou de troubles des cordes vocales.

[43]           Le témoin commente ensuite certains articles de doctrine, qu’il dépose en preuve. Dans un article intitulé «Functional dysphonia»[2] (E-5) l’on conclut que la thérapie vocale en orthophonie est un traitement efficace à court terme mais qu’on sait peu de chose sur son efficacité à long terme.

[44]           Dans un autre article[3] (E-6), apparaît une liste de pathologies associées au reflux «laryngopharyngé», dont les nodules des cordes vocales.

[45]           Un autre article[4] (E-7) portant sur des sujets utilisant leur voix de façon professionnelle (prêcheurs et chanteurs), démontre, selon le docteur Nadeau, que la majorité d’entre eux souffrent de problèmes de cordes vocales, parce qu’ils «utilisent mal leur voix», et non à cause de leur profession. Ces sujets «forcent leur voix», prennent une tonalité qui ne correspond pas à la musculature de leur larynx. Ils ont une «tension des muscles cervicaux». Ces sujets développent d’abord une dysphonie puis éventuellement des nodules des cordes vocales.

[46]           Le témoin ne croit pas que l’horaire de travail de la travailleuse (150 à 225 minutes d’enseignement par jour), avec des périodes de repos, soit contraignant pour la voix.

[47]           En contre-interrogatoire, le docteur Nadeau reconnaît que les troubles de la voix sont plus fréquents chez les enseignants, mais qu’ils ne sont pas nécessairement liés à l’enseignement. Dans certaines conditions, la cause peut être professionnelle mais, dans la majorité des cas, c’est la «mauvaise utilisation de la voix» qui est en cause, non l’utilisation de la voix en soi. Il reconnaît que les enseignants sont «plus susceptibles» de présenter des nodules des cordes vocales mais ajoute, comme dans son expertise, que «il est toujours très difficile d’affirmer avec certitude si ces personnes développent des nodules des cordes vocales à cause de l’usage prolongé de la voix ou si ces personnes développent des nodules à cause du mauvais usage de la voix».

[48]           En somme, bien qu’il reconnaisse que l’incidence des troubles de la voix chez les enseignants est plus élevée que dans la population générale, il croit qu’en l’espèce la voix de la travailleuse est utilisée insuffisamment en intensité et en durée pour conclure à un lien de causalité entre la profession et la lésion. Il croit également que le reflux cause une irritation du larynx et des cordes vocales et que la travailleuse a probablement un problème de reflux, bien que la démonstration n’en ait pas été faite de façon certaine.

Il insiste sur l’importance des antécédents de troubles de dysphonie chez la travailleuse, avant l’exercice de la profession d’enseignante.

 

TÉMOIGNAGE DE LA DOCTEURE KAREN KOST

 

[49]           La docteure Karen Kost témoigne à la demande de la travailleuse. Elle est chirurgienne spécialiste en oto-rhino-laryngologie et elle a fait une année de surspécialité en laryngologie, en étude de la voix et en oncologie. Sa pratique actuelle est dédiée en bonne partie aux troubles vocaux.

[50]           Elle explique ce qu’est le Laboratoire de la voix, où elle travaille. On y a accès à des instruments sophistiqués pour l’examen, dans le fin détail, des cordes vocales. On y procède notamment à des études de vidéo-strobosco-laryngoscopie. Ces techniques sont supérieures, en validité, à la laryngoscopie avec un instrument flexible. On peut aussi y évaluer l’intensité, les fluctuations et la tonalité de la voix. La docteure Kost s’intéresse à l’étude de la voix depuis 17 ans.

[51]           Le témoin a rencontré une première fois la travailleuse le 13 décembre 2004. Celle-ci présentait alors une dysphonie depuis un an. Le témoin s’est informé de la profession de la travailleuse, de son horaire et du nombre d’étudiants auxquels elle enseigne. Elle s’est aussi informée de la présence de symptômes de reflux gastro-oesophagien. La travailleuse était alors absente du travail depuis octobre 2004 et elle avait noté une amélioration de sa voix. Elle décrivait, au travail, une fatigue vocale en fin de journée sous forme de raucité. Il s’agit là selon la docteure Kost d’une histoire classique de nodules des cordes vocales. À l’examen, la docteure Kost a noté une inflammation des cordes vocales, soit une rougeur au lieu d’une couleur perle, et de l’œdème ainsi que des sécrétions visqueuses s’accumulant entre le tiers antérieur et le milieu de la corde vocale. Le témoin explique que la formation d’un nodule se fait sur un continuum, débutant par un œdème qui peut se résorber mais qui, à force de traumatismes répétés, peut ne pas être complètement éliminé et laisser des petites cicatrices que l’on reconnaît cliniquement comme des nodules. Le témoin explique que des changements minimes à la morphologie des cordes vocales peuvent entraîner une dysphonie significative.

[52]           La docteure Kost a procédé à un examen vidéo-strobosco-laryngoscopique les 13 décembre 2004 et le 26 mars 2007, dont elle a montré la vidéo à l’audience. Elle explique que même si les différences entre les deux examens peuvent sembler subtiles, il y a eu amélioration de l’état des cordes vocales, celles-ci étant en 2007 moins rouges, moins œdémateuses et les nodules ayant régressé.

[53]           Elle explique que l’amélioration, dans ce type de problème, est lente et graduelle, qu’il n’y a pas de remède instantané («quick fix») et que cette amélioration est liée à un changement dans l’hygiène vocale et dans l’utilisation de la voix, ainsi qu’aux traitements d’orthophonie. L’amélioration se mesure cependant en mois et non en semaines. Dans le cas de la travailleuse, la progression s’est faite à un rythme normal.

[54]           Elle indique qu’en septembre 2006 et mars 2007, la voix de la travailleuse était beaucoup plus stable et qu’elle avait moins tendance à s’affaiblir durant la journée.

[55]           La docteure Kost discute ensuite de la question du reflux. Selon elle, il y lieu de distinguer le reflux laryngopharyngé du reflux gastro-œsophagien. Le premier est une maladie dans laquelle l’acidité irrite les cordes vocales. Beaucoup de patients qui ont du reflux laryngopharyngé n’ont pas de reflux gastro-œsophagien, parce qu’il y a des mécanismes intrinsèques de défense au niveau de l’œsophage, de sorte que, pour ressentir un brûlement, il faut un volume d’acidité important. Par contre le larynx est sans défense et même des quantités «microscopiques» d’acidité peuvent irriter les cordes vocales. La normalité du repas baryté et de l’eosophagoscopie élimine la hernie hiatale, mais non un reflux laryngopharyngé, qui est un diagnostic surtout clinique. La travailleuse avait des signes et des symptômes de reflux laryngopharyngé, notamment du raclement de la gorge, qui est un symptôme commun dans le reflux laryngopharyngé.

[56]           Il y a selon le témoin association entre le reflux laryngopharyngé et les lésions bénignes et même malignes du larynx. Cependant, selon la littérature actuelle, le lien n’est pas causal, bien que les nodules soient souvent associés au reflux. Cependant si un patient présente un reflux concurremment à une lésion du larynx, le progrès sera plus lent, d’où l’intérêt de contrôler le facteur reflux.

[57]           La docteure Kost explique que la présence de reflux gastro-oesophagien ne signifie pas nécessairement que l’acidité remonte jusqu’au larynx. Il existe un test pour le démontrer mais il n’a pas été fait chez la travailleuse, car celle-ci n’éprouvait pas de brûlement.

[58]           Il est normal d’avoir un certain reflux gastro-œsophagien après le repas, mais le reflux laryngopharyngé est toujours anormal.

[59]           La docteure Kost a prescrit du Nexium, parce que la travailleuse avait des signes cliniques qui suggéraient du reflux laryngopharyngé, maladie qui est une indication de ce traitement. Elle précise cependant que le traitement du reflux laryngopharyngé prend beaucoup plus de temps à être efficace que ce n’est le cas dans le reflux gastro-œsophagien.

[60]           La docteure Kost déclare qu’il n’y a aucun doute sur l’existence d’un lien de causalité entre le travail d’enseignant(e) et la présence de nodules des cordes vocales. Elle dépose et commente trois résumés d’articles et un autre article complet au soutien, dit-elle, de la thèse selon laquelle certaines professions, notamment celle de professeur, entraînent un risque élevé de lésions bénignes du larynx, soit des nodules, des polypes ou des kystes.

[61]           Le premier résumé d’article[5] (T-4) est une étude cas-témoins portant sur des professeurs, dont 120 sujets étaient sains et 120 autres, porteurs de nodules des cordes vocales. Les auteurs ont observé un risque plus élevé chez les plus jeunes professeurs et ont noté que la sécheresse de l’air, le bruit ambiant et l’acoustique déficiente constituaient des facteurs de risques. D’autres facteurs personnels ont aussi été identifiés tels des antécédents de pathologie vocale, une chirurgie laryngée, une chirurgie nasale et du reflux gastro-œsophagien.

[62]           Dans un autre article[6] (T-5), les auteurs indiquent que les pathologies vocales surviennent plus fréquemment chez les professionnels de la voix que dans la population générale. Les auteurs ont soumis 1 046 professeurs à un questionnaire et, à l’aide d’une vidéo-laryngostroboscopie, ils ont examiné les sujets qui présentaient des symptômes. Ils concluent ainsi leur étude :

The results obtained evidence 218 cases of pathological exploration, i.e. 20.84% with a predominance of vocal nodules (43%) and Reinke oedema (18%).

 

 

[63]           Dans un autre article[7] (T-6), les auteurs comparent la prévalence des troubles vocaux chez 425 enseignantes à temps plein à celle observée chez 83 témoins non enseignants, appariés pour l’âge. La prévalence des symptômes et signes cliniques de troubles de la voix était de 2 à 3 fois plus élevée chez les enseignants. La différence était statistiquement très significative.

[64]           Le dernier article[8] cité (T-7) déposé par la docteure Kost est une évaluation qui a été faite chez deux groupes de professeurs. Le premier (40 personnes), éprouvait des symptômes vocaux et le second (aussi 40 personnes) en était exempt. Un questionnaire a été administré et une évaluation vidéo laryngoscopique et orthophonique a été faite. L’étude a révélé que la présence de pathologie était beaucoup plus élevée chez les sujets symptomatiques et la pathologie la plus fréquente était la présence de nodules. Les auteurs indiquent dans leur introduction que les professeurs font partie des groupes à risque de troubles de la voix. On y écrit aussi que les «overuse», «abuse» et «misuse» sur une longue période causent des troubles phoniques.

[65]           La docteure Kost explique que ces termes sont souvent utilisés de façon interchangeable. Selon elle, les notions de «abuse» et de «overuse» sont identiques et réfèrent à une utilisation excessive de la voix. En général, la personne qui crie très fort pour une courte période de temps présentera plutôt des polypes ou des phénomènes hémorragiques, ce qui n’est pas le cas chez les enseignants. Ceux-ci doivent parler dans une classe de grande dimension, avec un certain bruit ambiant, et être dynamiques. Ils doivent donc parler fort pour se faire entendre et capter l’attention des élèves. Selon le témoin, l’intensité de la voix dans une classe doit être d’au moins 10 décibels supérieurs à celle qui est utilisée, par exemple, dans une salle d’audience, et elle doit être maintenue pour des périodes de 75 minutes.

[66]           De plus, le simple usage de la craie, qui émet de la poussière inhalée par le professeur, et l’environnement insuffisamment humidifié assèchent les cordes vocales. Toutes ces conditions mises ensemble sont propices au développement de nodules.

[67]           Selon le témoin, la notion de dysphonie fonctionnelle réfère à une anomalie de la voix, sans anomalie anatomique sous-jacente. Les cordes vocales alors ont une apparence normale. La dysphonie fonctionnelle répond bien à des traitements d’orthophonie de courte durée, soit de un à trois traitements.

[68]           Elle ajoute que dans sa pratique professionnelle, elle rencontre fréquemment des enseignants atteints de nodules des cordes vocales.

[69]           Dans le cas particulier de la travailleuse, la docteure Kost fait le lien entre le travail et la pathologie et ajoute que la littérature médicale supporte cette relation. Elle mentionne aussi que l’amélioration de l’état des cordes vocales entre le premier et le dernier examen à la suite de réadaptation et de traitements orthophoniques de même que de l’usage de microphone est «compatible» avec un diagnostic de nodules causés par les exigences du travail de professeur, qu’elle décrit comme un «marathon vocal». Elle qualifie les périodes de 75 minutes de «pas mal longues» et estime qu’elles sont suffisantes pour que débute un œdème des cordes vocales. Cet œdème peut prendre de 6 à 12 heures à se résorber, de sorte que les pauses entre les cours sont insuffisantes pour éliminer cet œdème. Il y a donc, d’une période à l’autre, effet cumulatif.

[70]           La docteure Kost croit que le fait de parler pendant 75 minutes, pour trois périodes par jour, avec élévation de la voix de 10 dB et plus, constitue un «abus vocal».

[71]           Au sujet d’une note manuscrite du 4 avril 2005 apparaissant au dossier et émanant de la clinique externe de l’Hôpital général de Montréal et faisant état de «nodules secondaires à reflux», le témoin explique que cette note a été écrite par une étudiante de 3e année de médecine et qu’elle n’est pas exacte, puisque les nodules ne sont pas causés par le reflux. Elle reconnaît cependant avoir contresigné cette note.

RÉPLIQUE DU DOCTEUR NADEAU

 

[72]           Lors de l’audience du 3 octobre 2008, le docteur Nadeau est entendu à nouveau en réplique au témoignage de la docteure Kost. Le docteur Nadeau avait entretemps, le 17 mars 2008, émis un avis complémentaire à son témoignage du 14 septembre 2007, auquel avis il avait annexé de la documentation médicale. Essentiellement, dans ce complément d’expertise et à l’audience, le docteur Nadeau réitère que le reflux laryngopharyngé est associé aux troubles de la voix et il «pense qu’il y a un lien de causalité», sans que ce ne soit là le seul facteur étiologique. Cependant, interrogé par le tribunal à ce sujet, le docteur Nadeau dit estimer que, dans le cas particulier de la travailleuse, le mauvais usage de la voix, soit une variation dans la tonalité de la voix, est «le facteur principal de sa pathologie». Considérant cette affirmation, le tribunal ne croit pas utile de rapporter davantage les arguments du docteur Nadeau ni de résumer la documentation médicale annexée à son rapport complémentaire sur l’influence du reflux laryngopharyngé sur la formation de nodules aux cordes vocales.

[73]           Le docteur Nadeau reconnaît par ailleurs que les troubles de la voix sont plus fréquents chez les professionnels de la voix, incluant les professeurs, mais insiste à nouveau sur le fait que selon lui, c’est un mauvais usage de la voix qui est en cause. Il rappelle que, malgré une longue absence du travail et des traitements d’orthophonie prolongés, la travailleuse a mis beaucoup de temps à obtenir une amélioration de sa voix. Il se serait attendu à un progrès beaucoup plus rapide, dans les quatre à six semaines suivant le début des traitements.

RÉPLIQUE DE LA DOCTEURE KOST

 

[74]           La docteure Kost a aussi été entendue à nouveau le 3 octobre 2008. Elle a également longuement discuté des interrelations entre le reflux laryngo-pharyngé et les troubles vocaux et commenté la documentation médicale annexée au rapport complémentaire du docteur Nadeau mais, pour les mêmes motifs que précédemment, la Commission des lésions professionnelles n’en fera pas davantage état. Par ailleurs, elle se dit en désaccord avec le docteur Nadeau sur la durée du traitement nécessaire à l’amélioration des troubles vocaux de la travailleuse. Selon la docteure Kost, la patience dans ce domaine est essentielle. L’œdème se résorbe rapidement mais les nodules prennent beaucoup plus de temps à disparaître. Elle ajoute qu’à la fin des traitements, la voix de la travailleuse n’était pas parfaite mais qu’une amélioration importante avait été réalisée, de telle sorte que la travailleuse pouvait reprendre ses fonctions d’enseignante.

[75]           Le témoin réitère ne pas partager les vues du docteur Nadeau sur le concept de «misuse». Selon elle, nulle part dans la littérature médicale ne fait-on une distinction entre les notions de surutilisation (overuse), de mauvaise utilisation (misuse) et d’utilisation abusive (abuse). La docteure Kost estime que ces termes sont interchangeables et que c’est la tâche de la travailleuse qui est à l’origine de ses troubles vocaux.

[76]           Elle reconnaît que pour obtenir et accroître de la puissance dans la voix, les muscles vocaux doivent faire l’objet d’un entraînement, au même titre que tout autre muscle.

L’AVIS DES MEMBRES

[77]           La membre issue des associations syndicales est d’avis de rejeter la requête de l’employeur et de conclure qu’elle est atteinte d’une maladie professionnelle depuis le 12 décembre 2004. Elle est d’avis que la travailleuse a démontré, par une preuve prépondérante, que ces troubles vocaux sont directement reliés à son travail d’enseignante. La preuve démontre qu’elle fait un usage excessif de la voix dans le cadre de son travail. Elle enseigne à un groupe d’une trentaine d’étudiants. Même si elle fait une mauvaise utilisation de la voix, cela ne l’empêche pas d’avoir droit aux indemnités prévues à la loi dans la mesure où la relation avec le travail est démontrée. Le témoignage de la travailleuse est crédible et il y a lieu de le retenir ainsi que celui de son médecin, la docteure Kost, qui établit une relation entre ses troubles vocaux et le travail.

[78]           La membre issue des associations d’employeurs est plutôt d’avis d’accueillir la requête de l’employeur et de conclure que la travailleuse n’a pas subi une lésion professionnelle, le 12 décembre 2004. Bien qu’il ait été démontré que la prévalence des troubles de la voix est plus élevée chez les enseignants, dans le présent cas, l’usage vocal n’est pas suffisant pour entraîner la lésion. Le rapport d’assiduité déposé par l’employeur démontre que la travailleuse a été souvent absente. De plus, les symptômes plus aigus sont apparus alors que la travailleuse était moins exposée. Aussi, il y a d’autres facteurs qui peuvent expliquer les troubles vocaux de la travailleuse; la cigarette et le reflux gastro-oesophagien ou laryngopharyngé. L’ensemble de cette preuve ne lui permet pas de conclure à un lien de causalité chez la travailleuse, entre la lésion diagnostiquée et son travail.

 

LES MOTIFS DE LA DÉCISION

[79]           La Commission des lésions professionnelles doit décider si les troubles vocaux de la travailleuse résultent d’une maladie professionnelle.

[80]           La notion de maladie professionnelle est définie comme suit à l’article 2 de la loi :

2. Dans la présente loi, à moins que le contexte n'indique un sens différent, on entend par :

 

« maladie professionnelle » : une maladie contractée par le fait ou à l'occasion du travail et qui est caractéristique de ce travail ou reliée directement aux risques particuliers de ce travail;

__________

1985, c. 6, a. 2; 1997, c. 27, a. 1; 1999, c. 14, a. 2; 1999, c. 40, a. 4; 1999, c. 89, a. 53; 2002, c. 6, a. 76; 2002, c. 76, a. 27; 2006, c. 53, a. 1.

 

 

[81]           La travailleuse prétend que ces troubles vocaux sont reliés directement aux risques particuliers de son travail d’enseignante. L’article 30 de la loi est donc susceptible de s’appliquer. Cette disposition se lit comme suit :

30.  Le travailleur atteint d'une maladie non prévue par l'annexe I, contractée par le fait ou à l'occasion du travail et qui ne résulte pas d'un accident du travail ni d'une blessure ou d'une maladie causée par un tel accident est considéré atteint d'une maladie professionnelle s'il démontre à la Commission que sa maladie est caractéristique d'un travail qu'il a exercé ou qu'elle est reliée directement aux risques particuliers de ce travail.

__________

1985, c. 6, a. 30.

 

 

[82]           La nature de la lésion en cause ne fait pas de doute. Les docteurs Kost et Abboud ont posé des diagnostics de nodules des cordes vocales. Le docteur Abboud les a visualisés au moyen d’une rhino-pharyngoscopie flexible et les a qualifiés de «tout petits», d’«ébauches», mais a tout de même conclu à un diagnostic de nodules. La docteure Kost les a également observés par vidéo-strobosco-laryngoscopie et en a même présenté la vidéo à l’audience. Enfin le docteur Nadeau qui, le 10 juin 2005, n’a pu visualiser ces nodules à la laryngoscopie indirecte, a reconnu à l’audience et dans un complément d’expertise du 7 avril 2006, que l’examen fait par le docteur Abboud est «plus précis» que la laryngoscopie indirecte et il n’a pas remis en question le diagnostic du membre du Bureau d’évaluation médicale.

[83]           Aux fins de rendre la présente décision, le diagnostic de nodules des cordes vocales est donc retenu.

[84]           Il n’a pas été contesté non plus que, chez les professionnels de la voix, notamment les enseignants, la prévalence des troubles de la voix est plus élevée que dans la population générale. La docteure Kost a insisté sur cette donné épidémiologique et déposé certains articles scientifiques au soutien de son affirmation. Le docteur Nadeau, à l’audience du 3 octobre, a reconnu que ces troubles sont «plus fréquents» chez les professeurs. Il a refusé cependant de conclure que cette association statistique implique un lien de causalité.

[85]           Ce qui nous amène au cœur du débat. La docteure Kost attribue les troubles vocaux de la travailleuse à l’usage excessif de la voix qu’implique, selon elle, la tâche d’enseignante. Le docteur Nadeau ne voit pas dans les exigences de la tâche de la travailleuse une «surutilisation», mais croit plutôt que c’est une «mauvaise utilisation» (misuse) de sa voix qui est à l’origine de ces troubles vocaux. Plus précisément, selon ce qu’en a compris le tribunal, le docteur Nadeau fait une distinction entre, d’une part, le «misuse», qui implique des variations de la tonalité de la voix et qui est «condition personnelle», une caractéristique inhérente à la personne et qui peut être traitée, et, d’autre part, l’«overuse» ou l’«abuse», qui réfère à une utilisation excessive en durée et en intensité de la voix, conditions qui ne sont pas, selon lui, rencontrées chez la travailleuse.

[86]           La docteure Kost ne fait pas cette distinction. Selon elle, les termes utilisés couramment dans la littérature médicale portant sur les troubles de la voix, sont ceux de «misuse», «abuse» ou «overuse», et ils sont interchangeables, employés indifféremment par les auteurs pour désigner une même réalité.

[87]           La Commission des lésions professionnelles estime qu’aux fins de décider de la présente affaire, ce débat est plutôt stérile. Même en considérant que la travailleuse fait une mauvaise utilisation de la voix, au sens où l’entend le docteur Nadeau, une telle «mauvaise utilisation» ne saurait constituer un obstacle à la reconnaissance du caractère professionnel de la maladie, s’il s’avère que le travail impose des exigences, en durée et en intensité, pouvant entraîner des troubles vocaux.

[88]           En effet, une analogie pourrait être faite entre la travailleuse, qui utiliserait mal sa voix, et un travailleur manuel dont une technique de travail déficiente le rendrait plus susceptible de contracter, par exemple, une tendinite. On ne saurait évidemment alors pas refuser la réclamation au motif que le travailleur n’exécute pas ses tâches selon les règles de l’art.

[89]           Cela étant, qu’en est-il des exigences vocales liées à la tâche? La preuve révèle que la travailleuse s’adonne à des activités d’enseignement direct pendant quelque 17 heures par semaine, soit près de 3 h 30 par jour. Selon l’horaire de travail déposé à l’audience, en 2003-2004, le nombre de cours donné par jour varie entre 2 et 4 cours de 75 minutes. En 2004-2005, elle donnait entre 1 et 4 cours de 75 minutes par jour. Le tribunal, après avoir analysé cette preuve, estime que le chiffre avancé à l’audience par monsieur Lévesque, soit de 17 heures par semaine, correspond à une moyenne générale du nombre d’heures d’enseignement direct par semaine.

[90]           Le docteur Nadeau estime que, devant une classe d’une trentaine d’élèves et dans un local qu’il ne considère pas très grand, cet usage vocal n’est pas excessif, abusif. La docteure Kost croit au contraire que cette durée est suffisante pour causer des troubles de la voix, d’autant plus qu’un certain bruit de fond environnant, incluant celui généré par les élèves, impose de maintenir le niveau de la voix à plus de 10 dB au-dessus du niveau utilisé, par exemple, en audience devant le présent tribunal.

[91]           La Commission des lésions professionnelles retient le témoignage de la docteure Kost. Elle est d’avis que le maintien, sur une base régulière, d’un niveau de voix plus élevé que cela n’est nécessaire dans la vie quotidienne, pendant une durée totale d’environ 3 h 30 par jour de travail, est propice à une atteinte des cordes vocales, à tout le moins chez une travailleuse présentant certaines prédispositions.

[92]           Deux autres facteurs étiologiques potentiels, non professionnels, ont été discutés à l’audience. La travailleuse a déjà fumé. Cependant, selon son témoignage, sa consommation s’est limitée à environ deux cigarettes par mois, socialement, et elle a cessé à l’hiver 2005. Il n’y a pas au dossier ou à l’audience de preuve contredisant cette affirmation et la Commission des lésions professionnelles estime, comme la docteure Kost, que l’usage du tabac chez la travailleuse peut être considéré comme un facteur négligeable.

[93]           Également, il a été longuement question de reflux gastro-oesophagien et de reflux pharyngolaryngé. La travailleuse prenait d’ailleurs un médicament, le Nexium, qui est indiqué pour ces deux conditions.

[94]           Cependant, selon la docteure Kost, il n’y a pas de lien de causalité démontré entre le reflux laryngopharyngé et la présence de nodules. Le docteur Nadeau, questionné précisément à ce sujet, n’a pas retenu le reflux pharyngo-laryngé comme un facteur important dans la pathologie de la travailleuse, le principal facteur retenu étant une mauvaise utilisation de la voix. La Commission des lésions professionnelles estime donc ne pouvoir attribuer un poids significatif à cette condition dans la genèse des nodules des cordes vocales chez la travailleuse.

[95]           Il a aussi été question du rythme d’évolution de la lésion, après la cessation du travail. Selon le docteur Nadeau, si la lésion était en relation avec son travail, la travailleuse aurait dû obtenir une amélioration substantielle dans les quatre à six semaines de la mise au repos, en octobre 2004. La docteure Kost estime au contraire que ce genre de lésion est lent à guérir et que la durée d’évolution observée en l’espèce n’est nullement inhabituelle. La Commission des lésions professionnelles n’a pas d’autre preuve, notamment documentaire, pour trancher cette question mais estime que, si elle doit privilégier l’avis d’un expert plutôt que l’autre, il y a lieu de retenir l’opinion de la docteure Kost, dont l’une des deux activités professionnelles principales, depuis plus de quinze ans, est le diagnostic, l’évaluation et le traitement des troubles de la voix dans une clinique dont la vocation est le traitement de ce genre de problème. Il n’est à ce sujet pas sans intérêt de noter que la travailleuse a été adressée à la docteure Kost par un autre chirurgien en otorhinolaryngologie, ce qui incite à croire qu’en effet, la docteure Kost bénéficie dans son milieu professionnel d’une reconnaissance d’expertise particulière en matière de trouble de la voix.

[96]           La procureure de l’employeur plaide que le tribunal devrait accorder une force plus probante à l’opinion du docteur Nadeau qui a agi en tant qu’expert dans ce dossier plutôt qu’à celle de la docteure Kost qui est le médecin traitant de la travailleuse. La Commission des lésions professionnelles ne retient pas cet argument. Le fait d’avoir agi à titre de médecin traitant n’a pas pour effet de diminuer son expertise en matière de trouble de la voix, qui d’ailleurs n’a pas été remis en question par le docteur Nadeau.

[97]           Il a aussi été question à l’audience d’une absence d’amélioration ou du moins d’un progrès qui aurait été très léger, malgré l’absence du travail et des traitements d’orthophonie. La Commission des lésions professionnelles ne peut retenir cet argument. La docteure Kost a présenté la vidéo des examens strobosco-laryngoscopiques de décembre 2004 et de mars 2007, et a indiqué, images à l’appui que l’état des cordes vocales s’est considérablement amélioré pendant cette période. Bien sûr, une juste appréciation de ces images et leur interprétation ne sont pas à la portée de profanes mais le témoignage de la docteure Kost à ce sujet n’a pas été contredit par le docteur Nadeau, qui pourtant a eu l’occasion, comme les membres du tribunal, de voir ces vidéos et éventuellement de commenter l’interprétation qu’en a faite la docteure Kost.

[98]           Il a été abondamment question, à l’audience, d’absences du travail qui, selon l’employeur, réduiraient significativement la durée d’utilisation professionnelle de la voix chez la travailleuse et par conséquent aussi l’impact des exigences professionnelles. Il importe de mettre ces allégations en perspective.

[99]           La travailleuse, selon les notes médicales de la docteure Kost, de décembre 2004, éprouvait des symptômes de fatigue vocale et de «voice breaks» depuis un an. Selon une note de consultation du 7 octobre 2004 du docteur Trinh, la «dysphonie» évoluait à cette époque depuis déjà au moins un an. La travailleuse précise à l’audience que ses problèmes de la voix ont débuté même avant, à la fin de l’année 2002. Dans ces circonstances, le tribunal estime que c’est à cette époque, soit à partir de la fin de l’année 2002 et l’année 2003, que la durée d’utilisation de la voix est la plus pertinente aux fins de déterminer l’admissibilité de la lésion.

[100]       Or, selon les rapports d’assiduité produits par l’employeur, il y a 13 jours d’absence entre septembre et décembre 2002. Entre janvier et juin 2003, la Commission des lésions professionnelles compte 49 jours d’absence, essentiellement concentrés en janvier, février et mars. En avril, mai et juin, elle ne s’est absentée que 3 fois, pour des visites médicales. À compter du retour des vacances d’été en août 2003 jusqu’à la fin de l’année civile 2003, elle s’est absentée durant six jours, répartis en octobre, novembre et décembre.

[101]       La Commission des lésions professionnelles estime donc que pour la période pertinente, les absences de la travailleuse, quoique fréquentes, n’étaient pas suffisamment prolongées pour influer sur la probabilité d’un lien de causalité. Les seules absences très prolongées sont survenues dans les trois premiers mois de 2003 et la travailleuse a repris son travail, à compter d’avril, de façon presque ininterrompue jusqu’à la fin de l’année scolaire et au début de l’année suivante. Qui plus est, la docteure Kost, malgré les absences de la travailleuse, établit un lien de causalité entre la lésion et son travail. Elle considère l’exposition suffisante pour entraîner une lésion professionnelle. Elle ajoute que l’amélioration de l’état des cordes vocales, à la suite de traitements orthophoniques et à l’usage d’un amplificateur de la voix, est compatible avec un diagnostic de nodules causés par le travail de professeur.

[102]       Enfin, la travailleuse a été interrogée sur l’existence d’antécédents de troubles vocaux avant la lésion en cause. L’employeur fait remarquer qu’au docteur Abboud, la travailleuse aurait fait mention de «épisode de dysphonie» avant de devenir enseignante. La travailleuse a nié à l’audience ces antécédents, comme elle l’a fait devant les docteurs Nadeau et Kost et, nulle part ailleurs au dossier, ne retrouve-t-on une mention d’antécédents. Le docteur Abboud du Bureau d’évaluation médicale ne reprend d’ailleurs pas cette notion d’antécédents dans sa discussion et pourtant, dans son avis motivé, il émet des commentaires sur la causalité, même si cette question excède son mandat. Il y fait entre autres mention d’un «métier nécessitant un abus vocal». Il ne reprend pas la question des antécédents préalables aux fonctions d’enseignante, ce qui aurait été fort pertinent dans la mesure où le docteur Abboud s’est avancé sur le lien de causalité. La conclusion la plus probable de l’ensemble de ces considérations est que cette mention, par le docteur Abboud, d’antécédents vocaux, isolée dans l’ensemble de la preuve et contredite par d’autres écrits, est probablement une erreur et doit être écartée. Soulignons enfin que, le docteur Abboud, bien qu’il se dit tout à fait d’accord avec le docteur Nadeau en ce qui concerne la difficulté d’affirmer si les nodules résultent d’un usage prolongé de la voix ou à un mauvais usage de celle-ci, indique dans ces considérants que la travailleuse «a un métier nécessitant un abus vocal» et il précise que l’abus vocal associé à la mauvaise utilisation de la voix peut prédisposer au développement de nodules.

[103]       La Commission des lésions professionnelles conclut de l’ensemble de la preuve que, malgré l’existence de conditions prédisposantes ou associées, tels le reflux laryngopharyngé et une utilisation inadéquate de la voix, la cause la plus significative et la plus probable des nodules des cordes vocales chez la travailleuse demeure l’usage excessif de la voix qu’implique sa profession d’enseignante. Sa maladie est donc reliée aux risques particuliers de son travail. La travailleuse est donc atteinte d’une maladie professionnelle.

[104]       Plusieurs décisions sont déposées à l’audience par la représentante de l’employeur à l’appui de ses prétentions[9]. Ces décisions concernent des maladies professionnelles mais le site de lésion et les faits dans ces affaires étant complètement différent, les principes énoncés sont difficilement transposables au cas en l’espèce. Quant à la dernière décision rendue dans l’affaire Claire Bélanger et Commission scolaire des Navigateurs[10], elle ne peut non plus servir pour appuyer les prétentions de l’employeur. Dans cette affaire, la travailleuse prétendait que ses problèmes de la voix résultant d’un reflux gastro-œsophagien chronique étaient causés par l’utilisation forcée ou abusive de la voix dans le cadre de l’exercice de sa profession d’enseignante. Le tribunal a rejeté la demande de la travailleuse et n’a pas retenu que le reflux gastro-œsophagien était causé par les efforts vocaux de la travailleuse. Dans le présent cas, les faits sont complètement différents. La travailleuse prétend que l’abus vocal entraîné par l’utilisation excessive de sa voix dans l’exercice de sa profession d’enseignante est la cause de sa pathologie. Le tribunal ne peut faire aucune analogie ni transposer quelque conclusion que ce soit de cette affaire au présent cas. Par ailleurs, la Commission des lésions professionnelles a reconnu à quelques occasions la nature professionnelle d’une lésion vocale chez des enseignants.[11]

 

 

PAR CES MOTIFS, LA COMMISSION DES LÉSIONS PROFESSIONNELLES :

REJETTE la requête de l’employeur, Commission scolaire des Affluents;

CONFIRME la décision rendue par la Commission de la santé et de la sécurité du travail, le 24 janvier 2006, à la suite d’une révision administrative;

 

 

DÉCLARE que la travailleuse, madame Nadia Di Sabato, a subi une lésion professionnelle le 12 décembre 2004.

 

 

 

__________________________________

 

Santina Di Pasquale

 

 

 

 

Me Lise Boily-Monfette

DEVEAU, BOURGEOIS ASS.

Représentante de la partie requérante

 

 

Me Michel Davis

RIVEST, SCHMIDT ASS.

Représentant de la partie intéressée

 

 



[1]           L.R.Q., c. A-3.001.

[2]           N. ROY, Current Opinion in Otolaryngology & Head and Neck Surgery, Lippincott Williams & Wilkins, 2003, 11 :144-148

[3]           KOUFMAN, AVIV, CASIANO, SHAW, «Laryngopharyngeal reflux : Position statement of the Committee on Speech, Voice, and Swallowing Disorders of the American Academy of Otolaryngology - Head and Neck Surgery», Otolaryngology - Head and Neck Surgery, 2002, 127:32-35

[4]           AL BAREEQ, «Voice overuse and abuse among professional voice users», Bahrain Medical Bulletin, Vol. 23(1) pp 12-18, 2001

[5]           PÉREZ FERNANDEZ, PRECIADO LOPEZ, «Vocal fold nodules. Risk factors in teachers. A case control study design». Acta Otorrinolaringol, 2003, April, 54(4) : 253-60

[6]           URRUTIKOETXEA, ISPIZUA, MATELLANES, «Vocal pathology in teachers : a videolaryngostroboscopic study in 1046 teachers», Rev Laryngol Otol Rhinol (Board), 1995; 116(4) : 255-62

[7]           SLIWINSKA-KOWALSKA, NIEBUDEK-BOGUSZ, FISZER, LOS-SPYCHALSKA, KOTYLO, SZNUROWSKA-PRZYGOCKA, MODRZEWSKA, «The prevalence and risk factors for occupational voice disorders in teachers», Folia Phoniatr Logop, 2006; 58(2) :85-101

[8]           E. L.M. TAVARES et R. H.G. MARTINS, «Vocal Evaluation in Teachers With or Without Symptoms», April 10, 2006, Journal of Voice, Vol. 21, No. 4, pp. 407-414

[9]           Faucher et Société canadienne des postes, C.A.L.P. 600-25-03-9406, 26 novembre 1996, M. Beaudoin; Brasserie Labatt et Trépanier, [2003] C.L.P. 1485 ; Brochu et Casino de Montréal, C.L.P. 262377-71-0505, 26 novembre 2007, F. Juteau

[10]         C.L.P. 185570-03B-0206, 15 mai 2007, P. Brazeau

[11]          Simard, Buisson et Francis et Commission scolaire des Samares, C.L.P. 112505-63-9903 et al, 28 août 2000, S. Lemire; Scott et Commission scolaire Sir Wilfrid Laurier, C.L.P. 133027-63-0003, 27 février 2002, D. Besse, requête en révision rejetée le 16 mai 2003, M. Carignan; Dorsainvil et Commission scolaire de Montréal, C.L.P. 326343-71-0708, 1er février 2008, G. Robichaud

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