Bucknell et Inst. univ. cardio. et pneumo. Qué |
2013 QCCLP 6430 |
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[1] Le 18 juillet 2011, madame Rebecca-Lynn Bucknell (la travailleuse) dépose à la Commission des lésions professionnelles une requête par laquelle elle conteste une décision de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (la CSST) rendue le 12 juillet 2011, à la suite d’une révision administrative.
[2] Par cette décision, la CSST confirme sa décision initiale du 18 février 2011. Elle déclare que la travailleuse n’a pas subi de lésion professionnelle et qu’elle n’a ainsi pas droit aux prestations prévues à la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles[1] (la loi).
[3] Elle déclare en outre qu’elle est justifiée de réclamer la somme de 1 009,82 $ relativement aux 14 premiers jours d’indemnité.
[4] Une audience se tient à Québec les 27 septembre 2012, 17 décembre 2012 et 9 septembre 2013, cette dernière à la suite d’une réouverture d’enquête. La travailleuse est présente et représentée. L’Institut Universitaire de Cardiologie et de Pneumologie de Québec (l’employeur) est représenté. La cause est mise en délibéré le 9 septembre 2013.
L’OBJET DE LA CONTESTATION
[5] La travailleuse demande à la Commission des lésions professionnelles d’infirmer la décision rendue par la CSST le 12 juillet 2011 et de reconnaître qu’elle a subi, le 3 janvier 2011, une lésion professionnelle sous l’angle d’une maladie professionnelle, au regard d’un diagnostic de tendinite aux épaules.
LES FAITS
[6] La travailleuse, une droitière, est à l’emploi de l’employeur, depuis juin 2008. Elle y occupe un poste à temps plein de technologue en radiologie diagnostique depuis avril 2009.
[7] Dans le cadre de son travail, elle effectue des échographies cardiaques selon un horaire de 35 heures par semaine. Elle bénéficie d’une pause d’une heure pour son repas du midi et prend des pauses de quelques minutes lorsque son horaire le lui permet, ce qui est toutefois difficile puisque personne ne la remplace lorsqu’elle s’absente de son poste de travail.
[8] Le 3 janvier 2011, la travailleuse consulte un médecin en raison de douleurs qu’elle éprouve aux deux épaules depuis l’été 2010. Le médecin qu’elle consulte la réfère à son médecin de famille. Dans les notes médicales qu’il consigne au dossier, il rapporte une douleur aux deux épaules plus grande à droite qu’à gauche. Il prescrit par ailleurs de la physiothérapie.
[9] Le 6 janvier 2011, la travailleuse déclare sa maladie à l’employeur et elle consulte à nouveau un médecin qui diagnostique une tendinite aux épaules droite et gauche. Le médecin délivre l’attestation médicale requise par la loi. Il signe un arrêt de travail et prescrit de la physiothérapie de même qu’une radiographie.
[10] Le même jour, la travailleuse présente une réclamation à la CSST. Dans la section description de l’événement, elle écrit ce qui suit :
Maladie professionnelle : J’ai de la douleur dans les deux épaules, mais surtout la droite, depuis environ sept mois. Cette douleur ne m’empêchait pas de travailler, mais depuis 3 semaines elle a augmenté au point où (depuis le 3 janvier 2011) j’ai de la douleur 24h sur 24 et je ne peu plus travailler. Mon médecin a diagnostiqué une tendinite aux deux épaules dû aux mouvement répétitifs exigés par mon travail. [sic]
[11] Le 18 janvier 2011, la travailleuse remplit l’Annexe à sa réclamation pour maladie professionnelle. Elle y décrit de façon détaillée les tâches qu’elle exécute et les mouvements qu’elle effectue dans le cadre de son travail. Elle écrit notamment ce qui suit :
Une échographie cardiaque à l’hôpital Laval est un examen qui requiert beaucoup de précision, de patience, de dextérité et de détermination. Un écho cœur peut demander entre 60 à 120 images, soit des images en boucles (avec de la couleur ou non) des images fixes avec plusieurs mesures des différentes cavités du cœur, etc. L’examen complet, du début à la fin exigent des mouvements répétitifs de ma part (la technologue). Je commence par rentrer le patient, qui est très souvent en civière ou en chaise roulante et qui est assez âgée et demande de l’aide pour s’installer sur la civière, dans la salle d’échographie. Le patient est souvent post-op de quatre jours, post infarctus, post embolie pulmonaire, pré-op by-pass, pré-op pontage, post procédure d’angioplastie, post remplacement de valve, post greffe cardiaque ou cœur mécanique, post ablation 3D, etc. Bref, on (les technologues) fait l’écho pré-op et post-op de presque tous les patients qui rentrent à l’hôpital Laval et la moyenne d’âge dot être aux alentours de 75 ans, alors ils ont presque tous besoin d’aide pour se déplacer de la chaise roulante ou de la civière, se tourner sur la civière, se lever de la civière et retourner dans leur chaise ou dans leur civière. Scanner avec la sonde demande des petits mouvements précis de mon poignet, mon avant-bras, mon coude et mon épaule gauche. Avec mon membre supérieur gauche je dois trouver l’image optimale, garder la position pour faire les mesures nécessaire et ensuite je poursuis l’examen en trouvant les autres vues et en prenant les mesures sur ses vues. Avec mon bras droit au complet, je dois pitonner pour prendre les mesures, j’ajuste l’image pour qu’elle soit optimale en tout temps, je mets la couleur, je l’enlève, je fais des acquisitions je les valide tout ça et plus en utilisant mon bras droit pour toucher et le clavier et les boutons principale sur l’appareil d’écho et sur l’écran tactile (ou je dois extensionner mon bras complètement pour l’atteindre). Je dois aussi souvent mettre du gel sur ma sonde, qui requiert un autre mouvement répétitif, car sans gel je n’ai pas d’image. Je dois souvent prendre une débarbouillette et essuyer le gel qui est sur le patient, car trop de gel c’est comme pas assez. Je dois pitonner sur l’écran tactile qui demande une extension de mon bras droit. Je dois aussi approcher mon patient (car souvent ils sont post-op ou trop âgés pour pouvoir s’avancer suffisamment eux-mêmes, le plus près possible de moi et du trou de la civière pour avoir la meilleure image possible. Je dois aussi les tourner plus vers moi ou les détourner dans le sens contraire pour trouver la bonne orientation de leur cœur pour avoir les images optimales. Ce mouvement est plus souvent fait avec mon bras droit, car mon bras gauche tiens la sonde sur le patient pour voir si l’image s’améliore. J’essaie le plus possible de laisser reposer mon bras gauche quand je suis pas obligé de l’utiliser, alors je place la sonde sur l’appareil pendant un image fixe et je fais mes mesures avec le bras droit. Des fois, je garde la sonde dans ma main gauche avec mon avant-bras bien appuyé sur la civière quand la situation le permet, car cela évite le mouvement d’aller chercher la sonde pour continuer l’examen. Mon travail me demande parfois d’aller faire des échos d’urgence STAT aux étages de l’hôpital, au chevet du patient. Malheureusement, au chevet du patient, il n’est pas toujours possible de bien s’installer comme on peut le faire dans nos salles d’écho, sur notre département. Souvent dans un cas de stat, j’ai juste le temps d’amener l’appareil d’écho au chevet du patient de le brancher, l’allumer, rentrer le nom et les informations nécessaire (ex numéro dossier du patient en question) pour commencer l’examen et ensuite je fais les images peut importe dans quelle position se trouve la civière du patient, le patient, l’appareil d’écho ou moi-même. Je fais les images pour répondre à la question du chirurgien, du cardiologue ou du pneumologue en charge et je dois le faire rapidement, car le diagnostic peut aider à savoir quel traitement donner pour améliorer la santé du patient. C’est certain que dans de telles circonstances, malheureusement la position ergonomique idéale prend le bord. Des fois, l’appareil est placé à ma droite au lien d’être placé devant moi et la civière est à ma gauche et je dois être dos au patient ou à l’appareil pour faire les images. Dans ce cas, mon bras gauche est extensionné avec la sonde dans la main essayant de trouver le plus d’images possible (sur le thorax du patient qui est dos à moi) et mon bras droit est extensionné ( vers l’appareil à ma droite) en essayant de pitonner et mesurer les cavités importantes au diagnostic. De plus, une semaine sur 9 je dois aller continuellement au chevet des patients qui ne peuvent pas descendre, car ils sont trop faible, immobile, post-op de jour 1 à 3, etc. Ceci requiert les mêmes positions que j’ai expliquée pour un STAT, car au chevet il y a les pompes à soluté, la machine pour la ballonne intra aortique, machine à dialyse, l’appareil respiratoire, une chaise, une table, une poubelle, un lavabo, la civière du patient et des fois mêmes plusieurs civières (et pompes, etc) si c’est une chambre à plusieurs occupants, tous ces choses prennent beaucoup de place et doit souvent être déplacer pour que je puisse me rendre à gauche du patient pour pouvoir faire l’écho. C’est sûr que la chambre n’est pas très grande non plus, alors je dois des fois sortir les chaises, déplacer les pompes et les civières juste pour passer mon appareil et ensuite je dois tout replacer pour les remettre à leur place une fois que je suis installé et je dois tout déplacer et replacer les choses une fois que j’ai terminé l’examen et je suis prêt à quitter la chambre. Par fois je ne peux pas sortir ou déplacer tous ces choses alors je dois me faire une petite place et rester debout et faire mon examen collée sur la civière du patient et mon appareil d’écho. En plus les civières à l’étage ne sont pas munies du trou que nous (les technologues) avons dans nos salles d’écho, ce qui m’oblige à travailler plus fort pour trouver la même image ou une image semblable qui pourrait être acceptable pour faire les mesures. De plus les patients sont moins mobile à l’étage ce qui me demande plus de manipulation du patient pour le tirer vers moi et pour le mettre dans la position optimale pour l’écho, souvent les infermières à l’unité ou aux 3 ieme soins vont envoyer un préposé pour venir m’aider si je le demande, mais aux étages régulier c’est très rare. [sic]
[12] Dans l’annexe qu’elle remplit, la travailleuse précise en outre les articulations qui sont sollicitées dans le cadre de son travail. Elle écrit ce qui suit :
(...) je tiens la sonde d’échographie avec la main gauche et je dois faire plusieurs mouvements pour trouver le cœur du patient. Des fois, dépendant du thorax, de la poitrine ou du ventre du patient, ça peut être plutôt difficile de garder la position stable et le bras gauche bien appuyé sur la civière. Il faut parfois aussi mettre un peu plus de pression pour garder cette position tout long de l’examen ou au moins assez longtemps pour faire les mesures en question. Parfois, je dois avancer le patient, ou l’aider à sortir de sa chaise (se lever) ou l’asseoir dans sa civière, l’aider à marcher jusqu’à la civière dans la salle, tout ça demande des efforts de mes deux bras. C’est certain que je fais attention et je préviens toujours les patients de ne pas trop forcer après moi et je les explique comment se soulever sans utiliser trop mon aide, mais plus souvent que pas, les patients âgés et post-op s’agrippent après mes bras, mon cou, et/ou mon poignet même si j’ai pris le temps de bien expliquer de ne pas faire cela.
Le bras droit (surtout au niveau de l’épaule) est toujours en mouvement durant l’examen complet (45min-60 min). Il est très difficile d’effectuer ses mouvements sans l’utilisation de mes épaules. Ces mouvements sont nécessaires à mon travail : mettre du gel sur ma sonde avec mon bras droit plusieurs fois durant l’examen, essuyer le gel, pitonner pour prendre les images, pitonner sur le clavier d’ordinateur pour rentrer les informations une fois l’examen complété. Tous ces gestes m’oblige à utiliser mes épaules (la droite surtout, car elle ne peut pas être en appui durant l’examen) et la gauche. J’essaie de faire attention, car j’adore mon travail. [sic]
[13] Enfin, elle décrit la position qu’elle prend le plus souvent pour exécuter son travail :
Assise sur une chaise ajustable en hauteur, avec le bras gauche bien appuyé au niveau du coude et de l'avant-bras sur la civière qui est aussi ajustable en hauteur, le poignet fait constamment des mouvements de rotation, inclinaison avec un maintien d’une certaine pression (dépendant de la grosseur du patient et de son thorax et aussi de la position dont le cœur est placé dans son thorax). Bra droit toujours en mouvement, soit en extension qui requiert le mouvement dur bras au complet ou le poignet pitonne constamment le clavier pour geler l’image ou acquérir l’image ou faire des mesures. Le bras droit est toujours en mouvement pour mettre du gel, essuyer le gel qui est sur le thorax du patient, appuyer sur l’écran tactile de l’appareil d’écho. Je dois aussi parfois faire l’examen debout si le patient est très corpulent ou si il est incapable de se tourner sur le côté gauche soit, car il est trop essoufflé ou trop en douleur ou si il ne peut tout simplement pas se tourner par restriction de son médecin à l’étage. Si le cœur du patient est moindrement difficile à voir je me place debout, car je peux exercez une meilleur pression debout. Si l’examen requiert cette position (sur tout au chevet du patient à l’étage) je fais de mon mieux pour ajuster la civière (tout dépendant du modèle des fois il ne monte pas très haut) et l’appareil à la bonne hauteur si cela est possible. [sic]
[14] À l’audience, la travailleuse précise qu’elle a fait une erreur dans la description de la position adoptée pour effectuer son travail puisque, contrairement à ce qu’elle écrit dans les documents acheminés à la CSST, son bras gauche n’est pas souvent appuyé lorsqu’elle exécute ses tâches. Elle précise qu’il n’est pas appuyé plus de 50 % du temps, son bras étant appuyé au complet 30 % du temps et 20 % appuyé à demi.
[15] Le 21 janvier 2011, la travailleuse passe un examen radiologique de ses épaules. Dans le rapport qu’il signe à la suite de cet examen, le radiologiste Bédard conclut à un examen normal.
[16] Le 10 février 2011, l’employeur s’oppose à la réclamation présentée par la travailleuse. Sa représentante indique que lors de la survenance de la lésion la travailleuse effectuait son travail régulier, lequel n’implique pas de mouvements répétitifs. Elle précise par ailleurs que l’employeur n’a pas modifié ses tâches de sorte que la lésion ne peut être survenue à la suite d’un accident du travail.
[17] Le 14 février 2011, une préposée de la CSST procède à l’analyse de la réclamation soumise par la travailleuse. Elle passe en revue la description de tâches de la travailleuse, les équipements qu’elle utilise pour l’exécuter, de même que son horaire de travail. Elle conclut que les diverses tâches effectuées par la travailleuse ne comportent pas suffisamment de facteurs de risque pour causer la lésion.
[18] C’est pourquoi, le 18 février 2011, elle refuse la réclamation présentée, au regard du diagnostic de tendinite aux épaules.
[19] Le 10 mars 2011, la travailleuse conteste cette décision, laquelle est confirmée, le 12 juillet 2011, à la suite d’une révision administrative. La réviseure de la CSST résume ainsi le travail de la travailleuse :
La travailleuse est technicienne en échographie cardiaque. Elle est droitière. Elle travaille 8 heures par jour, incluant une heure pour le dîner et des pauses occasionnelles de 5 minutes entre chaque patient. Ses tâches consistent à passer des échographies cardiaques. Elle fait entre 7 et 10 échographies par jour. Pour ce faire, elle utilise une sonde pour prendre les images et un ordinateur pour traiter les images. Chaque échographie dure entre 40 et 60 minutes.
Avant chaque patient, elle doit préparer la salle : nettoyer la civière, nettoyer la sonde, changer le drap et la taie d’oreiller de la civière d’examen. Après, elle va chercher le dossier du patient à la réception, va chercher le patient à la salle d’attente et l’aide à s’installer dans la salle d’échographie. À chaque échographie, elle ajuste la hauteur de sa chaise, de son écran, du clavier et de la civière du patient pour optimiser sa position de façon ergonomique. Elle doit apposer des électrodes sur le patient, procéder à un questionnaire pré-examen et noter les informations sur une feuille. À deux mains, elle tape au clavier le nom du patient et les informations nécessaires pour commencer l’examen. Avec sa main droite, elle met du gel sur sa sonde et commence l’échographie.
L’écran tactile est à une hauteur située entre son visage et son épaule. Le clavier d’ordinateur est placé devant elle. Ces deux appareils ne sont pas à bout de bras et le bras droit est élevé entre la hauteur de son épaule et de son visage. La plupart du temps elle est assise pour faire ses examens. Son bras gauche est bien appuyé sur la civière.
Avec la sonde, elle prend des images du coeur. La grosseur de la sonde ne lui permet pas de refermer sa main complètement. Son poignet fait des mouvements de déviation radiale et cubitale.
Pendant ce temps, le bras droit fait des mouvements variés : il entre des données à l’ordinateur, sélectionne des images à l’écran, met du gel sur la zone traitée et enlève du gel sur le patient avec une débarbouillette.
À la fin de l’échographie, elle doit se faire vérifier par le cardiologue. La vérification peut prendre entre 5 et 20 minutes. Pendant ce temps, elle attend. S’il manque des images, elle doit les prendre. Si tout est complet, elle décolle les électrodes, nettoie le gel qui est sur le patient et l’aide à s’asseoir. Elle aide le patient à se remettre debout s’il a besoin d’aide, à se rhabiller et le réinstalle dans sa chaise roulante. Elle entre des données à deux mains avec le clavier, puis l’examen est terminé.
[20] À l’audience, la travailleuse commente le résumé effectué par la réviseure de la CSST.
[21] Elle précise que les pauses sont très rares dans le cadre de son travail. Elle mentionne par ailleurs que le traitement des images prises avec la sonde se fait au moyen d’un écran tactile et d’un clavier. Elle précise qu’elle peut travailler sur ces équipements à bout de bras, notamment lorsqu’elle doit poser le bras gauche du patient devant elle sur un oreiller.
[22] Elle ajoute que les examens réalisés ne se déroulent normalement pas dans une position assise, cette possibilité existant toutefois dans les cas où, par exemple, le patient est mince ou capable de se mobiliser.
[23] La travailleuse mime par ailleurs la façon dont elle tient la sonde nécessaire à la prise des images. Elle décrit en outre les trois types d’examen effectués : xyphoïde, prise long axe et apicale. Elle indique que l’ensemble de ces trois examens dure environ 40 minutes. L’examen xyphoïde dure de une à trois minutes, tandis que le long axe et l’apicale durent de 15 à 20 minutes.
[24] Sur la bande vidéo produite à l’audience, le tribunal observe que l’approche xyphoïde requiert que l’épaule soit positionnée en extension de plus ou moins 25 degrés avec une légère abduction. Sur la vidéo présentée, la travailleuse est assise. Toutefois, à l’audience, elle précise qu’elle préfère réaliser cet examen en position debout en raison de la pression qu’elle doit exercer pour obtenir des images adéquates.
[25] Elle expose de plus la méthode de travail utilisée avant sa réclamation lors d’un examen avec prise long axe. Elle mime par ailleurs les mouvements. Le tribunal observe que son coude gauche n’est pas appuyé, son épaule demeurant en position statique. Par ailleurs, son coude gauche est en flexion à 45 degrés et en abduction à environ 40 degrés, le médecin expert de la travailleuse estimant plutôt le mouvement d’abduction à 50 voire 60 degrés. Le tribunal observe que sur la bande vidéo, la travailleuse conserve son bras gauche près de son corps. La travailleuse explique cette position par le fait que le patient est au bord de la civière, lors de l’examen.
[26] Par ailleurs, la travailleuse précise qu’elle a dû modifier sa posture depuis la lésion professionnelle. Ainsi, sa chaise est plus rapprochée du clavier, ce qui lui permet d’appuyer son bras droit sur le bord de la table de travail. C’est d’ailleurs ce qu’il est possible de constater sur la bande vidéo. Auparavant, la travailleuse ne pouvait appuyer son poignet. Le tribunal n’est toutefois pas en mesure d’évaluer le nombre de degrés d’élévation de l’épaule droite lorsque la travailleuse veut atteindre l’écran tactile, vu l’incidence de la prise de vue.
[27] La travailleuse mentionne qu’elle a également modifié sa méthode de travail dans le cas d’un examen apical. Auparavant, elle faisait tourner le patient et lui demandait d’être près d’elle, de sorte qu’elle ne pouvait s’appuyer sur son bras gauche pour réaliser l’examen. Dorénavant, elle positionne le patient de manière à pouvoir effectuer l’examen, le bras appuyé en tenant la sonde. En outre, elle tourne le clavier vers elle pour réduire les contraintes ergonomiques et ainsi améliorer sa position.
[28] Le visionnement de la bande vidéo permet de constater que le bras gauche se trouve près du corps, positionné en légère extension. L’épaule est en rotation externe pendant que la travailleuse tient la sonde, l’avant-bras plus ou moins en supination. Elle applique une pression constante sur le thorax du patient.
[29] La travailleuse ajoute que l’examen a une durée variable en fonction de son objet, de son évolution, de la coopération du patient, de sa physionomie. Ainsi, un examen peut requérir plus d’images, allant de 60 pour les plus simples à 120 ou 130 pour les plus compliquées. Le nombre d’images par examen est d’environ 90.
[30] La travailleuse indique que si le patient n’est pas échogène, les techniciens ont de la difficulté à bien voir le cœur. Tel est le cas pour un patient porteur d’emphysème, très maigre ou très obèse. Les difficultés sont également présentes pour un patient en situation postopératoire puisqu’elle ne peut alors appliquer de force sur la sonde dans la prise d’images. En outre, pour les personnes corpulentes, elle peut avoir à tenir la sonde à deux mains pour pouvoir obtenir des images appropriées. Elle précise que la difficulté est plus grande lorsque le patient est de sexe féminin en raison du volume des seins. Elle ajoute que les techniciens éprouvent également des difficultés avec les personnes très minces puisque la proéminence des côtes rend difficile la manipulation de la sonde.
[31] Elle explique par ailleurs tous les effets de ces différents examens avec ces clientèles, ajoutant que l’hôpital Laval est l’établissement de santé spécialisé dans les problèmes cardiaques et les chirurgies bariatriques pour les personnes présentant une obésité morbide. Elle précise qu’elle reçoit donc une clientèle qui peut présenter des difficultés particulières en raison du poids ou de la moyenne d’âge élevée.
[32] Elle ajoute que les particularités de chaque client ajoutent aux difficultés de base dans la réalisation des tâches, une échographie n’étant pas simple à réaliser puisque la technologue doit trouver l’espace intercostal aux fins de la prise d’images. C’est pourquoi indique-t-elle la manipulation de la sonde sollicite le bras gauche en entier.
[33] Elle précise que la diversité de patients à traiter oblige les techniciens à moduler la méthode utilisée pour effectuer l’examen. Elle mentionne que les efforts déployés sont élevés lors d’examens d’urgence puisque ceux-ci doivent être réalisés dans des positions contraignantes.
[34] La travailleuse explique que ses douleurs sont apparues au printemps de l’année 2010. Elles se sont alors manifestées au niveau des épaules et des trapèzes, irradiant dans le cou et les omoplates. Elle mentionne que pendant son travail, elle ressentait des picotements et des brûlures à la partie supérieure de son épaule. Elle ajoute que lors de l’apparition de ses douleurs, elle se sentait « raquée » après une journée de travail, mais que la douleur s’estompait par la suite.
[35] Toutefois, à l’automne, la douleur était persistante. C’est pourquoi elle a utilisé du gel Voltaren qu’elle appliquait sur la région douloureuse et consommait des Advil pour réduire l’inflammation, tout en appliquant de la glace.
[36] Elle précise que la douleur ne l’empêchait pas de vaquer à ses activités hors travail. Toutefois, lorsque ses douleurs sont devenues constantes, elle a consulté un médecin.
[37] Elle ajoute qu’avant sa consultation du 3 janvier 2011, elle avait fait part de sa problématique à sa supérieure immédiate, madame Tardif. Celle-ci lui a alors suggéré de modifier sa façon de travailler. Ainsi, elle a alors apporté des modifications dans sa façon d’appliquer le gel sur ses patients. Elle a également rapproché son écran tactile. Elle a en outre modifié sa position sur la chaise ou la civière de façon à modifier sa hauteur par rapport au patient traité. Elle indique que ces modifications n’ont pas apporté les résultats escomptés puisque la douleur est allée en s’intensifiant. Elle a alors dû cesser le travail.
[38] Elle affirme qu’elle n’a jamais éprouvé de douleurs aux épaules auparavant et n’avoir fait qu’une seule fois une activité de kayak à l’été 2008. De plus, à l’automne 2010, elle a suivi cinq sessions d’aquaforme, un exercice ne sollicitant pas ses épaules. Enfin, elle précise avoir joué au tennis à environ quatre reprises à l’été 2008-2009, mais ne pas avoir été en mesure de pratiquer l’activité à l’été 2010. Elle mentionne d’ailleurs qu’elle ne pratique aucune activité de loisir susceptible de générer sa lésion.
[39] Elle précise par ailleurs qu’au mois d’octobre 2010, elle a subi une chirurgie dentaire qui a nécessité un arrêt de travail de plusieurs jours de même que des absences sporadiques. Elle ajoute que conformément à la politique en vigueur chez l’employeur, elle a déclaré trois incidents qui lui ont occasionné des douleurs passagères : les événements du 14 décembre 2009, 27 mai 2010 et 6 mai 2011.
[40] La travailleuse mentionne en outre que lors de sa rencontre avec le médecin désigné de l’employeur, le docteur Lacasse, le 31 janvier 2012, elle était enceinte de 26 semaines. Elle confirme que ce dernier a effectué une description conforme des symptômes qu’elle éprouvait à ce moment.
[41] Elle précise que plusieurs techniciennes en radiologie de l’hôpital éprouvent des problèmes aux membres supérieurs et aux épaules et les identifient.
[42] Elle indique qu’elle a effectué un retour au travail progressif à compter du mois de mars 2011 et à temps complet à partir du mois d’avril 2011.
[43] Elle précise qu’elle a informé le docteur Lizotte, médecin de l’employeur, de la relation entre ses douleurs et son travail. Elle confirme que la chef de service et la chef technologue de l’hôpital ont rencontré les techniciens de l’établissement pour tenter d’apporter des solutions aux maux qu’ils éprouvaient dans leur travail. À cet égard, elle affirme que les représentants de l’employeur ont proposé une rotation de tâches entre les différents technologues et qu’ils lui ont proposé de modifier sa méthode de travail.
[44] Peu avant l’audience, la travailleuse a produit une expertise du chirurgien orthopédiste du Tremblay. Après examen, le docteur du Tremblay conclut que la travailleuse a présenté un phénomène douloureux au niveau des deux épaules lié aux gestes qu’elle effectue dans le cadre de son travail. Il écrit ce qui suit :
Nous croyons que les gestes qu’elle doit effectuer dans le cadre de son travail sont des mouvements à risques de provoquer la pathologie qu’elle présente. En effet, elle doit effectuer un travail où les deux épaules sont en position abduction/élévation antérieure aux environs de 60 à 80 degrés, de façon soutenue, avec des membres supérieurs qui ne sont pas appuyés, à savoir très rarement du côté droit et occasionnellement du côté gauche. Elle doit fournir une contraction soutenue pour maintenir les deux membres supérieurs dans la position. Elle doit exercer également une force musculaire pour mobiliser la sonde avec une intensité variable dépendant du gabarit et/ou de la situation du patient.
Au niveau de la littérature médicale, nous ne retrouvons pas d’étude à double insu ou de niveau I pouvant démontrer une relation absolue entre le phénomène de tendinopathie et le travail de technicienne en échographie. Cependant, plusieurs études ont été publiées et soulèvent une fréquence plus élevée de pathologie au niveau des deux membres supérieurs en relation avec ce travail.
[45] Commentant pourquoi, à son avis, l’épaule droite de la travailleuse est plus atteinte que l’épaule gauche, le docteur du Tremblay écrit ce qui suit :
On pourrait soulever l’hypothèse que l’épaule gauche est soutenue de façon plus fréquente que l’épaule droite, ce qui explique la symptomatologie qui est moins importante, mais également médicalement des articulations soumises à la même agression peuvent répondre différemment en intensité à cette agression.
[46] Le 31 janvier 2012, la travailleuse est expertisée par le chirurgien orthopédiste Lacasse, à la demande de l’employeur. Après examen, le docteur Lacasse conclut que le tableau clinique présenté par la travailleuse ne correspond pas à celui d’une tendinite des deux épaules que ce soit au regard de la coiffe des rotateurs ou de la longue portion du biceps. Il estime que l’examen est rempli de signes de non-organicité avec des douleurs ressenties à un site anatomique autre que celui sollicité. Il estime qu’il n’y a pas de lésion professionnelle et que l’état musculosquelettique de la travailleuse est normal avec présence de nombreux signes discordants à l’examen objectif.
[47] Le 2 juillet 2012, le docteur Lacasse produit un rapport complémentaire. Il écrit ce qui suit :
Je prends aujourd’hui connaissance de documents supplémentaires dans ce dossier. Tout d’abord, je prends connaissance d’un tableau où on y retrouve le nombre d’examens qu’a effectués madame Bucknell à chaque quart de travail du mois d’octobre, novembre et décembre 2010. Comme elle me l’avait mentionné lors de mon expertise, madame Bucknell procédait à environ sept examens par quart de travail. Nous retrouvons cependant des quarts de travail où un seul examen était effectué alors que lors de certains quarts de travail elle a effectué jusqu’à neuf examens.
Je prends également connaissance d’un rapport d’expertise médicale produit par le docteur Pierre Du Tremblay, chirurgien orthopédiste, le 4 octobre 2011. D’une part, le docteur Du Tremblay retient le diagnostic de tendinite des deux épaules chez madame Bucknell. D’autre part, il relie ce diagnostic aux gestes effectués par la travailleuse dans le cadre de son travail de technicienne en échocardiographie.
Je prends également connaissance d’une vidéo du poste de travail qu’occupe madame Bucknell. On y voit une technicienne en échocardiographie effectuer un réel examen d’échocardiographie. Le patient est couché sur une civière à gauche de la technicienne. Devant la travailleuse se situent un clavier informatique et un écran où les images d’échographie sont produites.
Durant l’examen, la travailleuse n’adopte pas de position d’abduction et d’élévation antérieure significative des deux épaules. Du côté droit, l’épaule est maintenue essentiellement le long du corps alors que du côté gauche, il y a tout au plus une abduction de 20 degrés tout comme me l’avait décrit la travailleuse lors de mon expertise.
En toute fin de l’examen, la travailleuse est en position debout et effectue un mouvement d’abduction de 45 degrés de l’épaule gauche sur une très courte période.
La tâche ne comporte aucun mouvement répétitif.
Donc, le poste de travail qu’occupe madame Bucknell à l’institut de cardiologie et de pneumologie de Québec ne comporte aucun facteur de risque de développement d’une tendinite que ce soit de la coiffe des rotateurs. ou de la longue portion du biceps.
Il n’y a pas de mouvements répétés sollicitant la coiffe des rotateurs ou la longue portion du biceps de ses deux épaules. Il n’y a aucune utilisation de force. Finalement, il n’y a pas d’adoption de position nocive pour la coiffe des rotateurs, c’est-à-dire des positions statiques d’abduction ou d’élévation antérieure de plus de 60 degrés au niveau des deux épaules.
Donc, cette vidéo confirme en tous points la perception que j’avais du poste de travail de madame Bucknell suite à la description que m’avait fournie la travailleuse lors de mon expertise. Évidemment, les conclusions de mon expertise quant à la relation causale ne peuvent être modifiées suite à la prise de connaissance de ces documents et notamment de la vidéo du poste de travail.
La décision de la CSST de refuser la réclamation de la travailleuse était justifiée et doit être maintenue devant la Commission des lésions professionnelles.
[48] Le 10 septembre 2012, la représentante de la travailleuse produit au dossier du tribunal un rapport d’ergonomie réalisé en juillet 2012. Les ergonomes Laperièrre et Corbeil y exposent les facteurs de risque liés à un trouble musculosquelettique au niveau de l’épaule. Le rapport fait état d’une vidéo réalisée sur les lieux du travail au moyen d’une simulation sur un homme volontaire.
[49] Le rapport précise par ailleurs que la travailleuse effectue au minimum entre 2,2 et 3,7 mouvements de plus de 60 degrés de l’épaule droite par minute et entre 3,2 et 4,3 mouvements par minute de toute amplitude de l’épaule gauche pendant un examen moyen. Les auteurs écrivent ce qui suit :
Les mouvements impliquant une amplitude de plus de 60 degrés sont effectués avec son bras droit lors des manipulations de l’écran tactile, surtout lorsqu’elle doit toucher à la partie la plus à gauche en haut de l’écran. Elle effectue des mouvements de plus petites amplitudes avec son bras droit lorsque la travailleuse doit manipuler les boutons dans le haut du clavier ou toucher l’écran tactile plus à droite de l’écran ou lorsqu’elle penche son tronc pour toucher à l’écran tactile.
Les mouvements impliquant l’épaule gauche sont le plus souvent de petites amplitudes. Il s’agit plutôt de postures contraignantes telle [sic] qu’une extension de l’épaule (Figure 6) maintenue sur de longues périodes. Elle effectue des mouvements avec son bras gauche lorsqu’elle bouge la sonde sur le patient. De plus, elle mentionne devoir appliquer une pression plus ou moins forte pour obtenir une image claire, selon les caractéristiques du patient.
[50] Après analyse du poste de travail et comparaison avec les normes en vigueur, les ergonomes concluent que la travailleuse a été exposée à des facteurs de risque pour le développement d’un trouble musculosquelettique au niveau des épaules de façon significative dans le cadre de ses activités de travail. Ils écrivent ce qui suit :
D’après les résultats obtenus par l’analyse du travail de Mme Bucknell, nous avons recensé la présence de facteurs de risque Posture et Répétitivité, tel que définis dans la littérature pour le développement d’un trouble musculo-squelettique à l’épaule droite. De plus, nous avons recensé la présence du facteur de risque Répétitivité pour l’épaule gauche.
Aussi, selon la norme NF EN 1005-4 les mouvements effectués dans la zone 3 (amplitude de plus de 60 degrés) avec l’épaule droite est une situation inacceptable, car leur fréquence est supérieure à 2 mouvements par minute tel que documenté dans le travail de Mme Bucknell. Pour l’épaule gauche, nous retrouvons des situations inacceptables telles que le maintien d’une posture en extension (zone 4) ainsi que des mouvements dans cette zone sur une période prolongée.
Finalement, l’application de la méthode QEC de la CSST donne un niveau de risque «élevé» de TMS à la région épaule/bras pour le poste de travail de Mme Bucknell, situation demandant selon le guide, de corriger rapidement la situation.
Suivant les résultats de ces trois méthodes d’analyse, nous sommes d’avis que Mme Bucknell a été exposée à des facteurs de risque pour le développement d’un trouble musculo-squelettique aux épaules de façon significative dans le cadre de ses activités de travail. [sic]
[51] À l’audience, madame Laperrière co-autrice du rapport explique la méthodologie utilisée pour l’analyse du poste de travail de la travailleuse. Elle indique que son rapport fut élaboré à partir d’une extrapolation des données contenues dans la vidéo produite en preuve, en estimant qu’un examen dure en moyenne entre 30 à 50 minutes.
[52] Elle admet qu’elle n’a pas mesuré au dynamomètre les mouvements effectués par la travailleuse. Elle admet par ailleurs qu’elle n’a pas évalué la durée pendant laquelle la travailleuse applique une force ou une pression sur sa sonde en vue de réaliser l’examen. Elle n’a pas non plus comptabilisé les pressions effectuées par la travailleuse. Elle estime que la pression exercée est modérée, puisque la travailleuse lui a indiqué que « cela est forçant ».
[53] Elle affirme qu’il existe plusieurs facteurs de risque dans la réalisation du travail. D’une part, la travailleuse effectue des mouvements d’abduction et d’extension de son membre supérieur droit, en position maintenue. En outre, elle exerce une pression modérée avec son membre supérieur gauche. De plus, elle effectue une contraction de son membre supérieur gauche pour pousser vers le bas, cette poussée s’effectuant contre résistance. Elle est d’avis que ces éléments sont suffisants pour générer la lésion diagnostiquée.
[54] Par ailleurs, la travailleuse fait entendre la conseillère syndicale Sarah Marcoux. Celle-ci précise que le syndicat voulait réaliser une vidéo du travail de la travailleuse en situation réelle de travail. Toutefois, comme madame était en congé de maternité, cela n’a pas été possible. C’est pourquoi, la vidéo produite constitue une simulation du travail de la travailleuse.
[55] L’orthopédiste du Tremblay, spécialisé dans les membres supérieurs, témoigne également à la demande de la travailleuse. Il reprend certains éléments contenus dans son rapport.
[56] Il estime que la tendinite à l’épaule gauche est la résultante de la durée des pressions exercées sur la sonde pendant les examens effectués par la travailleuse. Le docteur du Tremblay indique qu’en mettant une pression sur la sonde, le bras de la travailleuse ne peut plus être appuyé. De même, l’épaule se contracte pour mettre la pression sur la sonde. Il mentionne en outre que la travailleuse ne peut bénéficier d’un temps de repos suffisant parce qu’elle doit maintenir la pression sur la sonde pour que l’image à prendre demeure claire. Il estime que la position statique prolongée constitue le facteur de risque le plus important pour générer la lésion professionnelle.
[57] Il explique par ailleurs la tendinite du côté droit par les mouvements d’abduction du membre supérieur droit, lequel n’est pas fréquemment appuyé, particulièrement lors du traitement des images prises. Selon lui, les mouvements de l’épaule droite sont plus fréquents vu la manipulation de l’écran tactile. Il estime par ailleurs que la travailleuse doit maintenir son membre supérieur droit en élévation lors de la prise des images, la contraction du membre étant toutefois moins soutenue. Il dépose de la littérature[2] pour appuyer ses propos.
[58] Passant en revue les articles produits, le docteur du Tremblay explique que d’un point de vue physiologique, le statisme s’apparente à la répétitivité. Ainsi, la contraction d’un muscle devrait être entrecoupée de périodes de relaxation. Puisant dans la littérature, il indique que plus l’effort et la durée d’un mouvement de contraction sont importants, plus la période de récupération devra être grande.
[59] Selon lui, même si la travailleuse ne réalisait qu’un examen par jour, elle pourrait tout de même accumulée de la fatigue dans le cadre de ses tâches si l’examen dépasse 20 à 25 minutes.
[60] Il attire l’attention du tribunal sur l’étude réalisée dans un hôpital[3] démontrant que la plupart des technologues avaient rapporté des douleurs au cou, aux épaules et dans les bras pendant la réalisation de leur travail. Il ajoute que NIOSH reconnaît certains facteurs de risque dans la réalisation des examens, notamment les flexions de l’épaule droite et les mouvements d’abduction, la force statique maintenue et les différents types de prises lors de la manipulation de la sonde.
[61] Il fait référence à un passage de l’article publié par les auteurs Russo et autres[4]. Les auteurs écrivent ce qui suit :
The performance of an ultrasound study typically requires unsupported abduction of the arm, and flexion and rotation of the trunk coupled with static contractions to maintain the arm in a fixed position while pressing the transducer against the patient. Not surprisingly, respondents in this study reported the most severe and frequent musculoskeletal symptoms in the neck, shoulder an upper back areas.
[62] Il admet que cette étude n’avait pas pour but d’établir la relation causale entre le travail des technologues et les malaises qu’ils éprouvent. Tout comme les auteurs le mentionnent, il précise qu’elle avait pour but d’obtenir des informations de base sur la prévalence des symptômes musculosquelettiques des technologues et d’identifier les facteurs qui y contribuent. Selon lui, il n’existe d’ailleurs pas actuellement d’étude prospective sur la relation causale. Toutefois, les questionnaires administrés et les études portant sur le travail des technologues soulèvent une problématique importante, notamment, relativement aux épaules.
[63] Il commente l’article des auteurs Muir et autres[5], lequel fait référence à des études démontrant notamment une corrélation entre l’inconfort ressenti par les technologues, la fréquence des examens et leur durée. Il fait référence à une étude qui démontre que des technologues travaillant sept heures par jour et un peu plus de 16 heures par semaine développent une tendinite. Il note que 78 % des répondants de cette étude indiquent éprouver des problèmes dans l’épaule. Il ajoute que 34 % des répondants ont dû prendre de la médication pour soulager la douleur ou parce qu’ils étaient fonctionnellement atteints.
[64] Il admet par ailleurs que les répondants aux questionnaires administrés en Colombie Britannique[6] ne s’absentaient généralement pas de leur travail en raison des symptômes et problèmes rapportés.
[65] Référant à l’article de Gauthier[7], il indique que la force utilisée par la travailleuse dans la manipulation de la sonde est de niveau faible ou modéré. Conséquemment, celle-ci utilise de 20 à 30 % de sa contraction maximale volontaire. Ainsi, si la travailleuse maintient une contraction sur la sonde pendant cinq minutes à 20 % de sa capacité de contraction volontaire, la récupération prendra huit minutes.
[66] Il estime que le travail effectué par la travailleuse explique la tendinite bilatérale diagnostiquée, eu égard aux gestes posés. À cet égard, il explique l’atténuation des symptômes ressentis par la travailleuse au membre supérieur gauche, lors de son évaluation, par la modification de ses habitudes de travail. Il précise qu’il a donné son opinion sur la relation à partir de la description des tâches effectuées par la travailleuse, tâches qu’elle a mimées dans son bureau. Il admet que la vidéo ne comporte pas d’indication sur la durée des examens réalisés par la travailleuse et ne montre pas toutes les positions qu’elle adopte.
[67] Quant à l’employeur, il fait entendre son infirmière en santé et sécurité au travail en fonction depuis le mois de mai 2012, madame Danielle Blackburn.
[68] Elle produit des tableaux relatifs au nombre de patients vus par la travailleuse entre le 1er octobre et le 23 décembre 2010. Le tableau fait état du poids des patients traités, information colligée par une technologue travaillant pour le compte de l’établissement.
[69] Madame Blackburn indique que pendant la période du 1er octobre au 23 décembre, la travailleuse a vu 193 patients, pour une moyenne de 5,67 par jour. Elle ajoute que pendant la période du 2 au 23 décembre, le tableau ne fait état que de 54 examens puisque la travailleuse supervisait pendant cette période un technicien alors en formation et qu’elle ne réalisait pas elle-même les examens.
[70] Les tableaux produits s’ajoutent à ceux déposés le 18 octobre 2012 lesquels portaient sur les périodes du 1er octobre 2010 au 23 décembre 2010 et du 6 avril 2010 au 30 septembre 2010.
[71] L’orthopédiste Lacasse témoigne également à la demande de l’employeur.
[72] Il formule ses commentaires à l’égard de la vidéo du poste de travail produite par l’employeur avec la participation d’une technologue de l’établissement. Selon le docteur Lacasse, le travail exercé par la technologue ne comporte pas de positions contraignantes. À son avis, les gestes effectués comportent un mouvement de déviation cubitale sur la sonde. Toutefois la force n’est pas nécessairement appliquée par l’épaule, une partie de cette force étant assumée par le poignet.
[73] Il note une prise en pince ou en pleine main de la sonde. Ainsi, il estime que ce sont les fléchisseurs des doigts qui sont sollicités de sorte qu’il n’y a pas de relation entre ces gestes et la tendinite bilatérale de l’épaule.
[74] Selon lui, il n’y a pas de force supplémentaire à l’égard de l’épaule. Il note des mouvements de 35 degrés tout au plus, d’élévation antérieure du membre supérieur droit pour toucher l’écran et de 25 degrés d’abduction. Il note par ailleurs des mouvements d’extension du poignet, l’épaule en position neutre. C’est pourquoi, selon lui, l’ensemble des mouvements effectués par la travailleuse n’est pas susceptible de générer une tendinite bilatérale de l’épaule.
[75] Commentant son rapport d’expertise du 31 janvier 2012, il indique que lors de son évaluation, la travailleuse éprouvait particulièrement des douleurs du côté droit. Il s’explique mal cette situation compte tenu que les pressions sur la sonde sont exercées avec le membre supérieur gauche. Il attire l’attention du tribunal sur le fait que le poste de travail de la travailleuse et sa charge de travail n’ont pas été modifiés depuis l’entrée en fonction de la travailleuse dans le poste, en octobre 2008. Il mentionne que lors de son examen réalisé le 31 janvier 2012, il a noté des discordances puisque certaines manœuvres réalisées déclenchaient des douleurs chez la travailleuse sans que le tendon ne soit sollicité[8].
[76] Passant en revue la preuve présentée, il estime que les facteurs de risque ne sont pas présents dans le dossier. Selon lui, il n’y a pas d’évidence suffisante pour associer la force à la tendinite de l’épaule gauche. Il estime que sauf situation exceptionnelle, il n’a pas observé de mouvements d’abduction de l’épaule ni d’élévation antérieure au-delà de 60 degrés des deux épaules. Il mentionne qu’il n’a pas non plus décelé de mouvements répétitifs dans l’une ou l’autre des vidéos présentées par les parties. Il a tout au plus observé quelques mouvements à l’épaule droite, lesquels ne sont toutefois pas répétitifs et ne peuvent entraîner la lésion professionnelle diagnostiquée, puisqu’ils sont occasionnels et réalisés dans des amplitudes insuffisantes.
[77] Quant à la force utilisée par le membre supérieur gauche, il estime que les ergothérapeutes ne l’ont pas mesuré, pas plus que le docteur du Tremblay. Conséquemment, selon lui, il est impossible de conclure que la travailleuse force à 20 ou 30 % de sa contraction maximale volontaire.
[78] À son avis, cette capacité était minime et moindre que celle affirmée par le docteur du Tremblay puisque le patient vu sur la vidéo ne grimaçait pas et que la travailleuse tient sa sonde avec le bout des doigts.
[79] Vu ces éléments, il estime que la force appliquée n’est pas importante et que conséquemment, la travailleuse ne peut avoir subi une lésion professionnelle.
[80] Décortiquant les mouvements effectués par la travailleuse, il est d’avis que celle-ci fait une extension du poignet ou une déviation cubitale, ce qui ne sollicite pas l’épaule.
[81] Par ailleurs, selon lui, les muscles du poignet jouent un rôle dans le travail de la travailleuse. Ils absorbent une partie de la force requise. Ainsi, la force qui est très faible est répartie, d’autant plus que le bras est appuyé sur la civière. Conséquemment, au regard des muscles du sus-épineux, il demeure une faible fraction de force lorsqu’elle est répartie dans les autres muscles sollicités. Conséquemment, la sollicitation n’est pas suffisante pour causer une tendinite de la coiffe des rotateurs et le travail effectué par la travailleuse n’est pas la cause de sa lésion, d’autant plus que ses douleurs sont plus importantes à droite qu’à gauche.
[82] Il estime que le rapport des ergonomes n’a pas de valeur probante puisque la force n’a pas été mesurée et que les amplitudes décrites au rapport ne correspondent à la vidéo produite. Il remet par ailleurs en question les calculs effectués au regard de la répétitivité des gestes. À cet égard, il estime que leur fréquence n’est pas suffisante pour causer la lésion.
[83] Commentant la littérature soumise par le docteur du Tremblay et notamment l’article des auteurs Russo et autres, il indique que ces derniers rapportent les résultats d’un sondage postal. Ainsi, selon lui, il s’agit d’un inventaire de symptômes qui ne mènent pas à des diagnostics précis ni à la détermination de l’origine des symptômes, l’étude ne faisant état d’aucun diagnostic ni d’examen para-clinique. Selon lui, ce n’est pas parce que des individus décrivent des symptômes dans leur travail qu’il y a blessure et lésion professionnelle.
[84] À son avis, l’article publié par Muir est rédigé à la suite d’un questionnaire réalisé à Winnipeg. Conséquemment, les mêmes commentaires s’appliquent à cet article que ceux relatifs à l’article de Russo. Par ailleurs, il estime que l’article de NIOSH porte sur les échographies abdominales, lesquelles ne peuvent être comparées à des échographies cardiaques.
[85] Référant à l’article du docteur Gauthier, il estime que la force utilisée dans le travail de la travailleuse est insuffisante pour causer une lésion professionnelle, la contraction maximale volontaire de la travailleuse étant plutôt de l’ordre de 10 %. En outre, il estime que cette force n’est pas significative de sorte qu’elle ne peut être statique.
[86] Enfin, il estime que dans la vidéo produite par l’employeur, les gestes effectués par la technologue n’impliquent pas de mouvements significatifs d’extension du membre supérieur de sorte que la coiffe des rotateurs est peu sollicitée et qu’il ne peut y avoir d’abuttement.
[87] En contre preuve, la travailleuse indique que la méthode de travail utilisée par la technologue dans la vidéo de l’employeur est différente de la sienne. Elle indique que cette technologue est très avancée sur sa chaise et qu’elle a le dos appuyé sur le dossier. Elle note également qu’il lui est plus facile d’atteindre l’écran tactile. Elle mentionne par ailleurs que la vidéo produite par l’employeur ne montre que quelques séquences relatives au traitement des images. À cet égard, elle rappelle qu’elle doit constamment utiliser son membre supérieur droit durant l’examen pour les sélectionner. Elle ajoute en outre que la travailleuse figurant dans la vidéo de l’employeur est plus grande qu’elle, de sorte que les amplitudes pour réaliser ses tâches sont moins grandes.
[88] Elle précise par ailleurs que lorsqu’elle supervise la formation de techniciens, elle doit fréquemment reprendre des images, particulièrement au début de la formation.
[89] Par ailleurs, dans le cadre de l’audience tenue le 17 décembre 2012, la procureure de la travailleuse a remis en question la conformité du relevé des examens réalisés par la travailleuse, produit par l’employeur le 18 octobre 2012. Ce désaccord a donné lieu à une réouverture d’enquête autorisée par décision, le 8 mai 2013[9].
[90] Vu la nature du différend opposant les parties, cette réouverture d’enquête avait pour but d’établir, de cerner et de comprendre le nombre d’examens effectués par la travailleuse pendant la période s’étendant du 1er avril 2010 au 23 décembre 2010, d’identifier la nature et le type d’examens effectués, leur durée, les gestes posés par la travailleuse lors de ces examens et les outils utilisés.
[91] En vue de l’audience qui s’est tenue le 9 septembre 2013, les parties ont produit des tableaux relatifs aux examens effectués par la travailleuse pendant la période du 6 avril au 23 décembre 2010.
[92] Le tribunal retient de ces tableaux que pendant la période du 6 avril au 30 septembre 2010, la travailleuse a réalisé 514 échographies standards et 191 examens d’une autre nature. Par ailleurs, pour la période du 1er octobre au 23 décembre 2010, la travailleuse a réalisé elle-même 193 échographies et participé à la supervision d’un technicien en formation dans 31 autres examens.
[93] Il appert de la preuve administrée que les échographies, autres que cardiaques, réalisées par la travailleuse, sont au nombre de trois : l’échocardiographie de stress-tapis, l’échographie dobutamine, et l’échographie transœsophagien.
[94] Lors de l’audience du 9 septembre 2013, l’employeur a déposé un document exposant la nature et le déroulement de pareilles échographies. Suivant cette preuve, l’échocardiographie de stress-tapis est un examen consistant à visualiser et à analyser les modifications de la contraction du muscle cardiaque lors d’un effort. L’examen est essentiellement utilisé pour la détection d’une ischémie myocardique. Il permet également d’en estimer la viabilité. En incluant la préparation du patient qui sera soumis à un effort, la durée de l’examen est d’environ 45 minutes.
[95] Lors de l’examen, la technologue effectue une première acquisition échographique de cinq images de base, avant tout stress. Cette collecte de données permet d’apprécier la contraction de l’ensemble des parois du ventricule gauche. La technologue doit par ailleurs prendre d’autres clichés, si nécessaire, des valves et autres structures. Le patient est par la suite dirigé sur le tapis roulant. Il doit augmenter son rythme cardiaque et atteindre la fréquence déterminée par le médecin. Le seuil atteint, la technologue reprend les mêmes images de base effectuées avant le tapis roulant. Elle peut par ailleurs devoir prendre d’autres images déterminées par le médecin.
[96] La prise des images après la marche sur le tapis roulant doit être effectuée dans un délai d’environ deux minutes puisque l’acquisition des images post-effort ne sont plus significatives après ce délai.
[97] Quant à l’échographie dobutamine, il constitue l’examen privilégié lorsque le patient n’est pas capable de courir sur un tapis roulant ou de faire un test d’effort sur la bicyclette. L’examen nécessite la mise en place d’une perfusion et la dobutamine est administrée à doses croissantes avec une pompe à perfusion suivant un protocole établi. Il s’agit d’augmenter la consommation en oxygène du muscle cardiaque. L’examen est réalisé en plusieurs stades avec des acquisitions échocardiographiques. L’examen dure environ 45 minutes en incluant la préparation du patient.
[98] L’examen est conduit de la même façon que le stress-tapis. La technologue doit installer des électrodes au patient afin de suivre son rythme cardiaque. Elle doit prendre cinq clichés échocardiographiques de la fonction ventriculaire du ventricule gauche et d’autres clichés au besoin. L’examen se déroule en cinq étapes de trois minutes environ. À chaque étape, la technologue prend cinq images de contractivité du ventricule gauche à l’aide de la sonde et parfois d’autres clichés demandés par le médecin. La durée de l’effort et le temps d’acquisition des images peut varier en fonction du patient et de son échogénicité. La technologue peut être appelée à refaire des images lorsque le patient revient en rythme cardiaque de repos.
[99] Quant à l’écho transœsophagien, il dure environ 45 minutes en incluant la préparation du patient, l’examen et le lavage de la sonde. Cette sonde a la forme d’un tuyau souple qui passe par la bouche pour aller dans l’œsophage. Le but de l’examen est d’obtenir des images des zones du cœur difficilement accessible par la technique plus courante de l’échocardiographie. La technologue ne manipule pas la sonde pendant cet examen. Elle travaille en collaboration avec une infirmière qu’elle peut aider en gelant la gorge du patient, en préparant les substances de contraste si nécessaire et en effectuant la prise de signes vitaux.
[100] Pendant l’examen, la technologue s’occupe de l’écran de l’appareil, prend les clichés et entre les données. L’examen terminé, la technologue doit nettoyer et désinfecter la sonde.
[101] À l’audience du 9 septembre, la travailleuse explique ses tâches dans chacun des examens décrits ci-haut. Elle indique que les images prises lors d’une échographie dobutamine doivent être très précises. C’est pourquoi il est plus difficile et plus long de les acquérir. Elle affirme prendre la même position de base que lors d’une échographie standard. Elle indique que l’image doit être zoomée pour qu’elle soit nette et stable. Elle indique qu’au cours de cet examen, elle est régulièrement appelée à prendre d’autres images à la demande du médecin. Elle indique qu’elle prend environ 10 images.
[102] Elle mentionne qu’il lui faut environ huit minutes pour acquérir les images avant de débuter l’échographie dobutamine. Elle consacre à cet effet environ deux à cinq minutes pour les images prévues au protocole et de trois à six minutes pour les images hors protocole. Elle mentionne que l’examen comporte cinq stades d’environ trois minutes par stade. Ainsi, au premier stade, 10 millilitres d’un médicament est injecté au patient. Il y a alors période d’attente pour que le cœur palpite. Elle prend par la suite des images puis on injecte 10 millilitres additionnels à chaque stade. Elle refait les mêmes images à chacun des stades de l’examen. Il lui arrive parfois de prendre des images du cœur du patient au repos.
[103] Dans le cadre de cet examen, elle doit prendre une trentaine d’images en plus de celles requises par le médecin hors protocole. L’examen terminé, elle débranche les électrodes branchées sur le patient et enlève le gel utilisé. Elle manipule par la suite le clavier pour y entrer les données. Elle indique que dans le cadre de cet examen, elle effectue les mêmes gestes et met les mêmes efforts que lors de la réalisation des examens standards. Elle ajoute que les efforts sont d’ailleurs plus grands pour son membre supérieur gauche en raison de la clarté des images requises. Elle admet que du côté droit, le travail est moins exigeant que lors d’un examen standard puisque l’examen ne requiert pas autant de mesures.
[104] Quant à l’écho transœsophagien, elle indique qu’elle n’a pas à tenir la sonde puisqu’elle n’est pas formée pour ce travail. Elle aide l’infirmière appelée à manipuler la sonde et elle est par ailleurs appelée à manipuler les touches du clavier et de l’écran tactile avec son membre supérieur droit. Elle indique qu’elle fait d’ailleurs avec ce membre les mêmes mouvements que lors d’un examen standard. Elle précise que l’examen dure de 5 à 20 minutes à partir du moment où le patient est intubé, la durée totale de l’examen étant de 45 minutes.
[105] Quant à l’examen par stress-tapis, elle mentionne que son but est similaire à l’échographie dobutamine. L’examen se déroule de la même façon avec les nuances appropriées. Relativement aux mouvements effectués, elle estime qu’ils sont similaires à ceux effectués dans l’échographie dobutamine. Elle affirme que les mouvements sont un peu moins exigeants pour le membre supérieur droit vu la quantité moindre de données à obtenir. Elle mentionne toutefois que l’examen est plus stressant, car la technologue doit s’exécuter rapidement pour prendre les images.
[106] Le docteur du Tremblay témoigne à nouveau lors de l’audience du 9 septembre 2013. Il indique que la preuve additionnelle relative aux examens non standards réalisés par la technologue ne change pas son opinion.
[107] À cet égard, il indique que les membres supérieurs ne sont pas supportés. Par ailleurs, la manipulation de la sonde exige une certaine pression, d’où une contraction de la musculature. Il réfère à nouveau à l’article de Gauthier et mentionne, que s’il y a contraction musculaire, de 30 % pendant deux minutes, la personne doit bénéficier d’un temps de repos de 12 minutes. Il affirme qu’il y a donc facteurs de risque dans le travail effectué puisque les gestes de la travailleuse dans le cadre d’un examen par stress-tapis et par l’échographie dobutamine correspondent à ceux effectués lors des examens standards, bien qu’il n’y ait pas utilisation du membre supérieur gauche avec la sonde dans le cas de l’écho transœsophagien.
[108] Il ajoute que la force exercée par la travailleuse lors de la manipulation de la sonde demande une plus grande force puisque le membre supérieur est dirigé vers l’extérieur.
[109] Dans le cadre de son témoignage, le docteur du Tremblay réfère d’ailleurs à son rapport complémentaire produit le 25 août 2013. Il écrit ce qui suit :
Nous avons pris connaissance également de la fréquence à laquelle elle fait ces examens et nous en arrivons aux mêmes conclusions, à savoir que madame doit effectuer les gestes auxquels elle adopte des positions qui sollicitent de façon importante la coiffe des rotateurs au niveau des deux épaules, à savoir que les deux membres supérieurs sont éloignés du tronc de façon variable, mais les deux membres sont non supportés et même, lors des mouvements d’abduction de faible quantité, la coiffe doit contracter pour maintenir le membre supérieur en position. Cette contraction se maintient durant une assez longue période et cette longue période sous-entend théoriquement une période de repos ou de compensation qui est beaucoup plus longue que la période de contraction.
[110] Quant à l’employeur, il fait entendre l’assistante-chef des technologues par intérim, madame Carrier. Elle explique qu’elle fut appelée à confectionner un tableau visant à comptabiliser le temps pris par la travailleuse pour manipuler la sonde lors des examens effectués entre le 6 avril et le 30 septembre 2010.
[111] Elle précise à cet égard qu’elle a ouvert chaque image des examens effectués par la travailleuse pour calculer les temps consacrés par cette dernière à la prise des images. Elle mentionne que dans le cas de l’examen de stress-tapis, la comptabilisation du temps mis à prendre les cinq premières images de base avant l’effort sur le tapis roulant ne peut être effectuée.
[112] Analysant le travail effectué par la travailleuse le 11 mai 2010, à l’aide du tableau produit, elle indique que la travailleuse a consacré 15 minutes de son temps pendant la journée dans la manipulation de la sonde pour la prise d’images lors des préexamens. Elle estime par ailleurs à 12 minutes le temps consacré par la travailleuse lors de la prise d’images post-effort puisque les images n’ont plus de signification si elles sont prises en dehors du délai de deux minutes prévu au protocole.
[113] Elle analyse par ailleurs le temps consacré aux examens par échographie dobutamine du 7 juin 2010, lesquels sont au nombre de quatre. Elle admet que le tableau produit ne tient pas compte du temps pour trouver la première image. Elle admet par ailleurs qu’elle ne peut estimer le temps requis pour prendre les cinq premières images lors du préexamen. Elle affirme toutefois que le temps consacré dans la prise d’images est peu important dans une journée de travail.
[114] Madame Carrier admet par ailleurs être au courant des problèmes physiques éprouvés par certaines technologues travaillant chez l’employeur. Elle admet avoir elle-même éprouvé des problèmes à l’omoplate, mais indique que le tout est maintenant rentré dans l’ordre.
L’AVIS DES MEMBRES
[115] Conformément à l’article 429.50 de la loi, le soussigné a demandé et obtenu l’avis des membres qui ont siégé avec lui sur la question faisant l’objet de la contestation ainsi que les motifs de cet avis.
[116] La membre issue des associations d’employeurs est d’avis qu’il y a lieu de rejeter la requête de la travailleuse et de confirmer la décision rendue par la CSST à la suite d’une révision administrative.
[117] Elle accorde une force probante à l’annexe à la réclamation de la travailleuse dans laquelle celle-ci déclare travailler le bras gauche bien appuyé. Conséquemment, elle est d’avis que les mouvements effectués par la travailleuse dans le cadre de son travail sollicitent peu son épaule gauche.
[118] Quant au membre supérieur droit, elle estime que les tâches sont effectuées sans cadence imposée et que les gestes sont variés. En outre, l’effort requis pour effectuer les mouvements est peu significatif et ne requiert pas de force.
[119] Enfin, elle estime que la travailleuse bénéficie de périodes de repos compensateur suffisantes entre ses différentes tâches pour favoriser la récupération des muscles de ses épaules d’autant plus que son poignet peut trouver appui sur le bord de la table où reposent ses outils de travail.
[120] Quant au membre issu des associations syndicales, il est d’avis qu’il y a lieu d’accueillir la requête de la travailleuse, d’infirmer la décision rendue par la CSST à la suite de la révision administrative et de reconnaître le caractère professionnel de la lésion.
[121] Il estime que le travail de technologue effectué par la travailleuse implique des contraintes sur l’épaule. La travailleuse doit en effet manipuler une sonde avec son membre supérieur gauche en appliquant, en combinaison, une pression et une force.
[122] Il retient quant à lui que la travailleuse effectue son travail presque toujours sans appui au niveau du bras gauche. La position statique, qu’elle doit maintenir pour l’obtention d’images, combinée aux autres facteurs lui permet de conclure à la présence d’une lésion professionnelle au niveau de l’épaule gauche.
[123] Au regard du membre supérieur droit, il estime que les mouvements d’élévation du bras dans la manipulation de l’écran tactile lors du traitement des images sollicitent, d’une façon continuelle, l’épaule droite de la travailleuse. En outre, celle-ci doit fréquemment le manipuler à bout de bras.
[124] Conséquemment, à son avis, la tendinite diagnostiquée est en relation avec le travail effectué et doit être reconnue à titre de lésion professionnelle.
LES MOTIFS DE LA DÉCISION
[125] Eu égard aux représentations de la représentante de la travailleuse, le tribunal doit déterminer si la travailleuse est victime d’une lésion professionnelle, sous l’angle d’une maladie professionnelle.
[126] Plus particulièrement, la Commission des lésions professionnelles doit décider si la maladie dont est porteuse la travailleuse est directement liée aux risques particuliers du travail effectué, au sens de l’article 30 de la loi :
30. Le travailleur atteint d'une maladie non prévue par l'annexe I, contractée par le fait ou à l'occasion du travail et qui ne résulte pas d'un accident du travail ni d'une blessure ou d'une maladie causée par un tel accident est considéré atteint d'une maladie professionnelle s'il démontre à la Commission que sa maladie est caractéristique d'un travail qu'il a exercé ou qu'elle est reliée directement aux risques particuliers de ce travail.
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1985, c. 6, a. 30.
[127] En effet, la travailleuse ne prétend pas que la présomption prévue à l’article 29 de la loi est applicable, pas plus qu’elle n’estime que la lésion est caractéristique du travail exercé.
[128] Elle prétend toutefois que les pressions soutenues sur la sonde, que la travailleuse manipule avec son bras gauche au cours de la plupart des examens réalisés, nécessite une force telle qu’il en résulte une tendinite de l’épaule gauche.
[129] En outre, elle prétend que le maintien du membre supérieur droit de la travailleuse en élévation, sans appui, dans le cadre de différentes tâches, notamment lors du traitement des images, a entraîné la tendinite de l’épaule droite diagnostiquée le 6 janvier 2011.
[130] Quant à l’employeur, son représentant nie toute relation professionnelle établie par les médecins de la travailleuse. S’appuyant sur l’opinion de son médecin expert, le docteur Lacasse, il estime que les facteurs de risque permettant de déclencher une tendinite bilatérale sont inexistants. À son avis, les muscles et tendons de la travailleuse sont très peu sollicités à l’occasion de son travail.
[131] Par ailleurs, il soumet que la travailleuse travaille à son rythme, n’effectuant ainsi pas de mouvements répétés pouvant engendrer une tendinite. Il ajoute que la travailleuse bénéficie de moments de récupération suffisamment longs entre chaque mouvement sollicitant ses muscles et tendons de sorte que la maladie n’a pu se développer au travail.
[132] Il prétend que la travailleuse ne consacre pas suffisamment de temps à la manipulation de la sonde avec son membre supérieur gauche pour provoquer une tendinite et estime qu’il en est de même quant au membre supérieur droit.
[133] Conséquemment, il demande à la Commission des lésions professionnelles de rejeter la contestation produite par la travailleuse, la tendinite bilatérale ayant au surplus été contractée dans la même période de temps en raison de facteurs de risque différents.
[134] Qu’en est-il dans le présent dossier au regard du diagnostic de tendinite bilatérale des épaules.
[135] La reconnaissance de la relation causale entre la maladie et les risques particuliers du travail repose sur l’analyse de l’ensemble des éléments de preuve relative :
- aux structures anatomiques atteintes par la maladie;
- aux facteurs biomécaniques physiques ou organisationnels sollicitant ses structures;
- aux caractéristiques personnelles s’il en est;
- à l’importance de l’exposition en terme de durée, d’intensité ou de fréquence;
- à la relation temporelle[10].
[136] À l’égard de la preuve présentée, la Commission des lésions professionnelles estime que le rapport ergonomique soumis par la travailleuse n’est pas probant pour établir le lien entre la lésion aux épaules et son travail.
[137] En effet, il ne mesure pas la force utilisée dans la manipulation de la sonde. De plus, à la lueur des vidéos présentées, le tribunal estime que le rapport ergonomique apprécie mal les positions des membres supérieurs en élévation et en abduction.
[138] Toutefois, même si le tribunal n’accorde pas de force probante au rapport ergonomique et que la pression exercée sur la sonde n’a pas été mesurée, il n’en reste pas moins que le soussigné a pu observer la travailleuse, entendre son témoignage et celui de son expert, prendre connaissance de la littérature produite.
[139] Il estime que la preuve présentée par la travailleuse est prépondérante. À cet effet, le tribunal rappelle que l’évaluation de la prépondérance de la preuve repose sur la force probante ou la crédibilité qu’il accorde aux diverses expertises déposées par les médecins et spécialistes, aux témoignages recueillis à l’audience et à la preuve documentaire générale versée au dossier. Chaque cas doit être examiné à son mérite propre, suivant l’ensemble de la preuve factuelle et médicale qui lui est particulier.
[140] Sur le plan médical, le tribunal doit trancher entre l’opinion du docteur du Tremblay et celle du docteur Lacasse. Il privilégie celle du docteur du Tremblay puisqu’il note que le docteur Lacasse est le seul médecin intervenu au dossier qui ne reconnaît pas le diagnostic de tendinite, voire qu’il n’en constate pas de signe. À cet égard, le tribunal estime que l’opinion du docteur du Tremblay colle mieux au déroulement général du dossier.
[141] Par ailleurs, l’opinion du docteur du Tremblay est supportée par la littérature qui décrit les éléments relatifs à la récupération des muscles ayant fait l’objet d’une contraction lors de mouvements.
[142] L’opinion du docteur du Tremblay prend également appui sur des études réalisées auprès de technologues œuvrant dans des établissements de santé de l’Ouest du pays. Ces études mettent en relief les problèmes physiques vécus par les technologues dans le cadre de leur fonction. Elles démontrent que le travail des technologues en échographie provoque chez un nombre significatif de ces travailleurs des symptômes notamment, au cou et à l’épaule. Tous ces éléments ajoutent au témoignage du docteur du Tremblay et lui consacrent une force probante certaine.
[143] D’ailleurs, la preuve révèle que certaines technologues de l’établissement de l’employeur, éprouvent également des problèmes aux membres supérieurs, aux épaules ou à différentes autres parties du corps, ces problèmes étant liés à l’exercice de leur fonction. Tant la travailleuse qu’un témoin de l’employeur ont fait état de cette situation.
[144] Quant aux témoignages entendus, le tribunal estime qu’il n’y a pas lieu de douter de celui livré par la travailleuse, pas plus d’ailleurs que celui des autres témoins. La travailleuse a témoigné de façon claire, sans chercher à exagérer ses problèmes. Elle n’a pas été contredite sur la nature des tâches effectuées et le volume de travail accompli, l’employeur contestant surtout la présence de facteurs de risque dans le travail de la travailleuse, notamment l’intensité requise pour effectuer la tâche et la durée des efforts requis pour l’accomplir, de même que les amplitudes dans les gestes.
[145] Le tribunal retient par ailleurs que la travailleuse a commis une erreur de bonne foi lorsqu’elle a rempli l’annexe à sa réclamation et déclaré que son bras gauche était bien appuyé pour effectuer son travail. L’ensemble de la preuve administrée démontre que tel n’est pas le cas. Cette erreur n’affecte pas sa crédibilité, vu l’ensemble du témoignage qu’elle a livré et la preuve générale versée au dossier. Conséquemment, le tribunal accorde une valeur probante importante à son témoignage.
[146] Il retient ainsi que la travailleuse doit, dans le cadre de ses fonctions, composer avec des charges statiques, des forces appliquées et des pressions mécaniques. Celles-ci agissent régulièrement en combinaison et sont présentes pendant de longues périodes de temps dans le cadre du travail de la travailleuse.
[147] Cette dernière a en effet expliqué au tribunal que lors d’un examen, elle doit obtenir plusieurs images et trouver celles les plus optimales. Une fois l’image identifiée, elle doit l’enregistrer et l’entrer à l’écran. Ces actions sont effectuées plusieurs fois durant un examen. Pour obtenir l’image, la travailleuse doit appliquer une pression presque continuelle avec la sonde durant l’examen. Elle doit la passer entre les cotes du patient pour trouver la partie du cœur désirée. Elle doit appliquer cette pression de façon constante pendant la recherche d’images.
[148] Le tribunal retient également que chez certains patients, la travailleuse doit appliquer une force plus importante avec la sonde pour réussir à obtenir une image optimale. Une fois l’image trouvée, elle doit continuer de maintenir la pression sans bouger pour pouvoir l’enregistrer. L’intensité de la force est plus grande chez certains patients, surtout ceux souffrant d’embonpoint.
[149] Certes l’employeur nie l’intensité de la force requise et la durée de cet effort au cours d’un examen. Il a produit une analyse du temps consacré par la travailleuse à la prise d’images avec la sonde pour démontrer que la sollicitation était minime, voire « insignifiante » comme son procureur l’a plaidé.
[150] Le tribunal est d’avis que l’employeur sous-estime les facteurs de risque associés à la fonction. Il ne fait pas de doute que la travailleuse est aux prises avec une lésion. Rien ne démontre que cette lésion fut contractée à l’extérieur de son travail. D’autre part, d’autres travailleurs de l’établissement éprouvent également des problèmes physiques divers en lien avec leur travail. L’employeur a proposé des correctifs dans l’exécution des tâches des technologues. Il a revu la méthode de travail de la travailleuse dont la condition médicale s’est améliorée à la suite de ces modifications.
[151] Par ailleurs, la position de l’employeur se concilie mal avec les nombreuses études portant sur le travail des technologues en échographie, lesquelles démontrent qu’une majorité de travailleurs de ce secteur d’activités sont aux prises avec une panoplie de symptômes à différents sites de leur anatomie.
[152] Du témoignage de la travailleuse, le tribunal retient par ailleurs que lors de l’examen, le membre supérieur n’est pas en appui de façon régulière. Un effort de soutien de l’épaule est donc nécessaire pour maintenir le membre supérieur dans sa position.
[153] Puisque la sonde doit demeurer très stable, en particulier durant l’enregistrement de l’image afin d’en obtenir une bonne qualité, le membre supérieur doit être stabilisé. Ceci nécessite une contraction des muscles de l’épaule gauche.
[154] Vu ces éléments, à l’instar du docteur du Tremblay, le tribunal conclut que la travailleuse déploie un effort qui entraîne inévitablement une fatigue musculaire absorbée par l’épaule, celle-ci ne bénéficiant d’aucun soutien réel durant le temps que dure l’échographie. L’effort musculaire déployé pour vaincre la résistance causée par la force de gravité engendrée par le poids de son bras tout en assurant en même temps une pression sur la sonde, laquelle varie selon l’échographie réalisée et la stature du patient, est susceptible d’entraîner la tendinite diagnostiquée.
[155] Cela est d’autant plus vrai puisque la durée de la contraction des muscles est tout de même assez longue et qu’ainsi, le temps de repos n’est pas suffisant pour permettre une récupération adéquate.
[156] Conséquemment, le tribunal est d’avis que la travailleuse subit des contraintes répétées sur les mêmes articulations, celles-ci étant particulièrement fréquentes pour l’épaule. En outre, bien que la travailleuse n’effectue pas son travail à une cadence imposée et qu’elle ne soit pas rémunérée à la pièce, il n’en reste pas moins qu’elle doit travailler à un bon rythme de façon à rencontrer les exigences de la tâche. À cet égard, le tribunal constate qu’elle effectue en moyenne aux environs de six examens par jour, lesquels sont d’une durée approximative de 45 minutes.
[157] Quant à l’épaule droite, le tribunal retient que la travailleuse doit maintenir son membre supérieur droit surélevé, sans aucun appui, pendant de longues portions de sa journée de travail pour traiter à l’écran les données recueillies lors des examens. À l’instar du docteur du Tremblay, le tribunal est d’avis que les amplitudes nécessaires à cette tâche sollicitent l’épaule droite de la travailleuse et qu’elle doit fournir une contraction soutenue pour maintenir son membre dans la position.
[158] La combinaison de tous ces facteurs de risque permet ainsi à la Commission des lésions professionnelles de conclure que la tendinite bilatérale de l’épaule de la travailleuse découle de son travail de technologue qu’elle exerce chez l’employeur.
[159] Le tribunal en est d’ailleurs d’autant plus convaincu puisque la travailleuse n’a pas d’antécédent personnel à ce site de lésion. Par ailleurs, rien au dossier ne permet d’affirmer que cette lésion serait survenue en dehors du travail, à l’occasion d’activités personnelles.
[160] Ces différents éléments ont d’ailleurs été pris en compte dans d’autres décisions de la Commission des lésions professionnelles portant sur l’admissibilité de différentes lésions aux poignets, aux coudes et aux épaules[11].
[161] De l’avis de la Commission des lésions professionnelles, l’ensemble de tous ces éléments va de pair avec les études réalisées, la littérature déposée et le témoignage du docteur du Tremblay lequel affirme que la lésion dont est porteuse la travailleuse est reliée à son travail.
PAR CES MOTIFS, LA COMMISSION DES LÉSIONS PROFESSIONNELLES :
ACCUEILLE la requête de madame Rebecca Lynn-Bucknell, la travailleuse;
INFIRME la décision de la Commission de la santé et de la sécurité du travail rendue le 12 juillet 2011, à la suite d’une révision administrative;
DÉCLARE que la travailleuse a subi une lésion professionnelle le 3 janvier 2011;
DÉCLARE que la travailleuse a droit aux prestations prévues par la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles au regard de cette lésion.
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René Napert |
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Me Annie Gilbert |
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POUDRIER BRADET, AVOCATS |
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Représentante de la partie requérante |
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Me Michel Héroux |
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FASKEN MARTINEAU DUMOULIN, AVOCATS |
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Représentant de la partie intéressée |
[1] L.R.Q. c. A-3.001.
[2] Michel J. GAUTHIER, « Les troubles musculosquelettiques : piste vers un lien de causalité », Le médecin du Québec, vol. 41, no 4, 2006, 93; NATIONAL INSTITUTE FOR OCCUPATIONAL SAFETY AND HEALTH, Preventing Work-Related Musculoskeletal Disorders in Sonography, coll. « Workplace Solutions », Cincinnati, Ohio, NIOSH, 2006; A. RUSSO et al.,« The Prevalence of Musculoskeletal Symptoms among British Columbia Sonographers », (2002) 33 Applied Ergonomics, pp. 385-393; Tom R. NORRIS, Orthopaedic Knowledge Update : Shoulder and Elbow,2e éd., Rosemont (Illinois), American Academy of Orthopaedic Surgeons, 2002, pp. 145-151; Marylou MUIR et al., « The Nature, Cause, and Extent of Occupational Musculoskeletal Injuries among Sonographers : Recommendations for Treatment and Prevention », (2004) 20 Journal of Diagnostic Medical Sonography, pp. 317-325; T.E. BERNARD, « Static Work », (2006).
[3] Il s’agit de celle de NIOSH.
[4] Voir note 2.
[5] Voir note 2.
[6] Voir l’article de Russo et als.
[7] Voir note 2.
[8] Voir page 6 du rapport du docteur Lacasse.
[9] Bucknell et Institut Universitaire Cardio. Et Pneumo. Québec, C.L.P. 444024-31-1107, 8 mai 2013, R. Napert.
[10] Les Industries de moulage Polytech inc. et Pouliot, C.L.P. 144010-62B-0008, 20 novembre 2001, N. Blanchard; Bouchard et Ministère de la Justice, (2006) C.L.P. 913.
[11] Voir les affaires Gaudreau et Hôtel-Dieu de Lévis, [2009] QCCLP 7095; Brisson et Centre hospitalier régional Lanaudière, C.L.P. 86340-63-9702, 22 septembre 1998, R. Jolicoeur; April et Centre hospitalier régional de l’Outaouais et CSST, C.L.P. 126842-07-9911, 31 janvier 2001, M. Langlois; Vachon et Hôpital Sacré-Coeur de Montréal, C.L.P. 182206-61-0201, 16 mai 2003; Turcotte et Centre hospitalier Anna Laberge, C.L.P. 221136-62-0311, 21 décembre 2005, S. Mathieu; Centre hospitalier Anna Laberge et Bouchard, C.L.P. 235817-62C-0406, 21 décembre 2005, S. Mathieu; Fergusson et Clinique de physiothérapie Beauport, 2008 QCCLP 812; Bélanger et Alimentation André Lalande 2000, 2010 QCCLP 3290; G. Morin;
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