LA COMMISSION D'APPEL EN MATIERE DE LÉSIONS PROFESSIONNELLES QUÉBEC MONTRÉAL, le 28 mars 1990 DISTRICT D'APPEL DEVANT LA COMMISSAIRE : Micheline DE MONTRÉAL Paquin ASSISTÉE DE L'ASSESSEUR : Pierre Phénix, médecin RÉGION: ABITIBI/ TÉMISCAMINGUE DOSSIER: 05237-08-8711 DOSSIER CSST: 9502 618 AUDITION TENUE LE : 26 octobre 1989 DOSSIER B.R. : 60057058 A : La Sarre MONSIEUR YVON BÉLANGER 411, est, 2e Rue La Sarre (Québec) J9Z 2J2 PARTIE APPELANTE et PROPANE LASARRE INC.a/s Monsieur Jean-Pierre Frigon 166, est, 9e Avenue La Sarre (Québec) J9Z 2L2 PARTIE INTÉRESSÉE 05237-08-8711 2 D É C I S I O N Le 3 novembre 1987, monsieur Yvon Bélanger (le travailleur) en appelle d'une décision rendue par le bureau de révision de l'Abitibi-Témiscamingue le 18 septembre 1987.
Cette décision majoritaire confirme la décision rendue le 9 mars 1987 par la Commission de la santé et de la sécurité du travail (la Commission) refusant la réclamation du travailleur "puisque les lésions que vous avez subies ne sont pas reliées à l'événement".
La compagnie Propane Lasarre Inc. (l'employeur), bien que dûment convoquée, n'était pas représentée à l'audition de l'appel du travailleur.
OBJET DE L'APPEL Le travailleur demande à la Commission d'appel en matiere de lésions professionnelles (la Commission d'appel) d'infirmer la décision rendue par le bureau de révision et de déclarer que, le 8 mars 1986, il a été victime d'une lésion professionnelle.
05237-08-8711 3 Le travailleur, maintenant âgé de 65 ans, était à l'emploi de la compagnie Propane Lasarre Inc.
(l'employeur) pour laquelle il réparait, installait et livrait des cylindres de gaz propane. Il effectue ce travail depuis plus de quarante ans.
Le 8 mars 1986, le travailleur s'est enlisé dans la neige sur une route éloignée. Il a dû utiliser un "tuyau de poêle" pour pelleter sous son camion et le sortir de la neige. Après une heure de travail, il a commencé à ressentir des douleurs à l'estomac et au bras gauche. Il a dû arrêter et se reprendre plusieurs fois avant de réussir à sortir son camion de la neige.
Par la suite, il s'est rendu livrer les cylindres de gaz propane. Il devait cesser fréquemment son travail, après avoir déchargé de 3 a 5 cylindres, d'un poids variant entre 170 et 180 livres. Il affirme qu'il manquait d'air, avait de la difficulté à respirer et ressentait des douleurs.au bas du sternum en déchargeant les cylindres de gaz propane.
Il croyait alors faire une grosse indigestion et il avait une douleur et des engourdissements au bras 05237-08-8711 4 gauche. Il a pris beaucoup plus de temps qu'à l'habitude à décharger les cylindres pleins et à recharger les vides.
Il est retourné à son domicile, s'est couché et a dû rester couché le lendemain parce que les douleurs n'avaient pas cessé.
Le travailleur déclare n'avoir jamais ressenti auparavant des douleurs de même nature et n'avoir jamais eu de problèmes de santé si ce n'est qu'il se sentait occasionnellement fatigué. De plus, 1e travailleur affirme que depuis qu'il travaille, il n'a jamais fourni d'effort comme celui qu'il a dû fournir pour sortir son camion de la neige.
Le travailleur déclare que son travail est exigeant.
En effet, un camion peut contenir 31 cylindres de gaz propane pesant chacun environ 175 livres et il lui arrive fréquemment de livrer la même journée deux camions pleins.
Le 10 mars 1986, le travailleur consulte son médecin de famille, le docteur Beauchamp, qui l'hospitalise 05237-08-8711 5 du 11 au 13 mars. Un extrait des notes d'hospitalisation se lit comme suit: "Il s'agit d'un patient de 61 ans vu au bureau le 10 mars en raison d'un malaise épigastrique vague, irradiant vers le thorax, sans nausée, sans vomissement; douleur différente d'un brûlement d'estomac. Douleur pire depuis une semaine alors que le patient a eu un excès de travail." L'électrocardiogramme fait le 11 mars au matin démontrait la présence d'un infarctus antérieur d'âge indéterminé. Les enzymes cardiaques étaient normaux.
(...) Le travailleur est hospitalisé du 2 au 6 avril 1986 à l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal pour une coronarographie. Le docteur Jean-Paul Ferron rédige un sommaire de cas dans lequel on peut lire ce qui suit: "MALADIE ACTUELLE: Le patient était auparavant en bonne santé, jusqu'à il y a 5-6 mois où le patient a présenté une dyspnée paroxystique nocturne à fréquence de 0 à 3 fois par semaine, en général vers 4 heures du matin. Il y a deux mois, le patient a présenté des serrements au niveau du cou, à l'effort, à fréquence 2-3 fois par semaine. Les 8 et 9 mars, le patient a fait un travail manuel intense et a présenté 4-5 épisodes d'une durée d'environ 5 minutes, soulagés par le repos. Au cours de ces épisodes, on avait une dyspnée importante, une céphalée avec asthénie, des nausées sans vomissement, une douleur à l'épaule gauche avec engourdissements des mains. Le patient ne présente habituel le- ment pas de dyspnée; il n'a pas eu de 05237-08-8711 6 serrement rétro-sternal; pas de diaphorèse, pas de palpitation, pas d'orthopnée, pas d'oedème, pas de claudication inter- mittente.
Du 11 au 13 mars, le patient a été hospitalisé au Centre Hospitalier St- François d'Assise à Lasarre. Il a eu un électro-cardiogramme qui était normal. Il a été aux Soins intensifs 24 heures. Il n'a pas présenté de douleur ni d'arythmie.
Le 18 mars, le patient a passé un épreuve à l'effort qui a été positive avec sous- décalage de 2mm de V2 à V6 avec dyspnée et douleur rétro-sternale.
Le patient présente les facteurs de risque suivants par rapport aux maladies athérosclérotiques: Il n'a pas d'hyper- tension, pas de diabète et il a déjà fumé mais ne fume plus présentement. Pas d'antécédent familial, pas d'hyper- cholestérolémie.
(...) Au niveau des laboratoires, (...) Triglycérides normales. Cholestérol normal. (...) A la coronarographie, on a vu une sténose à 70% de la droite proximale et une sténose non significative à 40-50%, inter-ventriculaire antérieure. A l'électro-cardiogramme, on a vu une bradycardie sinusale à 58 par minute et une légère diminution de la conduction droite. Le rayon-X des poumons était normal.
ÉVOLUTION: Au repos et avec les médicaments, le patient ne présente aucune symptomatologie et est en bon état général.
DIAGNOSTIC FINAL: Maladie cardiaque athérosclérotique.
DIAGNOSTIC ASSOCIÉ: Angine d'effort I/IV." 05237-08-8711 7 Le 13 août 1986, le docteur Réal Lebeau, cardiologue, voit le travailleur à la demande du docteur Beauchamp et arrive aux conclusions suivantes: "HABITUDES DE VIE Gérant dans un commerce de gaz propane, travail physiquement dur et stressant.
(...) MALADIE ACTUELLE Patient qui a été évalué par le Docteur Nadeau en mai 86. Depuis le 10 mars, il a présenté un syndrome angineux. En avril 86, il a eu une coronarographie et on lui a prescrit Isordil et Cardizem. Depuis cette médication, il présente des angines à l'effort léger à modéré ou à l'émotion, accompagnées d'une dyspnée légère, un épisode par semaine. Il est actuellement en convalescence et n'a pas repris son travail. Pas de douleur nocturne. Dyspnée d'effort 2/4.
(...) ÉLECTROCARDIOGRAMME (...) Conclusion: transition précoce. Variante de la norme probable. Pas de changement comparativement au 07-05-86 IMPRESSION Maladie cardiaque athérosclérotique stable avec la médication actuelle, classe II/IV.
Nous suggérons un retour à un travail léger. Si malgré la médication actuelle, il présentait de l'angine à son travail léger, on pourrait tenter d'augmenter la médication Cardizem 60 qid et s'il n'était pas suffisament amélioré d'effectuer une dilatation. Nous avons suggéré au patient de s'orienter plutôt vers un travail mi- sédentaire et vous pourriez contrôler une épreuve d'effort avec la thérapie pour évaluer la tolérance à l'effort." (sic) 05237-08-8711 8 Le 29 août 1986, le travailleur ressentant des douleurs et des engourdissements de l'épaule à la main gauche ainsi que des douleurs thoraciques, se rend à l'urgence du Centre Hospitalier St-François d'Assise. On lui fait passer un électrocardiogramme qui révèle ce qui suit: "Anomalies de la phase terminale et anomalies ... mais pas de signes d'infarctus vraiment net." (sic) Un deuxième électrocardiogramme passé le même jour s'avère normal.
Le 7 octobre 1986, le travailleur consulte le docteur Yves Choquet, cardiologue qui écrit ce qui suit: "Patient de 62 ans qui a fait un infarctus en mars 86. Pas d'histoire de diabète ou d'hypertension. Ne fume pas.
Traitement: Cardizem q.i.d. Isordil 30 q.i.d.
A eu une coronarographie à Sacré-Coeur qui a montré 40% sur I.V.A. une circonflexe normale et 70% sur une coronaire droite.
Une épreuve d'effort négative. De plus il présente un syndrome angineux grade I/IV cliniquement, pas d'insuffisance cardiaque, pas de claudication.
Examen cardio-vasculaire sans particula- rité. Tension artérielle 150/85 au niveau du membre supérieur droit.
ECG on voit la possibilité d'hypertrophie gauche.
05237-08-8711 9 IMPRESSION CLINIQUE: Bonne évolution. Angor bien contrôlé.
Nous suggérons éventuellement à Rouyn une épreuve d'effort sous traitement pour évaluer sa tolérance à l'effort.
Le patient pourra peut-être être revu dans un an sur votre demande.
A noter que ce patient a perdu déjà plus de 20 livres et qu'il suit une diète très sévère qui pourrait éventuellement être un peu plus libre.
Ce patient pourra, par la suite, reprendre un travail léger." (sic) Le 10 octobre 1986, le travailleur produit une réclamation à la Commission.
Le test d'épreuve à l'effort, passé le 18 novembre 1986, révèle ce qui suit: "(...) 4- On note un sous-décalage du segment ST en antéro-latéral et inférieur, mais celui-ci est concave vers le bas et ne constitue pas un critère d'épreuve d'effort positive.
5- Épreuve d'effort douteuse électriquement et négative cliniquement." Le 2 février 1987, le travailleur voit le docteur Gilles Lapointe, cardiologue, à la demande de la 05237-08-8711 10 Commission. Dans son rapport, il mentionne ce qui suit: "(...) (...) Il a fumé un paquet et demi de cigarettes par jour pendant 10 ans. Le tout étant cessé depuis 4 - 5 ans (...) Suite à 1'électrocardiogramme, on décide d'hospitaliser le malade jusqu'au 13 mars 1986.
(...) Dans les documents que nous avons, on parle d'infarctus du myocarde mais cela est peu probable, les enzymes étant demeurées normales et dans le rapport du docteur Ferron de l'Hôpital du Sacré-Coeur, lorsque ce dernier fait référence aux électro- cardiogrammes du 11 au 13 mars, il les considère comme étant normaux.
Le 18 mars, le malade se rend à Rouyn pour passer une épreuve d'effort et ce dernier nous mentionne qu'il a présenté à ce moment-là un essoufflement et un léger malaise thoracique. Par la suite, le malade subit un complément d'investigation à l'Hôpital du Sacré-Coeur à Montréal soit une coronarographie et une ventriculogra- phie.
La ventriculographie est jugée strictement normale ce qui laisse peu de possibilités pour un infarctus. Au niveau des coronai- res, on note des lésions de 70% au niveau de la coronaire droite et de 50% au niveau de la descendante antérieure.
Une autre épreuve d'effort est réalisée en novembre 1986 et elle s'avère cliniquement négative sous médication.
(...) 05237-08-8711 11 Discussion: lorsqu'il a effectué le déblaiement de son camion qui avait pris le côté de la route, le malade n'a ressenti aucune douleur thoracique. C'est lors de l'accomplissement de sa tâche habituelle, soit de décharger des bombonnes de 175 livres qu'il a présenté des douleurs thoraciques de courte durée, la plus longue ayant duré au maximum 5 minutes. Ces douleurs sont à notre avis des douleurs angineuses. Il ne semble pas que le malade ait présenté un infarctus du myocarde. Les enzymes ne se sont pas élevées. Les électrocardiogrammes de l'époque sont considérés comme normaux par les médecins de l'Hôpital du Sacré-Coeur à Montréal.
La ventriculographie ne montre aucune altération de la fonction ventriculaire laissant suspecter la présence d'un infarctus significatif ancien.
En raison de sa maladie coronarienne, le malade n'est pas en mesure actuellement et ne sera pas en mesure plus tard d'accomplir le travail qu'il faisait antérieurement, ce dernier exigeant des efforts physiques importants. Toutefois, ce malade n'est pas pour autant invalide, pouvant s'adonner à divers autres travaux légers demandant moins d'efforts physiques.
Les efforts qu'il a faits lors de son travail ont été l'occasion de révéler la présence d'une maladie artériosclérotique des coronaires laquelle maladie était présente plusieurs mois voire plusieurs années auparavant.
En effet, la maladie artériosclérotique est un phénomène progressif souvent sur de longues périodes de temps, qui à un certain moment donné on arrive à un point où elle manifeste ses symptômes par des douleurs survenant à l'effort. Comme nous le disions, les efforts faits au cours de son travail ont révélé au malade la présence d'une maladie coronarienne déjà existante mais ces efforts-là ne sont pas respon- sables et ne sont pas la cause de la maladie. Les efforts en question n'ont entraîné aucun dommage chez le malade, ce dernier n'ayant pas présenté d'infarctus du myocarde.
05237-08-8711 12 En conclusion: il n'y a pas de rapport entre l'artériosclérose coronarienne dont souffre monsieur Bélanger et l'accomplis- sement de son travail le 8 mars 1986. Nous sommes d'accord que ce malade ne peut s'adonner au travail qu'il faisait anté- rieurement en raison des efforts physiques que ce dernier exige et en raison du stade auquel la maladie artériosclérotique a évolué au fil des années. Il peut toute- fois s'adonner à des travaux plus légers ne demandant pas d'efforts physiques importants et soutenus. La problématique demeure malheureusement entière quant à la disponibilité de ce genre d'emploi pour un homme de 62 ans." (sic) Le 9 mars 1987, la Commission rend une décision refusant la réclamation du travailleur. Cette décision est maintenue par le bureau de révision et le travailleur en appelle devant la Commission d'appel de la décision du bureau de révision.
Le 23 juin 1987, le docteur Roch Banville, produit à la demande du représentant du travailleur, une expertise dans laquelle on peut lire ce qui suit: "Le Dr Beauchamp, devant ce tableau d'angor pectoris, à la suite d'un effort physique aussi important chez un homme de 62 ans, soupçonna cliniquement un infarctus et, très sagement, décidait d'hospitaliser Monsieur Bélanger. L'interprétation de l'électromyogramme alors soulevait l'hypothèse d'un infarctus que des examens subséquents ont infirmé. Nous ne croyons pas que ce soit ici le motif du litige.
Qu'il y ait eu immédiatement après cet événement et les jours suivants une souffrance myocardique par ischémie 05237-08-8711 13 partielle temporaire, ceci est indéniable (infarctus ou pas).
Que cette souffrance myocardique temporaire soit à la génèse du status "d'angor pectoris de novo", ceci est encore indé- niable. La relation de cause à effet est patente. De plus, nous croyons que cette souffrance myocardique d'origine ischémi- que (sans infarctus prouvé) sur une très longue période d'efforts physiques, c'est- à-dire 12 à 14 heures, avec une symptoma- tologie classique qui n'est niée nulle part dans le dossier, est responsable du "status d'angor pectoris" dont souffre actuellement Monsieur Bélanger et ce par les lésions intimes du parachyme myocardique et l'action psychosomatique secondaire." (sic) Le 25 mars 1988, le docteur Réal Lebeau, cardiologue, qui avait déjà évalué le travailleur le 13 août 1986, se prononce comme suit sur la relation entre l'événement du 8 mars 1986 et la maladie du travail- leur, et ce, à la demande du procureur du travail- leur: "Il s'agit d'un patient de 62 ans qui a présenté le 8 mars 1986, suite à des efforts importants pour déblayer son camion de la neige, des malaises rétro-sternaux et de la dyspnée. Il fut hospitalisé le 09-03-86 pour une évaluation cardiaque.
Le bilan a démontré le 18-03-86 une épreuve d'effort cliniquement et électriquement positive et coronarographie le 04-04-86 conclue à une maladie significative de la coronaire droite et légère de l'inter- ventriculaire antérieure (maladie de deux vaisseaux). Le patient a été mis sous traitement médical et une épreuve d'effort le 18-11-86 est douteuse électriquement.
Il est évident que la maladie coronarienne était pré-existante chez ce 05237-08-8711 14 patient et que l'effort nettement excessif qu'il a fait le 8 mars 86 a mis en évidence de façon plus précoce et aiguë une maladie qui était silencieuse. s'il n'y avait pas eu cet effort important nous croyons que le patient aurait pu fonctionner plusieurs années sans être handicapé par cette maladie qui est devenue symptômatique suite à cet événement. Il est reconnu que des événements exigeant des efforts subits ou des stress ou émotions intenses peuvent amener des manifestations hémodynamiques, hématologiques pouvant provoquer des symptômes cardio-vasculaires chez des patients n'ayant qu'une maladie coronarienne limite.
En conclusion, je crois que l'incident du 8 mars 1986 a un lien direct avec l'état d'incapacité partielle que subit notre patient actuellement." (sic) Interrogé sur les mentions que l'on retrouve dans le rapport du 13 mars 1986 du docteur Beauchamp et celui du docteur Ferron, à l'effet qu'il aurait ressenti des douleurs similaires à celles du 8 mars 1986 avant cette date, le travailleur répond ne pas se souvenir d'avoir fait ces mentions à ces médecins.
Madame Cora Bélanger témoigne à la demande du travailleur. Elle est l'épouse de ce dernier depuis quarante ans et déclare qu'avant le 8 mars 1986, son mari était en très bonne santé et était fatigué à l'occasion parce qu'il travaillait fort. Elle ajoute qu'il ne s'est jamais plaint de douleurs ni d'engourdissements. Elle précise qu'avant le 8 mars 05237-08-8711 15 1986, son mari souffrait d'insomnie parce qu'il avait alors des brûlements d'estomac qui étaient soulagés par la prise de Maalox qui lui permettait de se rendormir.
ARGUMENTATION DE LA PARTIE APPELANTE Le travailleur soumet que les faits sont clairs et non contestés. Il souligne que le 8 mars 1986, il a fait un effort inhabituel, plus exigeant que ceux nécessités par son travail normal et que les symptômes de la maladie se sont révélés dès l'effort.
De plus, le lendemain de l'événement, un médecin a posé le diagnostic d'infarctus ou de maladie athérosclérotique.
Le travailleur soumet qu'il travaillait fort, qu'il n'avait pas d'antécédents, qu'il souffrait d'insomnie et de problèmes de digestion soulagés par une médication. De plus, il y a sûrement eu mauvaise interprétation de ses propos par le docteur Beauchamp le 13 mars 1986 parce qu'il avait seulement un surplus de fatigue.
Le travailleur souligne que le docteur Beauchamp a mentionné un infarctus ancien, que le docteur Choquet 05237-08-8711 16 parle d'un infarctus en mars 1986 et que tous les autres médecins parlent d'athérosclérose. De plus, les docteurs Ferron et Lebeau posent le même diagnostic mais ne discutent pas de la relation entre le diagnostic et l'événement survenu le 8 mars 1986.
Dans le rapport du docteur Lapointe, le travailleur souligne une contradiction dans les faits puisque ses douleurs sont apparues en pelletant et non en déchargeant mais soumet que ce médecin précise que sa maladie coronarienne s'est révélée à l'effort.
De plus, en mars 1988, le docteur Lebeau, cardiologue traitant, maintient le diagnostic de maladie coronarienne et établit une relation avec l'événement du 8 mars 1986.
MOTIFS DE LA DÉCISION La Commission d'appel doit décider si, le 8 mars 1986, le travailleur a subi une lésion professionnelle.
L'article 2 de la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles [L.R.Q., c. A-3.001] définit comme suit la lésion professionnelle: «lésion professionnelle»: une blessure 05237-08-8711 17 ou une maladie qui survient par le fait ou à l'occasion d'un accident du travail, ou une maladie professionnelle, y compris la récidive, la rechute ou l'aggravation; Quant à l'accident du travail, il est défini comme suit à ce même article 2: «accident du travail»: un événement imprévu et soudain attribuable à toute cause, survenant à une personne par le fait ou à l'occasion de son travail et qui entraîne pour elle une lésion professionnelle; La Commission d'appel retient tout d'abord que, le 8 mars 1986, le travailleur s'est retrouvé dans une situation tout à fait anormale et inhabituelle puisqu'il a dû fournir un effort très exigeant pour déloger son camion enlisé dans la neige et ce, à l'aide d'un bout de tuyau de poêle. De plus, le travailleur a dû s'installer sous le camion pour enlever la neige ce qui a rendu la manoeuvre encore plus difficile. La Commission d'appel considère que le 8 mars 1986, la situation exceptionnelle dans laquelle le travailleur s'est retrouvé constitue un événement imprévu et soudain survenu à l'occasion du travail.
05237-08-8711 18 Par ailleurs, cet événement a-t-il rendu symptomatique la maladie cardiaque athérosclérotique dont était porteur le travailleur? La Commission d'appel retient que le travailleur a commencé à ressentir des douleurs à l'estomac et au bras gauche pendant qu'il était à déneiger son camion, qu'il s'est arrêté pour se reposer et s'est repris plusieurs fois pour enfin réussir à déloger son camion. Il a par la suite continué son travail et a déchargé les bonbonnes de gaz propane mais beaucoup plus lentement qu'à l'habitude parce qu'il se sentait moins bien, qu'il avait de la difficulté à respirer, des douleurs au bas du sternum et des engourdissements ainsi que des douleurs au bras gauche.
La Commission d'appel retient de plus que le travailleur est retourné à son domicile se coucher et qu'il est resté au lit le lendemain, en raison de la persistance des douleurs. De plus, le 10 mars 1986, il s'est présenté à l'urgence en raison de ses symptômes.
La Commission d'appel retient de la preuve l'opinion du cardiologue traitant, le docteur Réal Lebeau, que 05237-08-8711 19 l'effort fourni au travail le 8 mars 1986 a rendu symptomatique une condition personnel le préexistante, soit une maladie cardiaque athérosclérotique classe II/IV, diagnostic posé le 13 août 1986. Ce diagnostic avait déjà été posé, par le docteur Ferron, lors d'une hospitalisation pour investigation en avril 1986, sans que ce dernier se prononce à ce moment sur l'existence d'un lien avec l'événement survenu le 8 mars 1986.
La Commission d'appel ne peut retenir l'opinion du docteur Lapointe parce qu'elle est d'abord et avant tout basée sur le fait que le travailleur n'aurait ressenti aucune douleur thoracique lorsqu'il a désenlisé son camion, ce qui est contraire à la preuve retenue par la Commission d'appel. De plus, le docteur Lapointe retient que les douleurs thoraciques sont apparues "lors de l'accomplissement de sa tâche habituelle, soit de décharger des bombonnes de 175 livres (...)" ce qui est aussi contraire à la preuve retenue par la Commission d'appel. Ces faits étant des éléments essentiels pour émettre une opinion dans la présente affaire, la Commission d'appel ne peut qu'écarter l'opinion du docteur Lapointe.
05237-08-8711 20 De plus, la Commission d'appel retient, qu'avant le 8 mars 1986, le travailleur n'avait pas ressenti des douleurs semblables et n'avait pas d'antécédents particuliers et ce, malgré le fait que son travail ait été très exigeant en terme d'efforts physiques.
La preuve est à l'effet que le travailleur n'a pas subi d'infarctus du myocarde mais que le fait accidentel survenu le 8 mars 1986 a fait apparaître "de novo" un syndrome angineux qui a persisté par la suite.
La Commission d'appel retient l'opinion du docteur Lebeau à l'effet que des efforts subits ou des stress intenses peuvent amener des manifestations hémodynamiques, pouvant provoquer des symptômes cardio-vasculaires chez des patients n'ayant qu'une légère maladie coronarienne et qui auraient pu fonctionner plusieurs années sans être handicapés par cette maladie, si les événements stressants ne s'étaient pas produits.
De tout ce qui précède, la Commission d'appel en vient à la conclusion que la preuve crédible et vraisemblable lui permet d'établir que le fait accidentel survenu le 8 mars 1996 a rendu 05237-08-8711 21 symptomatique la condition personnelle dont était porteur le travailleur, soit une maladie cardiaque athérosclérotique et qu'en ce sens, il constitue un accident du travail.
Par conséquent, la Commission d'appel conclut que, le 8 mars 1986, le travailleur a été victime d'une lésion professionnelle soit une maladie découlant d'un accident du travail.
POUR CES MOTIFS, LA COMMISSION D'APPEL EN MATIERE DE LÉSIONS PROFESSIONNELLES ACCUEILLE l'appel de monsieur Yvon Bélanger; INFIRME la décision rendue le 19 septembre 1987 par le bureau de révision de la région de l'Abitibi- Témiscamingue; DÉCLARE que le 8 mars 1986, monsieur Yvon Bélanger a été victime d'une lésion professionnelle; 05237-08-8711 22 ORDONNE à la Commission de la santé et de la sécurité du travail de verser à monsieur Yvon Bélanger les prestations prévues à la loi.
Micheline Paquin, Commissaire Bureau d'aide juridique de Lasarre a/s Me Claude St-Pierre 360, rue Principale Lasarre (Québec) J9Z 1Z5 Représentant de la partie appelante
AVIS :
Le lecteur doit s'assurer que les décisions consultées sont finales et sans appel; la consultation du plumitif s'avère une précaution utile.