COMMISSION D'APPEL EN MATIERE DE LESIONS PROFESSIONNELLES QUEBEC MONTREAL, le 17 janvier 1991 DISTRICT D'APPEL DE MONTRÉAL REGION: ESTRIE DEVANT LE COMMISSAIRE: Micheline Paquin ASSISTÉE DES ASSESSEURS: Pierre Séguin, médecin Le The Chuyet, ingénieur DOSSIER: 00788-05-8608 AUDITION TENUE LES: 25 et 26 octobre 1988 DOSSIER CSST: 5902 183 NOTES ET AUTORITÉS PRODUITES LE : 3 février 1989 A : Montréal SUCCESSION CLÉMENT GUILLEMETTE 226, boul. Simoneau Asbestos (Québec) J1T 3H2 PARTIE APPELANTE et J.M. ASBESTOS INC.Casier postal 1500 Asbestos (Québec) J1T 3N2 PARTIE INTERESSEE DOSSIER: 02464-05-8703 J.M. ASBESTOS INC.
DOSSIER CSST: 5902 183 Casier postal 1500 Asbestos (Québec) J1T 3N2 PARTIE APPELANTE et MADAME LILIANE BOISVERT GUILLEMETTE (SUCCESSION CLÉMENT GUILLEMETTE) 226, boul. Simoneau Asbestos (Québec) J1T 3H2 PARTIE INTERESSEE D E C I S I O N Dans le dossier 00788-05-8608, le 19 août 1986, la succession de monsieur Clément Guillemette (le travailleur) en appelle d'une décision rendue par la Commission de la santé et de la sécurité du travail (la Commission), le 22 juillet 1986, à la suite de l'avis du comité spécial formé en vertu de l'article 231 de la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles (L.R.Q., c. A-3.001).
La décision de la Commission est "qu'il n'y avait pas de relation directe entre votre exposition au travail et votre condition pulmonaire actuelle".
Dans le dossier 02464-05-8703, le 13 mars 1987, la compagnie J.M.
Asbestos Inc. (l'employeur) en appelle d'une décision rendue par la Commission, le 5 février 1987, à la suite de l'avis du comité spécial.
Cette décision de la Commission accepte la réclamation de madame Liliane Boisvert Guillemette (la bénéficiaire) et reconnaît "qu'il y avait relation entre l'histoire occupationnelle de votre mari et son décès survenu le 3 août 1986".
OBJET DES APPELS Dans le premier appel, le travailleur demande à la Commission d'appel en matière de lésions professionnelles (la Commission d'appel) d'infirmer la décision de la Commission du 22 juillet 1986 et de déclarer qu'il y avait une relation directe entre son exposition au travail et sa condition pulmonaire.
Dans le deuxième appel, l'employeur demande à la Commission d'appel d'infirmer la décision de la Commission du 5 février 1987 et de déclarer que le décès du travailleur n'est pas dû à une maladie professionnelle pulmonaire.
LES FAITS Le travailleur a été à l'emploi de la compagnie J.M. Asbestos du 5 septembre 1946 jusqu'au 1er août 1986.
Le 20 octobre 1985, le travailleur est hospitalisé et à cette occasion, on pose un diagnostic d'épithélioma épidermoïde du poumon avec envahissement du péricarde et de l'oreillette droite par extension directe.
De plus, on indique que le travailleur présente une tachy- arythmie supra-ventriculaire secondaire à l'irritation péricardique et une maladie pulmonaire obstructive chronique.
Le 5 décembre 1985, le docteur Boileau complète une attestation médicale qui se lit comme suit: "Exposition à l'amiante et épithélioma épidermoïde bronchogénique. Patient à faire évaluer par le Comité de Maladies Respiratoires Professionnelles de la C.S.S.T." Dans le cadre d'une consultation médicale en date du 12 décembre 1985, on peut lire à l'histoire de cas, que le travailleur a fumé 1 à 1½ paquet de cigarettes par jour durant 24 ans et qu'il a cessé de fumer depuis sept ans.
Le 14 janvier 1986, le travailleur complète une réclamation dans laquelle il demande à la Commission de reconnaître qu'il est atteint d'une maladie professionnelle pulmonaire.
Le 10 mars 1986, le travailleur complète un formulaire dans lequel il décrit ses expériences de travail. Il indique qu'il a chargé les sacs d'amiante dans les wagons de septembre 1946 jusqu'en 1957, qu'il a été opérateur de foreuse rotative dans la mine souterraine de 1957 à 1959 et qu'il a été opérateur de machinerie lourde dans la mine à ciel ouvert de 1959 au 12 octobre 1985.
Le 23 avril 1986, le docteur Serge Massé, pathologiste, produit à la demande de la Commission, l'expertise pathologique suivante: "En résumé, il s'agit d'un homme de 61 ans ayant travaillé dans l'industrie de l'amiante pour plus de 35 ans. En octobre 1985, il est investigué à l'Hôtel-Dieu de Sherbrooke pour un nodule pulmonaire du lobe inférieur droit. On pratique une biopsie par bronchoscopie qui montre une néoplasie maligne. La médiastinoscopie est négative. L'on procède alors à une thoracotomie et on note un envahissement péricardique par contiguité. Le patient reçoit un traitement de radiothérapie. En janvier 1986, on note une diminution de l'état général que l'on attribue à une pneumonite post-radiothérapie.
Diagnostics pathologiques 1) Carcinome épidermoïde modérément à pauvrement différencié de la bronche lobaire inférieure droite.
2) Absence de tumeur au niveau des ganglions lymphatiques examinés.
3) Présence d'anthracose et de corps ferrugineux au niveau des ganglions lymphatiques.
Conclusion L'examen histologique de la biopsie bronchique confirme la présence d'un carcinome épidermoïde au niveau de la bronche lobaire inférieure droite. Par ailleurs, au niveau des ganglions lymphatiques examinés, on note la présence d'une quantité modérée de pigments anthracotiques ainsi que plusieurs petits amas de matériel ferrugineux avec morphologie polymorphe pouvant représenter des fragments d'un corps ferrugineux. Par ailleurs, sur l'un des ganglions, on retrouve un corps ferrugineux entier.
Aucun tissu pulmonaire n'est disponible pour évaluation." Le 20 mai 1986, le comité spécial des présidents composé des docteurs Serge Boucher, Gaston Ostiguy, Jean-Jacques Gauthier et Raymond Bégin, pneumologues, émet l'avis suivant: "A leur réunion du 16 mai 1986, les membres soussignés du Comité Spécial des présidents ont revu les rapports du docteur Serge Massé, en date du 23 avril 1986, ainsi que les données d'hospitalisation de Monsieur Guillemette du 11 novembre 1985. En bref, il s'agit d'un patient dont les radiographies de novembre 1985 ne démontrent pas d'image radiographique d'amiantose, mais qui présente un nodule pulmonaire suspect dont l'investigation a démontré qu'il s'agit d'un carcinome épidermoïde envahissant le péricarde et l'oreille droite avec extension directe et qui n'a pas permis d'intervention chirurgicale thérapeutique. Le patient n'a également pas eu de biopsie du poumon.
Compte tenu de l'histoire de tabagisme important (un paquet et demi durant vingt-quatre ans) d'une exposition à l'amiante moyenne (vingt ans dans la mine et moulin), le Comité des présidents ne reconnaît pas de relation directe entre l'exposition de ce travailleur et sa condition pulmonaire actuelle. Le comité recommande, d'une part, que l'histoire occupationnelle de la compagnie John Mansville soit amenée au dossier et que, d'autre part, le dossier soit réévalué lorsque du tissu pulmonaire sera obtenu pour histo-pathologie." (sic) Le 22 juillet 1986, la Commission rend une décision à la suite de l'avis du comité spécial des présidents à l'effet que "le Comité des présidents en est venu à la conclusion qu'il n'y avait pas de relation directe entre votre exposition au travail et votre condition pulmonaire actuelle". Le travailleur en appelle de cette décision.
Le travailleur est décédé le 3 août 1986.
Une autopsie est effectuée le 4 août 1986 et on peut lire les diagnostics anatomiques provisoires suivants au compte rendu d'autopsie des docteurs Luc Gagnon et Prometeo Madarnas, pathologistes: "Système respiratoire: . Carcinome lobe inférieur droit étendu (récidive) avec extension médiastinale à l'oreillette gauche et aux ganglions para-trachéaux.
. Fibrose pleurale droite, massive.
. Consolidation pulmonaire droite.
Autres: . Emphysème bulleux apical gauche.
. Plaques hyalines pleurales gauches.
. Adhérences péricardiques.
. Cicatrice ancienne ventriculaire postérieure gauche.
. Athéromatose systémique modérée." Le 15 août 1986, madame Lilianne Boisvert Guillemette (la bénéficiaire), conjointe du travailleur, complète une réclamation dans laquelle elle demande à la Commission de se prononcer sur la "relation causale suite au décès de monsieur Guillemette". Elle joint à cette réclamation le compte rendu d'autopsie provisoire.
Le 30 octobre 1986, le docteur Prometeo Madarnas, pathologiste, pose les diagnostics finals suivants: "Système respiratoire: 1 Carcinome épidermoïde lobe inférieur droit, étendu avec extension médiastinale avec invasion des oreillettes et des ganglions para-trachéaux.
2 Lymphangite carcinomateuse, poumon droit.
3 Consolidation pulmonaire droite tumorale et post- radiothérapie.
4 Bronchopneumonie aiguë, focale, poumon gauche.
5 Fibrose pleurale droite, massive.
Autres: 1 Emphysème bulleux apical gauche.
2 Plaques hyalines pleurales gauche et droite.
3 Adhérences péricardiques.
4 Fibrose focale du myocarde et cicatrice ancienne ventriculaire postérieure gauche.
5 Athéromatose systémique, modérée." De plus, il rédige un résumé clinico-pathologique final dans lequel on peut lire ce qui suit: "L'autopsie a été limitée aux organes thoraciques. A l'ouverture on constate des adhérences massives oblitérant la cavité pleurale droite causées par de la néoplasie ainsi que par les effets de radiothérapie.
En détachant le poumon droit, on observe la présence de plaques hyalines à l'intérieur de cette coque fibreuse.
La plupart du poumon droit étant extensivement remplacé par de la néoplasie, par des phénomènes de pneumonie obstructive et par la fibrose post-radiothérapie. La néoplasie s'étendait directement dans les structures du médiastin et envahissait la base du coeur, particulièrement les deux oreillettes. Les ganglions du médiastin étaient partiellement envahis par la néoplasie et il y avait une lymphangite carcinomateuse à l'intérieur du lobe supérieur et moyen droits.
L'examen du parenchyme pulmonaire éloigné de la néoplasie, et particulièrement du côté gauche, ne révèle pas de changement significatif. Des corps ferrugineux occasionnels ont été observés." Le 1er décembre 1986, le docteur Jacques Chénard, pathologiste, examine, à la demande de la Commission, les coupes histologiques d'une biopsie bronchique au niveau du lobe inférieur droit pratiquée chez le travailleur en 1985 ainsi que des prélèvements de ganglions médiastinaux effectués à la même époque et les lames histologiques de l'autopsie pratiquée en août 1986. Son rapport révèle ce qui suit: "La biopsie bronchique a démontré en 1985 la présence d'un carcicone épidermoïde du lobe inférieur droit.
Les ganglions médiastinaux examinés alors ne montrent pas de métastases. L'on retrouve dans ces ganglions médiastinaux de l'hémosidérose et une formation que je trouve entièrement compatible avec un corps d'amiante.
Monsieur Guillemette a eu une thoracotomie et fut trouvé inopérable à cause d'un envahissement médiastinal et de la base du coeur. Il fut soumis à un traitement radiothérapique.
L'autopsie a démontré l'existence de plaques pleurales et d'une pachypleurite scléreuse. Les prélèvements pulmonaires montrent un carcinome épidermoïde persistant et des changements pulmonaires consécutifs à la présence de la néoplasie et également de la radiothérapie. L'on retrouve dans les prélèvements pulmonaires quelques corps ferrugineux qui sont en partie non spécifiques mais dont quelques-uns montrent la morphologie caractéristique de corps d'amiante. Un des prélèvements pulmonaires effectués à distance de la tumeur montre une zone de fibrose pulmonaire sous- pleurale qui est à mon avis entièrement compatible avec un foyer de fibrose amiantosique. Il existe aussi quelques foyers de fibrose centro-acineuse mais avec une histoire de tabagisme comme présente ce patient je ne la trouve pas caractéristique pour une fibrose amiantosique.
En conclusion, je trouve chez monsieur Guillemette l'association d'un carcinome épidermoïde ayant provoqué le décès associé à des changements que je considère consécutifs à une exposition significative à l'amiante, soit les plaques pleurales et la présence de quelques corps d'amiante dans le parenchyme pulmonaire. Pour ce qui est de la fibrose amiantosique comme je le mentionne plus haut je n'ai trouvé qu'un foyer de fibrose sous-pleurale pouvant correspondre à un foyer de fibrose amiantosique." (sic) Le 22 janvier 1987, le comité spécial des présidents composé des docteurs Raymond Bégin, Jean-Jacques Gauthier et Gaston Ostiguy, pneumologues, émet l'avis qui suit: "A leur réunion du 22 janvier 1987, les membres soussignés du Comité spécial des présidents ont revu le rapport d'autopsie du docteur Prometeo Madarnas du C.H.U.S., en date du 30 octobre 1986, ainsi que le rapport complémentaire du docteur Jacques Chénard. Ce dernier rapport fait mention d'une fibrose amiantosique sous-pleurale.
Par conséquent, le Comité des présidents reconnaît une relation entre l'histoire occupationnelle de ce patient et son décès." Le 5 février 1987, la Commission rend une décision à la suite de l'avis du comité spécial des présidents et reconnaît qu'il y a une relation entre l'histoire occupationnelle du mari de la bénéficiaire et son décès. L'employeur en appelle de cette décision.
Le 16 février 1987, le docteur Raymond Bégin, pneumologue, écrit ce qui suit en réponse à une demande formulée par monsieur Rodrigue Chartier, président du Syndicat National de l'Amiante d'Asbestos: "J'ai revu le dossier que vous m'avez fourni et qui comprend entre autre l'évaluation par le Comité de Pneumoconiose en 1977, résumés d'hospitalisations et le détail des hospitalisations à l'Hôtel-Dieu de Sherbrooke par le Dr Yves Vézina, le rapport de pathologie et les rapports des Comités des Présidents.
En bref, il s'agit d'un cas qui ne présentait pas en novembre 1985, d'anomalie radiographique suggestive d'amiantose mais qui présentait un nodule pulmonaire suspect dont l'investigation a démontré qu'il s'agissait d'un carcinome épidermoïde envahissant le péricarde et l'oreillette droite et qui a ultérieurement amené le décès du réclamant.
Le Comité des Présidents avait alors demandé un examen complémentaire en pathologie qui a été fourni au dossier après examen par le Dr Jacques Chénard. Ce dernier conclut que l'autopsie a démontré la présence de plaques pleurales, une pachypleurite scléreuse, que les prélèvements pulmonaires démontrent un carcinome épidermoïde et une fibrose pulmonaire sous-pleurale.
Il s'agit donc d'un patient qui décède d'un carcinome pulmonaire qui a plusieurs plaques pleurales, une pachypleurite scléreuse et une "fibrose amiantosique".
Le Comité des Présidents n'avait pas d'autre choix que de reconnaître une relation entre le décès de M.
Clément Guillemette des suites d'un carcinome pulmonaire et son exposition professionnelle à l'amiante qui a été suffisante pour causer des plaques pleurales et une pachypleurite fibreuse, plusieurs corps d'amiante dans le parenchyme pulmonaire ainsi qu'un foyer de fibrose amiantosique sous-pleurale.
Les membres du Comité des Présidents par conséquent considèrent cette exposition comme suffisamment intense pour établir le lien entre l'exposition professionnelle de ce réclamant et son décès." Le 18 mars 1987, à la demande de l'employeur, le docteur René Lefebvre, pathologiste, procède à un examen des lames histologiques de prélèvements de poumons, de coeur et de ganglions lympathiques à la suite de l'autopsie pratiquée en août 1986. Il produit l'expertise médicale qui suit: "Suite à votre demande j'ai examiné les lames histologiques de prélèvements de poumons, de coeur et de ganglions lymphatiques à la suite d'une autopsie partielle limitée à l'examen des organes thoraciques pratiquée sur le requérant en rubrique.
Dix-sept lames histologiques ont été reçues du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke. Ces lames portent le numéro A-134-86. Dans trois prélèvements de lobe inférieur du poumon droit, un carcinome épidermoïde kératinisant bien différencié infiltre le poumon. Dans deux autres prélèvements, le carcinome épidermoïde pulmonaire envahit le muscle cardiaque au niveau de l'oreillette droite.
Dans un prélèvement de poumon qui contient du carcinome, des ganglions lymphatiques péri-bronchiques contiennent de nombreux anciens granulomes fibro- caséeux entourés d'une coque fibreuse et correspondant à des vieux foyers de tuberculose ou d'histoplasmose.
Deux prélèvements de plèvre sont le siège d'une fibrose dense vraisemblablement secondaire à la radiothérapie du poumon droit. Une zone de fibrose pleurale présente l'aspect d'une plaque pleurale. De nombreux ganglions lymphatiques contiennent une abondance de pigment anthracosique et de cristaux biréfringents de silice.
Il n'y a pas de nodules silicotiques toutefois, dans ces ganglions lymphatiques.
Un prélèvement de coeur contient de petits foyers de fibrose interstitielle ischémique.
Un prélèvement de lobe inférieur du poumon droit en dehors du site de néoplasie est le siège de fibrose lâche et d'aspect récent, secondaire à la radiothérapie. Un infiltrat inflammatoire important accompagne cette fibrose. Aucun corps d'amiante n'a été identifié dans cette coupe.
Dans un prélèvement de lobe supérieur droit, une mince zone de fibrose périphérique superficielle est située sous une plèvre épaissie par une fibrose lâche, cellulaire, récente secondaire en toute vraisemblance à la radiothérapie. Dans ce prélèvement, il existe de petits manchons péri-bronchiolaires de pigment anthracosique et de cristaux biréfringents de silice et dans un foyer unique, trois corps d'amiante sont identifiés dans la lumière d'un alvéole. Un troisième prélèvement de poumon droit en dehors du site de néoplasie contient de la fibrose lâche intra-alvéolaire post radiothérapie avec de l'oedème et des atypies nucléaires, des pneumocytes des alvéoles également secondaires à la radiothérapie. Deux corps d'amiante fragmentés sont identifiés sur cette coupe histologique.
Deux prélèvements de poumon gauche ne contiennent aucune fibrose et la plèvre gauche, dans ces coupes, est d'aspect normal. Aucun corps d'amiante n'est identifié dans ces coupes. La seule altération dans ces prélèvements de poumon gauche est la présence de manchons de pigment anthracosique et de cristaux de silice au pourtour de vaisseaux et de bronchioles.
En conclusion, il existe un carcinome épidermoïde au lobe inférieur du poumon droit avec de la fibrose pleurale et pulmonaire secondaire à la radiothérapie.
Une plaque pleurale et de très rares corps d'amiante sont présents dans le parenchyme pulmonaire (je n'ai identifié que cinq corps d'amiante). Je n'ai pas observé de fibrose pulmonaire que je pourrais attribuer à de l'amiantose. La fibrose pulmonaire est lâche et récente et résulte de la radiothérapie. Les prélèvements de poumon gauche ne contiennent aucune fibrose pulmonaire ou pleurale.
Je n'ai donc pas observé d'amiantose dans ces prélèvements de poumons." (sic) Dans une décision du 2 février 1988, la Commission d'appel, à la suite d'une demande de madame Lilianne Guillemette de retourner le dossier à un bureau de révision pour qu'il se prononce sur la relation entre l'exposition du travailleur à l'amiante et son décès, décide qu'elle peut entendre et disposer au fond de la question soulevée par l'appel de l'employeur et qu'il est opportun de procéder ainsi.
A l'audience devant la Commission d'appel, le docteur Chénard a indiqué qu'il y avait une faible possibilité qu'un seul foyer de fibrose ait été causé par l'amiantose et que son rapport devrait être réévalué à la lumière de la clinique. Devant ce fait, la Commission d'appel a fait droit à la demande du représentant de la succession du travailleur en permettant qu'une nouvelle étude histologique soit effectuée par deux pathologistes choisis par les parties.
Le 27 octobre 1988, les docteurs René Lefebvre et Serge Massé, pathologistes, ont été choisis par les parties pour produire un rapport conjoint de l'étude des lames histologiques provenant de l'autopsie pratiquée en août 86 et de 12 nouveaux prélèvements effectués sur le poumon gauche dont huit proviennent du lobe inférieur gauche. Leur rapport se lit comme suit: "A la demande des deux parties impliquées, nous sousignés, docteur René Lefebvre de Montréal et docteur Serge Massé de Sherbrooke, avons effectué l'examen des lames histologiques du matériel d'autopsie portant le no. A-134-86 pratiquée au CHUS en plus de 12 nouveaux prélèvements effectués sur le poumon gauche dont 8 proviennent du lobe inférieur gauche.
Les constatations anatomopathologiques observées sont: 1. Présence d'une quantité relativement abondante de corps ferrugineux entiers et fragmentés.
2. Absence de fibrose interstitielle de type amiantosique.
3. Nombreuses macules anthracotiques péri-vasculaires et péri-bronchiolaires.
4. Maladie pulmonaire obstructive chronique avec emphysème et maladie des petites voies aériennes.
5. Changements fibro-inflammatoires multifocaux et foyers de bronchopneumonie aiguë.
En conclusion, nous sommes d'avis qu'il n'y a pas d'évidence de fibrose amiantosique." Le 31 octobre 1988, le docteur René Lefebvre écrit ce qui suit en réponse à une question formulée par la représentante de l'employeur: " Suite à votre demande verbale, je peux préciser que les lésions suivantes: . Maladie pulmonaire obstructive chronique avec emphysème et . maladie des petites voies aériennes sont caractéristiques des gros fumeurs." Le 2 novembre 1988, le docteur Serge Massé apporte la réponse suivante à l'interrogation du représentant du travailleur "sur la nature et la signification des corps ferrugineux et de l'anthracose chez monsieur Guillemette": "Je me dois, avant de répondre à ces questions, vous réitérer qu'il s'agit ici d'extrapolations et de jugements personnels, par conséquent empreints de subjectivité.
Le terme corps ferrugineux est utilisé pour décrire plusieurs types de fibres inhalées qui ont été enrobées de protéines contenant du fer et correspondent à une réponse du tissu en présence de ces fibres.
Morphologiquement, les corps ferrugineux retrouvés dans les poumons de monsieur Guillemette possèdent les caractères de ceux formés sur des fibres d'amiante.
Par ailleurs, ces corps ferrugineux sont visualisés facilement en microscopie optique et se présentent parfois en amas. Leur nombre relativement abondant suggère une exposition occupationnelle importante.
Les macules anthracotiques correspondent à des sites de rétention de poussière de carbone et en l'absence d'exposition occupationnelle, elles sont généralement en relation avec le tabagisme. La profusion des macules chez un individu représente donc la quantité de poussière retenue au niveau des poumons. Il existe des mécanismes de clearance (élimination) qui varient d'un individu à l'autre. Il est donc difficile d'extrapoler avec précision sur l'importance du tabagisme de monsieur Guillemette. Personnellement, je crois que nous pourrions utiliser l'épithète de bon fumeur." Le 11 décembre 1988, le docteur René Lefebvre, émet les commentaires suivants à la demande de la représentante de l'employeur, sur "le nombre de corps ferrugineux observés dans les coupes de poumons de M. Guillemette": "En réponse à votre demande de commentaires sur le nombre de corps ferrugineux observés dans les coupes de poumons de M. Guillemette, je peux faire les remarques suivantes. Dans une publication de Margaret Becklake intitulée "Asbestos - Related Diseases of the Lung and Other Organs", Am. Rev. Respir. Dis. 114, 187-227, 1976, l'auteur affirme que "The count of coated fibers (i.e. de corps ferrugineux) should reflect reasonably accurately trends with respect to ... occupation".
Donc le nombre de corps d'amiante identifiés dans les poumons peut correspondre grossièrement à l'intensité de l'exposition aux poussières d'amiante.
Dans le passé, j'ai examiné de nombreux poumons qui contenaient beaucoup plus de corps d'amiante que les coupes de poumons de M. Guillemette. Ces travailleurs avaient subi des expositions marquées. Par contre, j'ai fait l'examen dans le passé de poumons où les corps d'amiante étaient très difficiles à identifier à cause de leur petit nombre. L'exposition dans ces cas avait été minime. Or, le nombre de corps d'amiante dans les poumons de M. Guillemette se situe entre ces extrêmes, i.e. ils ne sont pas très rares, mais également ils ne sont pas en grande abondance. Je conclus donc que l'exposition de M. Guillemette n'a été que modérée." Le docteur Jean-Jacques Gauthier, pneumologue, témoigne à la demande du représentant de la bénéficiaire et de la succession du travailleur.
Le docteur Gauthier mentionne que le travailleur étant trop malade, il n'a pu être examiné par un comité des maladies professionnelles pulmonaires. Il précise que lors de la séance du comité spécial du 20 mai 1986, les données concernant le travailleur n'étaient pas complètes puisque le comité n'avait pas une histoire occupationnelle complète. En émettant son avis le comité recommandait une histoire occupationnelle complète et un examen par un pathologiste d'une pièce histo-pathologique.
Le docteur Gauthier explique que le rapport du docteur Chénard du 1er décembre 1986 qui fait état d'un foyer de fibrose amiantosique et de plaques pleurales, lui fait conclure, dans un tel contexte, que le travailleur avait une amiantose minime.
Le docteur Jacques Chénard, pathologiste, témoigne à la demande de l'employeur. Il indique que la présence d'un seul foyer de fibrose ne lui permet pas de conclure à la présence d'une amiantose mais à une faible possibilité que ce foyer de fibrose soit due à de l'amiantose. Il ajoute que le foyer de fibrose devrait être réinterprété à la lumière de la radiologie et de la clinique. De plus, il mentionne que la fibrose pleurale et les plaques pleurales sont des témions d'exposition à l'amiante mais non un signe d'amiantose.
Le docteur René Lefebvre, pathologiste, témoigne à la demande de l'employeur. Il indique qu'il n'a pas fait de commentaires sur le petit foyer de fibrose commenté par le docteur Chénard parce qu'il le jugeait entièrement non spécifique et qu'on peut retrouver de telles lésions dans un très grand nombre d'autopsies pratiquées chez des adultes non exposés à l'amiante. De plus, la localisation de ce foyer, soit au lobe supérieur du poumon n'est pas un endroit où l'on retrouve de la fibrose amiantosique. Le docteur Chénard ajoute que les cinq corps d'amiante qu'il a trouvés étaient à l'extérieur du foyer de fibrose et que s'ils s'étaient retrouvés dans la fibrose, il aurait eu tendance à interpréter que le foyer de fibrose était dû à la poussière d'amiante. Le docteur Chénard conclut, à la lumière de son rapport et de la radiographie négative, qu'il n'y a pas de fibrose amiantosique.
Le docteur Michel Lesage témoigne à la demande de l'employeur.
Il indique l'existence de deux thèses opposées. La première thèse est que le cancer du poumon relié à l'exposition à l'amiante est nécessairement consécutif à la présence d'amiantose, cette dernière maladie agissant en quelque sorte comme un promoteur du cancer du poumon. Selon cette thèse, un cancer du poumon en l'absence d'amiantose ne serait pas causé par l'amiante. La thèse opposée préconise que l'effet fibrogène de l'amiante est distinct de l'effet cancérigène et que l'amiantose et le cancer du poumon du à l'exposition à l'amiante sont deux maladies distinctes. Le docteur Lesage indique qu'il y a une troisième thèse qui vient supporter la première. Selon cette thèse, le seuil de l'effet fibrogène de l'amiante serait inférieur au seuil de l'effet cancérigène, ainsi l'absence d'amiantose signifierait que l'exposition à l'amiante n'a pas été suffisante pour causer le cancer du poumon.
Le docteur Lesage expose qu'il existe une preuve scientifique substantielle à l'appui de la première et de la troisième thèse.
Il fait tout d'abord référence à deux articles scientifiques qui résument, selon lui, l'état actuel des connaissances sur les questions soulevées dans le présent dossier.
Le docteur Lesage cite les passages suivants de l'article intitulé Controversies in Asbestos related lung cancer, Occupational Medicine: State of the Art Reviews - Vol. 2, No. 2 April-June 1987, Cullen, Mark R. (pièce I-5) qui expose les arguments concernant la controverse relative à la relation entre l'amiantose et le cancer du poumon ainsi que la discussion de l'auteur: "CONTROVERSY I: Is lung cancer a complication of pulmonary fibrosis (asbestosis) or a risk for exposed individuals with or whithout asbestosis? Several types of arguments have been proferred by those investigators who believe that lung cancer occurs in heavily exposed workers as a complication of asbestos- induced fibrosis and not as a primary pahologic event. For simplicity I shall group them by the type of evidence invoked: CLINICAL-PATHOLOGICAL EVIDENCE: (...) 3. Certain non-dust related disorders (e.g., scleroderma, idiopathic pulmonary fibrosis) associated with usual interstitial pneumonitis (UIP), the typical pathologic lesion in asbestosis, also are associated with an excessive risk of lower-lobe adenocarcinoma.
This suggests that the UIP lesion, not asbestos fibers, may be the basis of resulting cancers. This, too, would find a parallel to the "scar" carcinoma, also typically adenocarcinoma, long recognized as a complication of tuberculous scars.
EPIDEMIOLOGIC EVIDENCE 4. In the only published large data set in which mortality and longitudinal morbidity data are both available (Quebec chrysotile miners), most of the observed cancers have occured in the subgroup of workers with prior radiographic evidence of asbestosis.
(...) EPIDEMIOLOGIC EVIDENCE 4. In the Quebec chrysotile miners study, which combined mortality data with some longitudinal clinical observations, at least some of the excess lung cancers occured in individuals without prior radiologic evidence of asbestosis.
DISCUSSION The individual arguments offered as evidence that lung cancer in exposed workers occurs as a complication of asbestosis are very important and well-supported by extensive data in most cases.
(...)" Le docteur Lesage précise que plusieurs études épidémiologiques ont démontré que l'apparition du cancer du poumon causé par l'amiante est directement relié à l'apparition de l'amiantose. A l'appui de cette affirmation, il cite l'item 4 de la section EPIDEMIOLOGIC EVIDENCE de l'article précité de Cullen. De plus, le docteur Lesage fait remarquer que dans la vaste majorité des études où l'on rapporte un excès de cancer du poumon chez des travailleurs n'ayant pas d'amiantose, l'absence d'amiantose n'a pas été prouvée par des études histo-pathologiques du tissu pulmonaire.
Il en est ainsi dans l'étude Radiological findings as predictors of mortality in Quebec asbestos workers, British Journal of Industrial Medicine 1980; 37; 257-267; LIDDELL, FDK; McDONALD, J.C. (pièce I-8). De plus, les auteurs parlent de changements radiologiques alors qu'on ne peut poser un diagnostic d'amiantose à partir uniquement d'une radiographie.
Le docteur Lesage exprime l'opinion qu'une radiographie pulmonaire normale n'exclut pas la présence d'une amiantose pour expliquer que 13 cas excédentaires de cancer du poumon observés dans cette étude ne présentaient pas d'anomalies radiologiques parenchymateuses. Le docteur Lesage ne peut fournir d'autre cause possible pour expliquer cet excès de cancer chez les travailleurs sans signe radiologique d'amiantose. Il ignore notamment si une plus grande prévalence de tabagisme chez les travailleurs de l'amiante par rapport à la population générale pourrait expliquer cet excès. Il est d'opinion que le taux de tabagisme est très élevé chez les travailleurs de l'amiante, mais il n'a pas connaissance d'études spécifiques sur la prévalence du tababisme chez ceux-ci. Selon le docteur Lesage, on retrouve de l'amiantose, au moins au niveau microscopique, dans les cas de cancer du poumon causé par l'amiante.
Pour appuyer la thèse de la relation entre l'amiantose et le cancer du poumon, le docteur Lesage fait référence à deux autres études épidémiologiques. Il réfère tout d'abord à l'article Pulmonary fibrosis in Asbestos insulation workers with lung cancer: a radiological and histopathological evaluation, British Journal of Industrial Medicine 1987; 44: 96-100; KIPEN, HM et al.
(pièce I-9). Dans cette étude, la population étudiée comprenait 450 travailleurs décédés d'un cancer du poumon prouvé par une étude histopathologique du tissu pulmonaire. Une radiographie pulmonaire adéquate pour évaluer les signes radiologiques d'amiantose était disponible dans 219 cas et un spécimen de tissu adéquat pour l'évaluation histologique de la présence d'amiantose était disponible dans 138 cas. Le docteur Lesage explique qu'il est possible que l'absence de tissu dans les autres cas s'explique par l'absence de fibrose sur les radiographies contrairement aux 138 cas qui présentaient radiologiquement des signes de fibrose. Le docteur Lesage fait également remarquer que cette étude illustrait le fait qu'une radiographie pulmonaire normale n'exclut pas la présence d'amiantose démontrable à l'étude histologique. Les auteurs reconnaissent par ailleurs que leur étude ne permet pas de tirer des conclusions au sujet de la relation entre l'amiantose et le cancer du poumon: "The question of whether or not asbestosis always precedes lung cancer in subjects exposed to asbestos is unresolved, and our present data do not permit conclusions regarding the aetiological relation between lung cancer and pulmonary asbestosis per se, as distinct from that of concurrence between lung cancer and exposure to asbestos." Dans la deuxième étude intitulée Pulmonary Fibrosis as a Determinant of Asbestos-Induced Lung Cancer, Tulane University Medical Center, New Orleans, Louisiana, USA; HUGHES, J.M.; WEILL, H. (pièce I-4), les auteurs sont d'avis que leurs données suggèrent que la fibrose pulmonaire est un précurseur du cancer du poumon causé par l'amiante dans la population étudiée: "To date, these findings are consistent with lung fibrosis being a precursor to asbestos induced lung cancer in this population." Le docteur Lesage affirme que certaines caractéristiques du cancer du poumon qui ont été observées chez les travailleurs de l'amiante supportent la relation entre l'amiantose et le cancer du poumon. Il s'agit d'abord de la prépondérance du cancer dans les lobes inférieurs des poumons chez les travailleurs de l'amiante alors que dans la population générale, les cancers se retrouvent surtout dans les lobes supérieurs. Comme la fibrose amiantosique apparaît d'abord au niveau des lobes inférieurs, cette observation suggère une relation entre la fibrose et le cancer du poumon. Par ailleurs, certaines études auraient démontré une plus grande incidence d'adénocarcinomes par rapport aux autres types de cancer chez les travailleurs de l'amiante.
Cette observation n'est cependant pas constante et le docteur Lesage précise que les travailleurs de l'amiante ne présentent pas un type particulier de cancer du poumon qui permettrait de les distinguer des cas de cancers observés dans la population générale. Par contre, l'adénocarcinome est un cancer associé à des maladies pulmonaires fibrosantes autre que l'amiantose, ce qui pourrait suggérer un lien entre la fibrose amiantosique et le cancer du poumon. Le docteur Lesage appuie son opinion concernant certaines caractéristiques du cancer du poumon chez les travailleurs de l'amiante sur les passages suivants de l'article intitulé Is Asbestos or asbetosis the cause of the increased risk of lung cancer in Asbestos workers?, British Journal of Industrial Medicine 1986; 43: 145-149; BROWNE, Kevin (pièce I-6): "Two characteristics of lung cancer in asbestos workers have been claimed. Firstly, some have shown that the normal preponderance of tumours in the upper over the lower lobes is reversed. Because the interstitial fibrosis of asbestosis normally begins in the lower lobes, it is suggested that this may indicate an aetiological connection. Secondly, several series have shown an increased incidence of adenocarcinomas over other types though not always statistically significant and both Whitwell et al and Newhouse et al have shown an increased proportion where asbestosis is also present compared with when it is absent. In no series, however, is the association so pronounced as to suggest that the asbestos risk is associated with only one histological type, a finding which probably applies to other occupational related carcinogens.
(...) Asbestos fibres tend to accumulate preferentially in the peripheral regions of the lower lobes the commonest site for adenocarcinomas. The alternative explanation is that areas of fibrotic scar tissue may become the focus of carcinogenesis as in other "scar cancers" known to occur in relation to tuberculosis and other lung lesions: these are commonly adenocarcinomas.
Premalignant changes in the epithelium in areas of fibrosis have been reported and an increased risk of lung cancer occurs in non-smoking asbestotic patients.
Finally, an important related observation is the high incidence of bronchial carcinoma in other fibrotic lung diseases unrelated to asbestos, such as cryptogenic fibrosing alveolitis and pulmonary systemic sclerosis.
This has led to the suggestion that more than one aetiological mechanism may operate." De plus, le docteur Lesage réfère au passage suivant de l'article de Browne qui explique que les études effectuées chez l'animal ont également démontré une association entre l'amiantose et le cancer du poumon: "In inhalation experiments with rats, Wagner et al found a relation between the degree of asbestosis and the incidence of lung tumours. They also found that in a group of rats with brief exposure to asbestos, six tumours occured in the 157 rats which did not develop asbestosis (3.8%), an incidence no higher than the controls, whereas 11 tumours (25%) were seen in the 44 rats with the same exposure which developed asbestosis.
In another series of inhalation experiments in rats Davis et al found, in comparing different chrysotile samples that the fibrogenic and tumorigenic effects were closely correlated." De plus, le docteur Lesage fait spécifiquement référence à la conclusion du résumé de l'article The effects of the inhalation of Asbestos in rats, Br. J. Cancer (1974) 29, 252; WAGNER, J.C.
et al (pièce I-11): "There was a positive association between asbestosis and lung tumours." Le docteur Lesage cite également, à l'appui de la relation entre l'amiantose et le cancer du poumon, l'opinion de certains experts basée sur leur appréciation de la littérature scientifique. Il rapporte tout d'abord l'opinion exprimée dans un article intitulé The relationship between asbestosis and bronchial cancer; CHEST, 78: 2, August, 1980 supplement, SLUIS-CREMER, G.K. (pièce I-14): "The relationship between asbestosis and bronchial cancer does not appear to be straightforward. The pattern of site distribution and the presence of premalignant changes in the areas of fibrosis in man and animals suggest that cancer is often a complication of the asbestosis. There is also the evidence that bronchial cancer may complicate interstitial fibrosis of many etiologies and asbestosis is only exceptional in the high prevalence of this occurence.
(...) In any event, the evidence suggests that asbestos bronchial cancers invariably occur in lungs which are the seat of fibrosis. It should be stressed that this refers to fibrosis detectable at histologic examination." Le docteur Lesage cite aussi un passage de l'article intitulé State of the art, Asbestos-Related diseases of the lung and other organs: their epidemiology and implications for Clinical Practice; American Review of Respiratory Disease, volume 114, 1976; BECKLAKE, Margaret R. (pièce I-10): "Another practical problem concerns compensation, in particular, the question of attributability of lung cancer to exposure in the absence of significant fibrosis. Some compensation boards, acting on the dose-relationship information, award the benefit of the doubt if exposure has been considerable in a nonsmoker." Le docteur Lesage souligne que l'article du docteur Becklake n'est pas concluant sur le sujet de la relation entre l'amiantose et le cancer du poumon.
Le docteur Lesage discute de la troisième thèse qu'il a énoncée à savoir que le seuil d'exposition pour le cancer du poumon relié à l'amiante est plus élevé que le seuil d'exposition pour l'amiantose. Il explique que même s'il n'y avait pas de relation causale directe entre l'amiantose et le cancer du poumon, le fait que le seuil cancérigène est plus élevé que le seuil fibrogène ferait en sorte que le cancer du poumon ne pourrait se manifester en l'absence d'amiantose car l'exposition serait alors insuffisante. Il ajoute que la quantité d'amiante qui pénètre et demeure dans les poumons varie d'un individu à l'autre en fonction de certaines caractéristiques individuelles comme la façon de respirer et la "clearance pulmonaire". Le docteur Lesage précise que ceci pourrait expliquer pourquoi seulement certains individus développent une amiantose parmi ceux qui ont apparamment les mêmes expositions. Or, la présence d'amiantose serait un indice objectif de l'exposition et s'il n'y a pas suffisamment de fibres d'amiante dans le poumon pour causer une amiantose, il n'y en aurait pas assez pour causer un cancer du poumon. Le docteur Lesage appuie cette thèse sur des études épidémiologiques et sur l'opinion de chercheurs qui ont analysé la littérature scientifique. Il cite d'abord l'extrait suivant de l'article intitulé Dust exposure and mortality in chrysotile mining, 1910-75, British Journal of Industrial Medicine 1980; 37: 11-24, MCDONALD J.C. et al. (pièce I-7): "If the only subjects studied had been the 1904 men with at least 20 years' employment in the lower dust concentrations averaging 6.6 million particles per cubic foot (or about 20 fibers/cc) excess mortality would not have been considered statistically significant except for pneumoconosis. The inability of such a large epidemiological survey to detect increased risk at what today, are considered unacceptable dust concentrations, and the consequent importance of exposure-response models are therefore emphasised." Cette affirmation est basée sur les données présentées au tableau 7d de l'article précité qui indique que les SMR (Standard Mortality Ratio) pour le cancer du poumon dans les groupes de sujets ayant une exposition cumulative à l'amiante faible, modérée et élevée étaient respectivement de 1.21, 1.08 et 2.20.
De plus, dans le groupe des 183 sujets fortement exposés, 5 cas de décès par pneumoconiose et 24 cas de décès par cancer du poumon sont rapportés. Le docteur Lesage fait remarquer qu'on ne peut tirer des données présentées dans ce tableau de conclusion sur la relation entre l'amiantose et le cancer du poumon car ce sont des données de mortalité et qu'aucune information n'est fournie quant à la présence ou l'absence d'amiantose chez les sujets décédés de cancer du poumon.
Sur l'aspect de la courbe dose-réponse (taux de mortalité standardisé (SMR) par rapport à l'exposition cumulative à l'amiante) reproduite dans le même article au schéma du tableau 9 intitulé "Deaths from lung cancer in relation to dust exposure and smoking habit", le docteur Lesage convient que les données peuvent s'appliquer à une relation linéaire. Il note cependant que la section de la courbe qui correspond à de faibles expositions est une extrapolation des niveaux élevés car aucune donnée sur la mortalité des travailleurs exposés à de faibles niveaux d'exposition n'est disponible. Le docteur Lesage explique également qu'une relation dose-réponse linéaire est compatible avec l'absence d'un seuil en autant que la droite passe par l'origine, ce qui, selon lui, n'est pas démontré.
Le docteur Lesage fait également référence à l'article intitulé Lung cancer among asbestos ciment workers. A Swedish cohort study and review, British Journal of industrial medicine 1985; 42: 397-402, OHLSON, C-G et al. (pièce I-13) dans laquelle on peut lire la conclusion suivante: "A median exposure of 10-20 fibre-years does not seem to cause an increased risk of lung cancer, particularly when only chrysotile is used." Le docteur Lesage cite également un article intitulé A threshold for asbestos related lung cancer, British Journal of industrial medicine 1986; 43: 556-558, BROWNE, K. (pièce I-15) dans lequel l'auteur fait une revue des études de cohortes de travailleurs exposés à l'amiante qui fournissent des données sur la relation dose-réponse entre l'amiante et le cancer du poumon. L'auteur conclut en ces termes: "The data given above show that every industrial group of asbestos workers with adequate data on individual duration and intensity of exposure provide some evidence of a threshold of cumulative exposure below which the risk of lung cancer does not appear to be raised. The evidence for a threshold is also supported by one well documented study giving duration of exposure only, and by several studies showing no increase in lung cancer risks despite the presence of low levels of other asbestos related disease. The interpretation of low level dose response data is complicated by the inclusion of a disproportionate number of short term workers, who frequently incur a higher incidence of lung cancer. This difficulty, however, does not apply to series showing no increase in lung cancer rates or to case-control studies matched for duration of employment.
It is noteworthy that where estimates of exposure are given, the threshold for increased risk of lung cancer appears to be somewhere in the range of 25-100 f/cc years. The Ontario Royal Commission suggested that a threshold for clinical asbestosis was in the range of 25 f/cc years. A threshold for asbestos related lung cancer at or above the threshold for asbestosis does not prove that the risks are linked. Nevertheless, it is consistent with the hypothesis that the increased risk of lung cancer due to exposure to asbestos occurs only where asbestosis is already present, a belief for which the evidence is now considerable." A l'appui de la thèse selon laquelle le seuil d'exposition du cancer du poumon serait supérieur à celui de l'amiantose, le docteur Lesage fait également référence aux passages suivants de l'article de Browne (pièce I-6) cité antérieurement: "A causal relation between lung cancer and asbestosis cannot be established by epidemiological means. On the other hand, there are certain prerequisites to be met if the relation is to be possible. It is generally accepted that there is a threshold dose below which clinical asbestosis will not appear (the Ontario Royal Commission estimated it to be about 25 f/ml years). If a causal relation were true a threshold should also exist below which no excess risk of lung cancer appears. Likewise, in studies of occupational exposure to asbestos in which asbestosis is not recorded, there should be no excess of deaths from lung cancer.
(...) Despite the smoothing effect on the dose-reponse curve that results from imperfect exposure records, evidence of a threshold for an asbestos related increase in lung cancer risk does exist. Weill, reviewing the epidemiological evidence in 1979, said it suggested that the carcinogenic dose of asbestos may be higher than the fibrogenic dose. There is now considerable evidence to support his statement in series published since then in which asbestos exposure for each subject has been estimated individually in duration and intensity. Every one contains some evidence for a threshold.
(...) Epidemiology is probably too blunt an instrument to bring much further enlightenment, although on the data available a threshold seems probable. On the other hand, despite the disappointingly uninformed comment on the subject by Doll and Peto there is growing evidence from other disciplines, particularly from experimental pathology, that asbestos is not a complete carcinogen, and that neoplastic change may appear only in the wake of inflammation and subsequent fibrosis and adenosis.
It seems probable, in Merewether's terminology, that it is not asbestos per se but asbestosis which prepares the soil for subsequent malignancy. But a definitive answer to this question is still urgently awaited." De plus, le docteur Lesage réfère à la conclusion de l'article intitulé Asbestos lung cancer, can it occur without asbestosis?, July 8th, 1983, PELNAR, Premysl (pièce I-12): "In summary there seems to be well documented evidence that the level of asbestos exposure required for producing pulmonary asbestosis is lower than the carcinogenic dose. Consequently, in most instances the lung cancer should not be considered as linked with asbestos if there is not simultaneous radiological or histological evidence of asbestosis. Existence of asbestosis in the lung may be the cause of cancer in terms of "scar cancer", or it may just serve as a proof of asbestos exposure as high as sufficient for causing cancer. There is no explanation for cases of lung cancer with documented high past exposures who do not have asbestosis. Either these individuals for some reason proved resistant to asbestosis, or the assessment of the past exposure was wrong and their cancer was not caused by asbestos after all." Concernant les mécanismes physiopathologiques des effets fibrogènes et cancérigènes de l'amiante, le docteur Lesage explique qu'il s'agit de mécanismes différents. La fibrose pulmonaire est le plus souvent attribuée à l'effet toxique des fibres d'amiante sur certaines cellules pulmonaires. La phagocytose des fibres par les macrophages entraînent la mort de ces cellules et la libération des enzymes lysosomales ce qui a pour effet de causer une réaction inflammatoire et la formation éventuelle de tissus fibreux par les fibroblastes. La théorie prévalente quant à l'effet cancérigène implique la notion d'initiateur et de promoteur. Selon le docteur Lesage, un initiateur de cancer est une substance qui peut causer en soi un cancer tandis qu'un promoteur est une substance qui ne peut à elle seule causer un cancer mais qui en favorise le développement en présence d'un initiateur. Selon le docteur Lesage, les études scientifiques actuelles suggèrent que l'amiante agit comme promoteur. De plus, les promoteurs seraient des substances qui présentent un seuil, c'est-à-dire un niveau d'exposition en- dessous duquel elles n'ont pas d'effet.
Concernant l'interaction entre la cigarette et l'amiante par rapport au risque de développer un cancer du poumon, le docteur Lesage cite les données publiées dans le volume Health Hazards of asbestos Exposure, Annals of the New-York Academy of sciences, the New-York Academy of sciences, New-York, 1979, SELIKOFF, Irving J.; HAMMOND, E. Coyler (pièce I-16): Age-standardized lung cancer death rates* for cigarette smoking and/or occupational exposure to asbestos dust compared with no smoking and no occupational exposure to asbestos dust Group Exposure History Death Mortality Mortality to cigaret rate differen- ratio Asbestos? te smo- ce king? con- nono 11.3 0.0 1.00 trol Asbes- yes no 58.4 +47.1 5.17 tos wor- kers con- no yes 122.6 +111.3 10.85 trol Asbes- yes yes 601.6 +590.3 53.24 tos wor- kers * Rate per 100 000 man-years standardized for age on the distribution of the man-years of all the asbestos-workers. Number of lung cancer deaths based on death certificate information.
Le docteur Lesage fait remarquer que le risque est plus élevé pour le fumeur non exposé que pour le non fumeur exposé. Selon le docteur Lesage, un tel effet multiplicateur n'aurait pas été observé dans l'étude du docteur McDonald chez les travailleurs des mines et moulins d'amiante du Québec.
Concernant la position prise par le Comité spécial des présidents sur la relation entre l'exposition à l'amiante et le cancer du poumon, le docteur Lesage est d'avis qu'elle n'est pas basée sur un raisonnement scientifique mais tout simplement sur le fait que les études citées rapportent une fréquence élevée de cancer du poumon associée aux très hauts niveaux d'exposition à l'amiante.
Concernant la relation entre les plaques pleurales et le cancer du poumon, le docteur Lesage est d'avis qu'une telle relation n'a pas à sa connaissance été démontrée. Il explique que les plaques pleurales indiquent simplement qu'il y a eu exposition à l'amiante. La présence de plaques ne serait pas, par contre, un indice du niveau d'exposition.
Le docteur Lesage indique que l'exposition au poste d'ensacheur à l'époque où le travailleur travaillait à l'expédition était excessive. Par contre, comme le travailleur n'était pas affecté à ce poste et qu'il ignore les niveaux d'exposition au département d'expédition, il ne peut se prononcer sur l'exposition du travailleur pour la période de 1946 à 1957.
Selon le docteur Lesage, le travail effectué par le travailleur dans la mine souterraine de 1957 à 1959 impliquait une exposition modérée, intermittente et le travail d'opérateur de machinerie effectué à partir de 1970 impliquait une exposition minime. Le docteur Lesage précise que son opinion sur le niveau d'exposition est fondée sur la norme applicable à la chrysotile publiée par la British Occupational Hygiene Society (B.O.H.S.) et reproduite dans Médecine, hygiène sécurité du travail, Bureau International du Travail, Genève (pièce I-1) qui recommande le classement des expositions en fonction du taux d'empoussiérage en plusieurs catégories: Empoussiérage Concentration moyenne pour 3 mois, fibres / cc Négligeable 0 - 0.4 Faible 0.5 - 1.9 Moyen 2.0 - 10.0 Élevé Plus de 10.0 Le docteur Lesage conclut que la relation entre l'amiantose et le cancer du poumon peut s'expliquer de deux façons: l'amiantose est soit un précurseur du cancer, soit un indice que l'exposition à l'amiante a été suffisante pour causer un cancer. Comme le travailleur n'avait pas d'amiantose, le docteur Lesage est d'avis que son cancer du poumon n'a pas été causé par l'amiante mais par sa consommation de cigarettes.
Monsieur Bruno Charland témoigne à la demande du représentant de la bénéficiaire. Il a travaillé pour l'employeur comme expéditeur de 1947 à 1952. Son travail consistait principalement à empiler dans les wagons, l'amiante contenue dans des sacs de jute. Le travailleur explique que les sacs étaient lancés depuis l'étage supérieur et que leur arrivée au sol occasionnait un nuage de poussière d'amiante. Finalement, les parties s'entendent pour qualifier d'intensive l'exposition des travailleurs affectés à l'expédition de 1947 à 1956.
Monsieur Fernand Corriveau, hygiéniste industriel, témoigne à la demande du représentant de la bénéficiaire sur l'évolution des différentes méthodes d'échantillonnage, sur les dangers, les différentes modifications apportées à l'appareillage pour éliminer le danger à la source et sur les équipements de protection individuelle.
La bénéficiaire témoigne à l'audience et affirme qu'elle s'est mariée au travailleur en 1950 et que ce dernier fumait huit à neuf cigarettes par jour. Elle ajoute qu'elle a fait les cigarettes de son mari pendant 32 ans et que celui-ci avait cessé de fumer depuis sept ans lors de son décès.
Le docteur Jean-Jacques Gauthier, pneumologue, témoigne à la demande de la bénéficiaire.
Il explique que le comité spécial, lors de sa réunion du 22 janvier 1987, a décidé de reconnaître la relation entre l'histoire occupationnelle du travailleur et son décès. Le docteur Gauthier affirme que la décision a été motivée principalement par l'histoire de l'exposition professionnelle du travailleur à l'amiante. Le docteur Gauthier ajoute que le comité avait pris connaissance du rapport du docteur Chénard du 1er décembre 1986 qui fait état de la présence d'une fibrose amiantosique sous pleurale et précise que les membres du comité spécial étaient d'avis que le travailleur était atteint d'amiantose.
Cependant, le docteur Gauthier fait ressortir qu'il n'était pas important de savoir si le travailleur souffrait d'amiantose et que le comité spécial ne s'est pas "tellement" servi du rapport du docteur Chénard pour émettre son avis. Le docteur Gauthier indique que malgré le fait qu'on ait mentionné l'existence d'une fibrose amiantosique dans le rapport du comité spécial du 22 janvier 1987, c'est plutôt le fait que le travailleur avait eu une exposition intense de plus de 20 ans qui a été retenu par le comité spécial pour reconnaître la relation entre l'exposition occupationnelle du travailleur et son décès. Le docteur Gauthier précise que le comité ne disposait pas de cette information lorsqu'il a émis son avis du 20 mai 1986.
Le docteur Gauthier explique l'historique des positions du comité de pneumoconiose et par la suite du comité spécial, qui a fait en sorte que ce dernier reconnaît maintenant la relation entre l'exposition à l'amiante et le cancer du poumon en l'absence d'amiantose. En 1976, cette relation n'était pas reconnue même si depuis 1935, il était connu dans la littérature médicale, que l'amiante pouvait causer le cancer du poumon. Les premiers cas de cancer du poumon reliés à l'amiante ont été reconnus à la suite de discussions entre les membres des comités et le docteur Roland Guy, pathologiste. A ce moment, ils avaient observé des néoplasies pulmonaires entourées de fibrose pulmonaire et de corps d'amiante. Le docteur Gauthier ajoute que vers les années 1971-1972, on retrouve dans la littérature médicale, des cas de cancers qui se sont développés sur de la fibrose ou des cicatrices pulmonaires, cancers qui étaient des adénocarcinomes situés dans le parenchyme en périphérie des poumons. Les premiers cas de cancers reliés à l'amiante ont donc été reconnus non pas parce que l'amiante était considérée comme un cancérigène mais parce que le cancer se développait sur une fibrose causée par l'amiante. Par la suite, les comités ont accepté des cas de cancers pulmonaires qui n'étaient pas contigus à la fibrose amiantosique.
Finalement, le docteur Gauthier précise que quatre présidents des comités des maladies professionnelles pulmonaires ont adopté une position commune reconnaissant la relation entre une exposition intense à l'amiante et le cancer du poumon même en l'absence d'amiantose.
Cette position a été adoptée après que les membres du comité aient étudié la littérature scientifique récente et en particulier les études suivantes: Dust Exposure and mortality in chrysotile mining, 1910-75, British Journal of Industrial Medicine 1980; 37: 11-24, McDONALD, J.C. et al (pièce I-7); Mortality of Asbestos Workers in England and Wales 1971-81, British Journal of Industrial Medicine 1986; 43: 158-164, HODGSON, J.T.; JONES, R.D. (pièce A-3); ainsi que le rapport du Surgeon General des États-Unis intitulé The health and consequences of smoking, cancer and chronic lung disease in the work place, U.S. Department of health and human services, 1985 (pièce A-5) et le rapport du Health and Safety Commission de l'Angleterre intitulé Asbestos, volume 1, final report of the advisory committee (1979) (pièce A-4). De plus, les membres du comité ont adopté leur position à la lumière des données complémentaires obtenues lors du troisième congrès international sur le thème "Environmental lung diseases", congrès qui s'est tenu du 15 au 18 octobre 1986. La position des membres du comité a été formulée dans une lettre du 27 octobre 1987 (pièce A-1) adressée au docteur Louis-Gilles Cloutier, de la direction des services médicaux de la Commission. Les présidents s'expriment ainsi: "Suite à votre demande antérieure, les membres du Comité spécial des présidents, les Drs Raymond Bégin, Marc Desmeules, Jean-Jacques Gauthier et Gaston Ostiguy, ont révisé la littérature médicale récente et ont assisté au IIIe Congrès International "Environmental lung diseases" qui se tenait du 15 au 18 octobre 1986.
(...) 2. Cancer du poumon et exposition à l'amiante Il y a énormément de publications dans la littérature sur ce sujet et l'on doit être particulièrement attentif aux données de base et à leurs comparaisons à des populations de référence, ce qui a contribué à donner des résultats particulièrement faussés dans certaines études.
L'étude des travailleurs de l'amiante du Québec démontre néanmoins qu'il existe un excès de mortalités.
Cet excès se retrouve surtout parmi les travailleurs qui ont une exposition intense et prolongée.
Pour les travailleurs qui sont reconnus porteurs d'amiantose, nous reconnaissons un lien entre l'exposition à l'amiante et le cancer du poumon. Pour les travailleurs ayant subi une exposition intense de plus de vingt ans, nous reconnaissons un lien entre l'exposition à l'amiante et le cancer du poumon, même en l'absence d'amiantose.
Pour les travailleurs de l'amiante ayant eu une exposition exceptionnellement intense, mais de moins de vingt ans, nous pourrions reconnaître un lien entre l'exposition à l'amiante et le cancer du poumon, même en l'absence d'amiantose." (sic) Le docteur Gauthier fait tout d'abord ressortir du tableau II de l'étude de McDonald (pièce I-7), qui rapporte l'exposition cumulative à l'amiante chez des sujets décédés par cancer du poumon et chez des témoins (travailleurs exposés sans cancer) appariés à partir de leurs habitudes tabagiques, que les risques relatifs de décès sont élevés dans les deux catégories d'exposition les plus importantes (300-< 1000 et > 1000 mppc.y) soit respectivement 1.58 et 1.99. Il signale aussi que le risque relatif de 1.99 dans la catégorie d'exposition de > 1000 mppc.y signifie que les travailleurs exposés à ces niveaux ont deux fois plus de chance de développer un cancer du poumon qu'un travailleur non exposé ayant les mêmes habitudes tabagiques. De plus, le docteur Gauthier est d'opinion que l'étude de McDonald (pièce I-7) démontre une synergie entre le tabac et l'amiante pour ce qui est du risque de développer un cancer du poumon mais que l'effet est moins important que celui rapporté par Hammond dans Health Hazards of Asbestos Exposure (pièce I-16).
Le docteur Gauthier fait ensuite référence à l'étude de Hodgson et Jones (pièce A-3) qui rapporte les résultats d'une étude prospective de mortalité chez les travailleurs exposés à l'amiante au travail en Angleterre et au Pays de Galles et suivis de 1969 à 1981. A la fin de la période de suivi, la cohorte comprenait 33 079 sujets et 31 165 travailleurs ont été retracés.
Le docteur Gauthier fait remarquer que la mortalité par cancer du poumon est élevée dans cette importante cohorte et que le SMR de 129.7 pour le cancer du poumon est très significatif sur le plan statistique et qu'un excès de cancer du poumon chez les travailleurs exposés à l'amiante oblige à reconnaître que l'amiante est une substance cancérigène. Le docteur Gauthier appuie son opinion que l'amiante doit être considérée comme une substance cancérigène indépendamment de son effet fibrogène sur le fait qu'on observe des cancers du poumon chez les travailleurs exposés non fumeurs. Selon son expérience, le cancer du poumon est excessivement rare sinon inexistant chez le non-fumeur. Il appuie ses dires plus précisément sur le passage suivant du rapport du Surgeon General (pièce A-5): "In summary, the evidence that asbestos exposure results in an increased lung cancer risk in the absence of cigarette smoking is based on a small number of cases, but has been confirmed in several different populations of asbestos workers. The high smoking prevalence in asbestos workers introduces the possibility that environmental tobacco smoke may increase the risk of lung cancer among the nonsmokers, particularly if the synergism demonstrated between active smoking and asbestos exposure pertains to environmental tobacco smoke as well. In spite of these concerns, the available evidence supports the conclusion that nonsmokers with substantial occupational asbestos exposure are at increased risk of developing lung cancer and that the risk increases with increasing cumulative asbestos exposure." Le docteur Gauthier fait aussi référence aux données de Hammond (pièce I-16) sur la synergie entre la fumée de cigarette et l'amiante, données qui sont reproduites dans le rapport du Surgeon General (pièce A-5) à la page 218. Le docteur Gauthier attire aussi l'attention sur les données du tableau 5 de la page 220 du rapport du Surgeon General qui rapporte les SMR pour le cancer du poumon dans la cohorte suivie par McDonald et ce, en fonction de la dose cumulative d'exposition à l'amiante et les habitudes tabagiques. Pour les gros fumeurs, les SMR dans les catégories d'exposition de < 30, 30-299, > 300 mppc.y sont respectivement de 2.12, 2.39 et 4.50. Le docteur Gauthier cite ensuite la conclusion du rapport du Surgeon General (pièce A-5) sur l'incidence du cancer du poumon chez les travailleurs de l'amiante qui fument: "Thus, the studies that have examined the question of a dose reponse relationship for asbestos exposure and lung cancer in the face of an adequate control for cigarette smoking have shown an increasing rise of lung cancer as asbestos exposure increases. This indicates that a dose reponse relationship for asbestos exposure and lung cancer does exist and that it is not explained by differences in smoking habits." De plus, le docteur Gauthier réfère au passage suivant du rapport du Health and Safety Commission de l'Angleterre (pièce A-4): "In a discussion of the relationship of the risk of lung cancer, asbestos and cigarette smoking it is concluded that the data taken together show that exposure to asbestos dust probably increases the risk of lung cancer in man irrespective of smoking but much more in the presence of smoking than in its absence.
The two factors (tobacco and asbestos) act synergistically but the exact relationship is uncertain and may be less than multiplicative." Le docteur Gauthier explique que le comité spécial des présidents ne reconnaissait pas la relation entre une exposition faible ou modérée à l'amiante et le cancer du poumon, tout en considérant que l'amiante est une substance cancérigène, parce que, dans les études épidémiologiques, les SMR élevés sont surtout associés aux expositions intenses.
Le docteur Gauthier est d'opinion que le cancer du poumon et l'amiantose "sont deux choses complètement différentes" et qu'il n'existe pas de relation entre les deux. En effet, les cancers du poumon chez les travailleurs de l'amiante se développent dans les bronches centrales et non dans les régions périphériques des poumons où l'on retrouve la fibrose amiantosique. Le docteur Gauthier ne voit donc aucun lien entre un cancer bronchique central et une amiantose à la périphérie des poumons. Il est également d'opinion qu'on n'aura jamais suffisamment d'études autopsiques chez les travailleurs de l'amiante pour confirmer ou infirmer la relation entre la fibrose amiantosique et le cancer du poumon. En effet, si les documents qu'il a cités ne traitent pas de la relation entre l'amiantose et le cancer du poumon, c'est que les études rapportées n'ont pas été réalisées pour répondre à cette question. Le docteur Gauthier exprime l'opinion qu'il n'y a pas de relation à faire entre l'amiantose et le cancer du poumon puisque ce sont deux entités différentes. Selon le docteur Gauthier, il est important de faire une relation entre l'exposition à l'amiante et le cancer du poumon et cette relation est reconnue dans les documents qu'il a cités précédemment.
En ce qui concerne la question du seuil pour l'effet fibrogène et pour l'effet cancérigène, le docteur Gauthier est d'avis que cette question est encore fort débattue. Il considère que le seuil doit être considéré comme un "guideline" pour évaluer le risque ou les probabilités de développer la maladie. Il ajoute que le seuil peut être "très large" et qu'on ne peut être certain qu'il n'y a pas de risque sous le seuil. Il précise que l'on doit aussi tenir compte de la susceptibilité individuelle qui fait en sorte que chez deux travailleurs exposés à la même dose, l'un développe un cancer et l'autre non. Le docteur Gauthier ne peut que reconnaître que, sur la base des études épidémiologiques, il est probable qu'un seuil d'exposition existe pour le cancer du poumon.
De plus, le docteur Gauthier considère que la question n'est pas résolue à savoir si l'amiante agit comme un initiateur ou un promoteur dans le développement du cancer du poumon. Il constate que la littérature scientifique parle de plus en plus de la possibilité que l'amiante soit un initiateur. Il cite l'article intitulé Natural killer cell activity in asbestos workers, Chest 1988; 94: 482-85, DE SHAZO, Richard D. (pièce A-6) dans lequel l'auteur rapporte les résultats d'une étude qui visait à évaluer le nombre et l'activité des "Natural Killer Cells" dans le sang de travailleurs du secteur de l'amiante ciment. Il appert que ces cellules jouent un rôle important dans la prévention du cancer et dans l'inhibition de la dissémination des tumeurs.
Les résultats de l'étude suggèrent que l'exposition à l'amiante et le tabagisme interagissent pour déprimer l'activité des "Natural Killer Cells". Selon l'auteur, ceci pourrait expliquer en partie l'effet de synergie de l'amiante et de la cigarette sur l'incidence du cancer du poumon.
Le docteur Gauthier fournit certaines précisions sur l'information dont disposaient les comités qui ont produit des rapports en janvier 1977, mai 1986 et janvier 1987. En 1977, le comité de pneumoconiose savait que le travailleur avait été exposé 12 ans dans le moulin, 2 ans dans la mine souterraine et 16 ans dans la mine à ciel ouvert. Cette information avait été fournie par le travailleur. Le docteur Gauthier croit que le comité devait également avoir à ce moment le dossier de la Commission. En 1986, le comité spécial ne devait pas avoir l'histoire occupationnelle du travailleur puisque les membres du comité en ont fait la demande dans leur rapport. Le docteur Gauthier souligne que le comité a alors fait une erreur sur la durée de l'exposition, puisque le rapport fait mention d'une exposition de 20 ans. Le docteur Gauthier ne peut cependant préciser si l'expression "exposition moyenne" du rapport de mai 1986 fait référence à la durée ou à l'intensité de l'exposition.
En janvier 1987, le comité disposait d'une histoire occupationnelle qui, selon le docteur Gauthier, devait provenir de la Commission sans qu'il puisse cependant l'affirmer avec certitude.
Le docteur Gauthier exprime son opinion sur l'exposition du travailleur. Il considère qu'elle a été intense entre 1946 et 1959, faible à modérée entre 1960 et 1969 et faible entre 1970 et 1986. Le docteur Gauthier explique qu'il est difficile dans le cas du travailleur de faire un calcul mathématique de son exposition et qu'on doit plutôt se fier à son jugement et tenter d'apprécier globalement l'exposition pour décider si l'exposition du travailleur correspond au critère d'une exposition intense de plus de vingt ans proposé par les membres du comité spécial dans leur lettre du 27 octobre 1986 (pièce A-I). Le docteur Gauthier est d'avis que l'exposition cumulative du travailleur équivaut à une exposition intense de plus de 20 ans.
ARGUMENTATION DES PARTIES Le procureur de la succession du travailleur et de la bénéficiaire soumet que l'exposition du travailleur à l'amiante était excessive pour la période du 5 septembre 1946 au 26 août 1957, soit une période de onze ans et trente-neuf jours pendant laquelle le travailleur a occupé trois postes différents au moulin 5.
Du 26 août 1957 au 13 décembre 1959, le travailleur a occupé différents postes de travail dans la mine souterraine et du 14 décembre 1959 à novembre 1985, le travailleur a travaillé à la mine à ciel ouvert.
Le procureur soumet qu'il est important de considérer l'opinion des spécialistes qui ont eu à évaluer l'exposition du travailleur à la fibre d'amiante. Le docteur Bégin, dans sa lettre du 16 février 1987, indique qu'il juge suffisante l'exposition à l'amiante pour causer des plaques pleurales et une pachypleurite fibreuse. Le docteur Gauthier considère que l'exposition a été plus qu'excessive pour la partie de travail au moulin 5 et que par la suite, elle a été suffisante pour engendrer le cancer pulmonaire. Les docteurs René Lefebvre et Serge Massé ayant examiné le 27 octobre 1988, des lames histologiques provenant de l'autopsie du travailleur sont d'accord pour confirmer la présence d'une quantité relativement abondante de corps ferrugineux. Le 2 novembre 1988, le docteur Serge Massé mentionne que le nombre de corps ferrugineux relativement abondants suggère une exposition occupationnelle importante contrairement au docteur Lefebvre qui conclut, le 11 décembre 1988, à une exposition modérée.
Le procureur soumet que pour une période d'au moins treize ans et quatre mois, l'exposition a été très importante, passant de très excessive à excessive et à modérée.
Pour le reste du temps de travail, soit près de vingt-six ans, il y a eu deux périodes soit de 1959 à 1970 où il n'y a aucune donnée et qu'on peut qualifier de modérée à minime. Il est illogique de croire que pour cette période, l'exposition aurait été moindre que pour la période subséquente soit de 1970 à 1986 où l'exposition est minime. Le travailleur a donc été exposé à la fibre d'amiante pour un total d'environ trente-neuf ans et quatre mois.
Le procureur soumet que le travailleur, lorsqu'il a complété sa réclamation le 14 janvier 1986, demandait à la Commission de reconnaître que son cancer pulmonaire est une maladie professionnelle. Il ajoute que l'avis du 20 mai 1986 du Comité spécial nous indique que la préoccupation des pneumologues concerne un carcinome épidermoïde et qu'ils n'ont pas cherché à établir s'il y avait amiantose ou non mais que le cancer pulmonaire n'était pas en relation directe avec l'exposition à l'amiante.
Le procureur soumet qu'"il faut donc considérer que la réclamation du travailleur du 14 janvier 1986, la décision de la Commission de la santé et de la sécurité du travail du 22 juillet 1986, visent le paiement des indemnités de remplacement du revenu pour les arrêts de travail, pour les traitements reçus et la reconnaissance du cancer pulmonaire en relation avec l'exposition à l'amiante".
La Commission ne s'est pas prononcée sur le fait que le travailleur est atteint d'amiantose, le procureur soumet que la Commission d'appel n'a pas à le faire.
Cependant, la Commission ayant reconnu, dans sa décision du 5 février 1987, la relation entre le décès du travailleur et son histoire occupationnelle reconnaissait par le fait même, le cancer pulmonaire.
Le procureur soumet que la Commission devait modifier sa décision du 22 juillet 1986 et accorder les indemnités prévues à la loi, ceci étant l'objet de l'appel dans la présente affaire.
Le procureur soumet que l'employeur accepte la relation entre le cancer pulmonaire et l'exposition à l'amiante avec la présence de fibrose amiantosique. "Il ne s'agit donc pas pour lui d'un problème d'exposition à la fibre d'amiante sur une longue période de temps ou un niveau important de concentration de fibre, mais d'un simple signe clinique".
Le procureur soumet que le docteur Raymond Bégin, dans sa lettre du 16 février 1987, ne base pas son opinion uniquement sur un élément, mais sur un ensemble de signes qui l'amène à reconnaître la relation. Selon lui, l'exposition du travailleur a été suffisamment intense pour reconnaître une relation entre l'exposition professionnelle et son décès des suites d'un cancer du poumon.
De plus, les quatre présidents des Comités de maladies professionnelles pulmonaires, dans leur lettre du 27 octobre 1986 (pièce A-1), reconnaissent la relation entre une exposition à l'amiante intense de plus de vingt ans ou exceptionnellement intense de moins de vingt ans et le cancer du poumon, même en l'absence d'amiantose.
Le procureur soumet que le travailleur a eu une exposition d'au moins onze ans très excessive et une exposition totale de près de trente-neuf ans, soit le "double des critères de temps proposés".
Le procureur fait valoir que malgré le fait que le docteur Chénard se soit contredit à l'audience devant la Commission d'appel, on doit retenir les parties de son rapport du 1er décembre 1986, dans lequel il identifie "des corps ferrugineux caractéristiques à des corps d'amiante dans le parenchyme pulmonaire". De plus, "il confirme la présence de plaques pleurales et que le décès a été causé par le carcinome épidermoïde".
Le procureur soumet que d'autres pneumologues croient à la relation entre le cancer du poumon et l'exposition à l'amiante en l'absence d'amiantose.
Le procureur soumet que l'article 29 de la Loi sur les accidents du tavail et les maladies professionnelles trouve ici application. En effet, cet article nous réfère à l'annexe I de la loi et dans la section V, le législateur mentionne comme maladie "amiantose, cancer pulmonaire ou mésothéliome causé par l'amiante", et comme genre de travail "un travail impliquant une exposition à la fibre d'amiante".
Le procureur soumet que le travailleur a souffert d'un cancer pulmonaire diagnostiqué par les médecins comme étant un carcinome épidermoïde et qu'il a été exposé pendant au moins trente-neuf ans à la fibre d'amiante et ceci sans évaluer l'exposition potentielle.
Le procureur soumet que «dans le texte de l'annexe I de la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles, la maladie professionnelle, soit le cancer pulmonaire, est séparée d'une virgule avec l'amiantose et d'un (ou) du mésothéliome causé par l'amiante».
Le procureur ajoute que le «le Petit Robert, dictionnaire de la langue française, définit le (ou) comme (...) conjonction disjonctive qui unit des termes, membres de phrases ou propositions ayant même rôle ou même fonction, mais sépare les idées (...)».
Le procureur fait valoir que le (ou) est donc une conjonction disjonctive qui unit des termes mais qui sépare les idées.
De plus, il ajoute qu'«il y a dans le texte une énumération de trois maladies, l'amiantose, le cancer pulmonaire et le mésothéliome. Il y a un participe qui est employé après le mésothéliome. Si le législateur aurait voulu que la condition de relation avec l'amiante s'applique également au cancer pulmonaire, il aurait employé le participe au pluriel et ne se serait pas servi d'une conjonction disjonctive».
Le procureur souligne que «dans le dictionnaire Quillet de la langue française, les auteurs parlent des accords gramaticaux à donner lorsque la conjonction (ou) intervient dans des propositions lorsqu'il s'agit de deux sujets où l'alternative fait en sorte que les sujets peuvent agir sur le verbe ou le participe, celui-ci s'accordera avec les deux sujets.
De plus, (ou) peut s'interpréter comme une conjonction de coordination en réunissant des propositions mais les disjoignant au point de vue du sens. Lorsqu'on étudie attentivement l'emploi de la conjonction (ou) dans l'annexe I, on s'aperçoit que cette conjonction sert à séparer des propositions ou des idées».
Le procureur conclut que «lorsqu'on mentionne (cancer pulmonaire ou mésothéliome causé par l'amiante), il nous semble qu'il faut interpréter (cancer pulmonaire) d'un côté et (mésothéliome causé par l'amiante) de l'autre».
Le procureur soumet que l'article 29 de la loi s'applique et qu'il y a une présomption en faveur du travailleur que le cancer pulmonaire dont il était atteint est une maladie professionnelle et que l'employeur n'a pas renversé cette présomption.
De façon subsidiaire, le procureur soumet que la preuve présentée tant au niveau des opinions des experts que des études scientifiques montre clairement que le cancer pulmonaire du travailleur a été causé par son exposition à la fibre d'amiante et que l'article 30 de la loi trouve application.
L'employeur soumet que les deux pathologistes qui ont fait conjointement l'analyse histopathologique à la demande des deux parties ont conclu à l'absence de fibrose amiantosique et que cette conclusion est «péremptoire et déterminante».
L'employeur fait valoir qu'il n'existe pas de présomption légale de relation entre l'exposition à l'amiante et le cancer pulmonaire puisque l'article 29 de la loi «ne prévoit pas l'automaticité d'une telle relation» et que le travailleur doit prouver que le cancer est causé par l'amiante.
L'employeur soumet qu'aucune des études épidémiologiques ni aucune des analyses médicales ne permet de conclure à une relation entre l'exposition à l'amiante et le cancer pulmonaire en l'absence d'une fibrose amiantosique.
L'employeur souligne que l'étude de McDonald (pièce I-7) «n'indique pas si une analyse a été faite pour déterminer si les personnes décédées du cancer étaient porteuses de fibrose amiantosique» et ne permet donc pas de tirer une conclusion valable.
L'employeur soumet qu'il n'y a qu'une étude à l'encontre de sa position. Cette étude s'intitule Asbestos, Effects on health of exposure to Asbestos, DOLL, Richard; PETO, Julian, Health & Safety Commission, London: Her Majesty's Stationery Office, 1985 et l'employeur souligne le passage suivant de la page 32: «The idea that there might be such a dose and that asbestos induced cancers occur only secondary to the fibrosis of asbestosis has sometimes been expressed (...) In the light of modern knowledge of carcinoginesis such an idea does not seem plausible.» L'employeur fait valoir que «cette affirmation nous paraît manquer de rigueur et de respect pour tous les chercheurs qui ont traité de la question, soit les docteurs Silikoff, Hughes, Ward, Pelnar et autres».
L'employeur réfère en premier lieu à l'extrait suivant à la page 3: «Whether the two agents (amiante et cigarette) act to multiply each other's effect exactly is uncertain; but the interaction is so strong and so nearly multiplicative that, on present knowledge, we must assume that the chance that the lung cancer in a particular man or woman who has been exposed to asbestos is attributable in part to that exposure is unaffected by his or her past smoking habits.» L'employeur compare cette affirmation avec celle du docteur Becklake à la page 214 de son étude (pièce I-10): «Carcinoma of the lung appears to develop only very rarely in the nonsmoker exposed to asbestos.
(...) Some compensation boards acting on dose-relationship information, award the benefit of the doubt if exposure has been considerable in a nonsmoker.» L'employeur ajoute que «les affirmations des Docteurs Doll et Peto nous semblent donc devoir être prises avec réserve lorsqu'on examine les hypothèses sur lesquelles les conclusions sont tirées»: «It is assumed that the relative risk of lung cancer from exposure to asbestos increases linearly during constant exposure, remains constant after exposure stops, increases in proportion to intensity of exposure, and is independant of age and smoking.
Even under conditions of heavy exposure little if any risk is produced for at least five years and no increase in risk may be detectable for 15 or 20 years following prolonged exposure at lower levels.» L'employeur soumet que «ces hypothèses de départ nous semblent tellement peu fondées sur les données médicales reconnues que nous devons en conclure que les conclusions à l'emporte-pièce des auteurs ne peuvent servir de base pour la décision de la Commission».
L'employeur rappelle que si le travailleur «n'a pas été exposé à un niveau de poussière suffisant pour provoquer l'amiantose, à plus forte raison doit-on conclure que son cancer n'est pas attribuable à ces mêmes poussières. Cette prétention fait appel à la notion de seuil ainsi qu'à la notion d'amiantose pré- requise».
L'employeur souligne l'opinion du docteur Browne sur la question de la linéarité de la courbe dose-réponse (pièce I-15, p. 556) et sur le fait que l'hypothèse du seuil est probable (pièce I-6, p.
417).
L'employeur rappelle que la Commission d'appel a attiré l'attention des parties sur l'article du docteur Cullen (pièce I- 5) et il soumet que si la Commission d'appel «ne veut pas prendre position comme l'a fait le docteur Browne dans les deux articles cités plus haut en choisissant l'hypothèse la plus probable, elle doit fonder sa décision en ayant recours aux principes juridiques applicables, c'est-à-dire en reconnaissant que puisqu'aucune preuve prépondérante ne peut être faite de la relation causale, celle-ci ne peut être acceptée».
L'employeur rappelle que le docteur Gauthier a expliqué son changement d'opinion sur la question en litige à la suite d'une revue de la littérature et des informations fournies à un congrès. L'employeur soumet que «si sa lecture des documents était la même que celle dont il a fait état à l'audition, la Commission ne doit pas accorder trop de poids à ce changement d'opinion».
L'employeur ajoute que «si la revue et la lecture de la littérature qu'on fait les membres du comité des présidents a été aussi mauvaise que ce qui a été démontré à l'audition, nous n'avons pas de mal à imaginer que le comité des présidents ait voulu amorcer un changement d'orientation. La Commission ne saurait cependant avaliser une telle opinion fondée sur une mauvaise lecture de la documentation médicale. La Commission (d'appel) devrait accepter que l'amiantose est un précurseur ou à tout le moins un indice d'un seuil en deçà duquel aucune relation ne peut être faite entre l'exposition et le cancer du poumon».
L'employeur soumet que le travailleur était un «gros fumeur».
Ceci ressort de l'histoire de cas effectuée le 12 décembre 1985 et de la lettre du docteur Lefebvre en date du 31 octobre 1988.
L'employeur soumet que l'épouse du travailleur «a déposé une nouvelle demande visant à faire statuer à nouveau sur la relation causale. En principe, une telle demande ne pouvait pas être faite par madame Guillemette. La demande de madame Guillemette devrait être fondée sur l'article 97 LATMP et rechercher le paiement des indemnités prévues pour les personnes à charge».
L'employeur demande le rejet de son appel «en raison du fait que la demande telle que formulée par madame Guillemette fait l'objet de chose jugée et que l'agent d'indemnisation Paul Jubinville a adjugé ultra petita dans sa décision du 5 février 1987 en offrant le paiement d'indemnités additionnels».
De façon subsidiaire, l'employeur soumet que si la Commission d'appel interprète la réclamation comme étant fondée sur l'article 97 de la loi, il n'y a aucun motif médical qui «peut justifier un changement de position autorisant une décision médicale contraire» à celle découlant de la recommandation du comité des présidents en date du 20 mai 1986 ayant donné lieu à la décision du 22 juillet 1986».
L'employeur fait valoir que si la Commission d'appel «en venait à la conclusion qu'une relation peut être faite entre une simple exposition et un cancer, (...) cette conclusion ne peut être soutenue en fonction des critères que le comité des présidents a lui-même établis (pièce A-1). En effet, une telle relation ne pourrait pas être établie en présence d'une exposition modérée.
Comme monsieur Guillemette a été un gros fumeur et qu'il n'a pas été exposé à un taux de poussières qui pourrait, même selon la nouvelle position des présidents, donner lieu à une relation, J.M. Asbestos soumet que la relation ne devrait pas être reconnue. Le cancer pulmonaire de monsieur Guillemette devrait plutôt être attribué à la cause la plus fréquente chez la population en général, cause qui se retrouve chez monsieur Guillemette, son tabagisme».
MOTIFS DE LA DÉCISION Dans le cadre de l'appel déposé par la succession de monsieur Clément Guillemette, la Commission d'appel doit décider si le travailleur était atteint d'une maladie professionnelle pulmonaire, soit un cancer pulmonaire.
En effet, dans le cadre de cet appel, la Commission d'appel devra en premier lieu décider si le travailleur était porteur d'amiantose parce que l'employeur a soutenu que si le travailleur était atteint d'amiantose, il ne contesterait pas que ce cancer pulmonaire a été causé par l'exposition à l'amiante. Cependant, l'objet de cet appel est de déterminer si le cancer pulmonaire du travailleur constitue une maladie professionnelle pulmonaire. En effet, le travailleur, dans sa réclamation complétée le 14 janvier 1986, demande à la Commission de reconnaître qu'il est atteint d'une maladie professionnelle pulmonaire et il fournit à l'appui de cette réclamation l'attestation médicale complétée par le docteur Boileau le 5 décembre 1985 dans laquelle ce dernier pose le diagnostic d'«épithélioma épidermoïde bronchogénique».
Dans le cadre de l'appel déposé par l'employeur, la Commission d'appel doit décider si le travailleur est décédé en raison d'une lésion professionnelle et si les bénéficiaires ont droit aux indemnités prévues à la loi.
La Commission d'appel ne retient pas l'argument de l'employeur qu'il y avait chose jugée et que madame Guillemette ne pouvait présenter la réclamation du 15 août 1986. En effet, la décision rendue par la Commission le 22 juillet 1986 faisant l'objet du présent appel, il ne peut y avoir de chose jugée sur le fait que le travailleur n'était pas atteint d'une maladie professionnelle puisque la Commission d'appel devra en décider. Il importe donc peu de savoir si la décision du 5 février 1987 constitue une reconsidération de la décision du 22 juillet 1986 puisque la Commission d'appel est saisie d'un appel de la décision de la Commission du 22 juillet 1986. De plus, on ne peut reprocher à la succession du travailleur, compte tenu de l'appel logé sur l'existence d'une lésion professionnelle, de s'être comportée comme elle l'a fait puisque sa conduite est logique compte tenu de ses prétentions. La Commission d'appel considère que la réclamation produite le 15 août 1986 constitue une demande en vertu de l'article 97 de la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles puisque madame Guillemette indique que sa réclamation est faite à la suite du décès de son conjoint le 3 août 1986. Il va de soi que la bénéficiaire devra faire la preuve que le travailleur avait subi une lésion professionnelle et que cette lésion professionnelle a été la cause de son décès.
Conclure autrement ferait en sorte que dans tous les cas où une réclamation d'un travailleur a été refusée avant son décès, les personnes à charge n'auraient pas droit aux indemnités prévues à la loi alors que l'on constate que l'autopsie est souvent le seul moyen de prouver que des travailleurs étaient atteints de certaines maladies.
La Commission d'appel doit décider si le travailleur était atteint d'une lésion professionnelle.
La Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles (L.R.Q., c. A-3.001) définit comme suit la notion de lésion professionnelle: «lésion professionnelle»: une blessure ou une maladie qui survient par le fait ou à l'occasion d'un accident du travail, ou une maladie professionnelle, y compris la récidive, la rechute ou l'aggravation; Dans la présente instance, il s'agit plus particulièrement de décider si le travailleur était atteint d'une maladie professionnelle.
La notion de maladie professionnelle est définie à l'article 2 de la loi: «maladie professionnelle»: une maladie contractée par le fait ou à l'occasion du travail et qui est caractéristique de ce travail ou reliée directement aux risques particuliers de ce travail; La preuve de l'existence d'une maladie professionnelle est assujettie aux dispositions des articles 29 et 30 de la loi: 29. Les maladies énumérées dans l'annexe I sont caractéristiques du travail correspondant à chacune de ces maladies d'après cette annexe et sont reliées directement aux risques particuliers de ce travail.
Le travailleur atteint d'une maladie visée dans cette annexe est présumé atteint d'une maladie professionnelle s'il a exercé un travail correspondant à cette maladie d'après l'annexe.
30. Le travailleur atteint d'une maladie non prévue par l'annexe I, contractée par le fait ou à l'occasion du travail et qui ne résulte pas d'un accident du travail ni d'une blessure ou d'une maladie causée par un tel accident est considéré atteint d'une maladie professionnelle s'il démontre à la Commission que sa maladie est caractéristique d'un travail qu'il a exercé ou qu'elle est reliée directement aux risques particuliers de ce travail.
Pour bénéficier de la présomption prévue à l'article 29, le travailleur doit démontrer, d'une part qu'il est atteint d'une maladie visée dans l'annexe I de la loi et, d'autre part, qu'il a exercé un travail correspondant à cette maladie d'après cette annexe.
La section V de l'annexe I de la loi comporte enfin notamment les mentions suivantes: Section V Maladies pulmonaires causées par des poussières organiques et inorganiques Maladies 1. Amiantose, cancer pulmonaire ou mésothéliome causé par l'amiante: Genre de travail Un travail impliquant une exposition à la fibre d'amiante.
La Commission d'appel doit maintenant décider si le travailleur doit faire la preuve que son cancer pulmonaire a été causé par l'amiante pour bénéficier de la présomption. Le travailleur a fait valoir des arguments grammaticaux dont la Commission d'appel entend maintenant disposer.
On retrouve ce qui suit dans la grammaire française Le bon usage, Maurice Grévisse, douzième édition refondue par André Goose, Duculot, 1986: «Termes unis par ou Nous avons vu (...) que l'accord se faisait d'ordinaire avec l'ensemble des donneurs lorsque ceux-ci sont unis par ou, mais l'idée même de substitution qui est exprimée par cette conjonction fait que l'accord avec un seul terme est assez fréquent.
(...) On peut rappeler avec Littré que l'accord avec l'ensemble des donneurs «est la construction la plus naturelle». Il a aussi l'avantage de supprimer des ambiguités, puisqu'il permet de distinguer clairement d'avec le cas où, parmi les termes coordonnés, il y a un seul donneur légitime, notamment quand l'épithète ou la proposition relative ne se rapportent qu'à un seul des noms (ou pronoms) coordonnés.
(...) b) La tradition grammaticale enseigne aussi que si l'accord se fait avec un seul des termes unis par ou, ce terme est le dernier.
(...).» La Commission d'appel constate que «causé» est au singulier et que cancer pulmonaire et mésothéliome sont séparés par un ou, ce qui signifie que le «ou» est disjonctif et que «causé par l'amiante» ne s'applique qu'avec le dernier terme de la phrase soit mésothéliome. La Commission d'appel conclut que l'analyse grammaticale fait en sorte que, pour l'application de la présomption, le travailleur atteint d'un cancer pulmonaire n'a pas à prouver que ce cancer a été causé par l'amiante.
Par ailleurs, si la Commission d'appel avait retenu que le «ou» était conjonctif, cette interprétation amènerait à conclure que le travailleur a l'obligation de prouver que l'amiantose est causée par l'exposition à la fibre d'amiante alors que la définition même de cette maladie indique clairement que la fibre d'amiante en est la cause.
Le Dictionnaire de Médecine Flammarion, Médecine-Sciences, Flammarion, 3ième édition, 1989, nous fournit la définition suivante: «ASBESTOSE (...) Pneumoconiose minérale fibrogène grave, du groupe des silicatoses, liée à l'inhalation prolongée ou massive de fibres d'amiante (silicate de calcium ou de magnésium)." (notre soulignement) De plus, Le Petit Robert, dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Société Dictionnaires Le Robert, 1988, nous fournit la définition suivante: «ASBESTOSE (...) maladie professionnelle, due à l'action de poussières d'asbeste sur les poumons» «ASBESTE (...) Minéral fibreux très résistant à la chaleur. v. amiante.» La Commission d'appel conclut qu'en présence de deux interprétations, elle doit retenir l'interprétation qui donne un sens et non celle qui produit un pléonasme ou une redondance.
Dans la présente affaire, il n'est pas contesté que le travailleur était atteint d'un cancer pulmonaire, soit un carcinome épidermoïde du lobe inférieur droit et qu'il a été exposé à la fibre d'amiante.
Il y a donc ouverture en faveur du travailleur à l'application de la présomption édictée à l'article 29 et il est conséquemment présumé atteint d'une maladie professionnelle.
Une fois la présomption établie, l'employeur doit, pour repousser la présomption, établir par une preuve prépondérante, que le travailleur n'était pas atteint d'une maladie professionnelle.
L'employeur a tout d'abord exposé la thèse qu'un cancer du poumon en l'absence d'amiantose ne serait pas causé par l'amiante.
Selon cette thèse, la fibrose pulmonaire serait un des maillons de la chaîne de causalité.
Dans ce contexte, la Commission d'appel doit décider si le travailleur était porteur d'amiantose.
La Commission d'appel conclut que le travailleur n'était pas porteur d'amiantose.
En effet le seul rapport qui conclut à la présence d'un foyer de fibrose amiantosique est celui rédigé par le docteur Chénard le 1er décembre 1986. Cependant, ce médecin, à l'audience, a modifié la portée de son rapport en précisant qu'il y avait une faible possibilité qu'un seul foyer de fibrose soit dû à l'amiantose et que son rapport devrait être réinterprété à la lumière des données cliniques.
Devant ce fait, les docteurs Lefebvre et Massé ont procédé conjointement à l'étude des lames histologiques provenant de l'autopsie pratiquée en août 1986 ainsi qu'à l'étude de douze nouveaux prélèvements pour conclure «qu'il n'y a pas d'évidence de fibrose amiantosique».
L'auteur Kevin Browne, dans l'article intitulé Is Asbestos or asbestosis the cause of the increased risk of lung cancer in asbestos workers, British Journal of Industrial Medicine 1986; 48: 145-149 (pièce I-6) émet l'hypothèse que les fibres d'amiante sont emprisonnées dans les tissus fibreux ce qui aurait pour effet d'entraver les mécanismes de clearance pulmonaire et de favoriser l'accumulation par absorption sur les fibres de substances cancérigènes provenant entre autres de la fumée de cigarette.
La Commission d'appel constate que cette hypothèse va à l'encontre du fait que la majorité des cancers du poumon chez les travailleurs de l'amiante ne sont pas des cancers périphériques mais des cancers centraux qui surviennent à distance des sites où l'accumulation des fibres d'amiante et la fibrose pulmonaire sont les plus intenses. Ce fait a été souligné par le docteur Gauthier dans son témoignage et a été confirmé par les auteurs Richard Doll et Julian Peto dans leur rapport intitulé Asbestos: Effects on health of exposure to asbestos, Health & Safety Commission, London: Her Majesty's Stationery Office: «Like other lung cancers, those that are caused by asbestos occur principally in the main bronchi; but they also occur in the smaller bronchi and in the periphery of the lung and they appear under the microscope in all the common histological forms.» (p.
2) (notre soulignement) La Commission d'appel constate que s'il était vrai que le cancer du poumon causé par l'amiante était étroitement lié au processus fibrotique de l'amiantose, on devrait observer une plus grande fréquence de cancer là où la fibrose amiantosique est la plus intense, soit en périphérie des lobes inférieurs des poumons, ce qui n'est pas le cas selon la preuve présentée à l'audience.
Pour ce qui est de la plus grande fréquence du cancer du poumon au niveau des lobes inférieurs chez les travailleurs de l'amiante comparativement à la population générale, la Commission d'appel retient la position du docteur Mark Cullen, à l'effet qu'il ne faut pas y voir nécessairement un élément de preuve au soutien de la relation entre l'amiantose et le cancer. Le docteur Cullen dans son article Controversies in asbestos related lung cancer, Occupational Medicine: State of the Art Reviews - vol. 2, no 2, April-June 1987 (pièce I-5) s'exprime ainsi: «The individual arguments offered as evidence that lung cancer in exposed workers occurs as a complication of asbestosis are very important and well-supported by extensive data in most cases. There are, however, alternative interpretation, which, as well if not better, fit all of the available data. The fact that cancers are most frequent in the lower lobes and in both humans and animals exposed to fibrogenic doses of asbestos, may prove only that where more fibrogenic dust goes, more carcinogenic dust goes, this fact is supported by Canadian evidence that cancers are far more common in the (likely more heavily exposed) subset of miners and millers with asbestosis.» (p. 263) (notre soulignement) La Commission d'appel retient par ailleurs que le cancer pulmonaire du travailleur se situait effectivement au niveau du lobe inférieur.
L'employeur a aussi fait valoir, en s'appuyant sur Browne, la thèse que les sites de fibrose amiantosique peuvent devenir des foyers de carcinogénèse comme cela semble être le cas dans d'autres types de maladie pulmonaire fibrotique.
Comme le mentionne Browne, ces «scar carcinoma» sont souvent des adénocarcinomes. Cependant, la Commission d'appel constate que si ce mécanisme jouait un rôle important dans l'incidence du cancer du poumon causé par l'amiante, on devrait observer une prépondérance des adénocarcinomes sur les autres types histologiques de cancer du poumon chez les travailleurs de l'amiante. Or, ceci ne semble pas être le cas. En effet, le docteur Lesage a témoigné que les travailleurs de l'amiante ne présentent pas un type particulier de cancer du poumon qui permettrait de les distinguer des cas de cancer observés dans la population générale. De plus, ceci est confirmé par Doll et Peto dans la citation rapportée ci-haut.
Ce dernier mécanisme suggéré par Browne et repris par le docteur Lesage dans son témoignage peut possiblement être responsable de certains cas de cancer du poumon chez les travailleurs de l'amiante mais il ne saurait, comme le souligne Cullen, expliquer une proportion substantielle de l'excès de cancer pulmonaire observé: «True, in some cases of advanced asbestosis some scar carcinomas may result as an out- growth of uncontrolled fibrogenesis, as they do in other disorders associated with UIP lesion. But this phenomenon, if it does occur, cannot explain the majority of the reported excess cancers, which are not adenocarcinomas, which are highly related to other, carcinogenic exposures (namely tobacco), and which apparently occur in some individual humans and animals remote from or independant of a fibrogenic process.» (notre soulignement) (pièce I-5, p. 263) L'employeur a spécifiquement fait référence à des études épidémiologiques au support de sa prétention que l'amiantose est un précurseur du cancer du poumon causé par l'amiante.
La première étude a été réalisée par Kipen, Lilis, Suzuki, Valciukas et Selikoff et s'intitule Pulmonary fibrosis in asbestos insulation workers with lung cancer: a radiological and histopathological evaluation, British Journal of Industrial Medicine 1987; 44: 96-100 (pièce I-9).
La Commission d'appel constate que l'analyse de cette étude ne supporte aucunement les prétentions de l'employeur. En effet, dans cette étude seulement 30% de la population étudiée, à savoir 138 cas sur 450, a fait l'objet d'une évaluation histologique pour déterminer la présence d'amiantose. Cette faible proportion de cas étudiés histologiquement est en soi une raison suffisante pour considérer que cette étude n'est pas valide et donc non pertinente à l'objet de la preuve que l'employeur veut faire.
Qui plus est, les auteurs n'ont fourni aucune information à l'effet que les 138 cas étudiés histologiquement étaient comparables aux 312 qui ne l'ont pas été. Il est donc difficile d'éliminer la possibilité qu'un biais de sélection ait pu intervenir dans le choix des cas étudiés histologiquement, ce qui invalide évidemment la conclusion que l'employeur voudrait tirer de cette étude à savoir qu'il existe une relation entre l'amiantose et le cancer du poumon. Le fait que les 138 cas qui ont fait l'objet d'une étude histologique présentaient tous une fibrose pulmonaire suggère d'ailleurs fortement que l'étude est effectivement entachée d'un biais de sélection. De toute façon, la Commission d'appel retient que l'auteur lui-même reconnaît que son étude ne permet pas de conclure sur la relation entre l'amiantose et le cancer du poumon: «The question of whether or not asbestosis always precedes lung cancer in subjects exposed to asbestos is unresolved, and our present data do not permit conclusions regarding the aetiological relation between lung cancer and pulmonary asbestosis per se, as distinct from that of concurrence between lung cancer and exposure to asbestos.» (notre soulignement) (pièce I-9, p. 100) La deuxième étude a été réalisée par Liddell et Mc Donald et s'intitule Radiological findings as predictors of mortality in Quebec Asbestos workers, British Journal of Industrial Medicine 1980; 37: 257-267 (pièce I-8). La Commission d'appel considère que cette étude est la plus pertinente au présent dossier puisque la population étudiée par ces chercheurs est en effet celle des travailleurs des mines et moulins d'amiante du Québec. Dans cette étude, Liddell et McDonald ont notamment mis en relation les anomalies observées sur les radiographies pulmonaires d'une cohorte de 4 559 travailleurs et les causes de décès observés.
L'analyse de Liddell et McDonald concernant l'association entre l'amiantose et le cancer du poumon se lit comme suit: «The nature of the association between pulmonary fibrosis and lung cancer in asbestos workers is a matter of theoretical interest and medicolegal importance, which our findings do not wholly clarify.
In cohort I the SMR of 1.77 for lung cancer implies an occupational excess of perhaps 52 deaths many by virtue of the interaction between asbestos and smoking. The analysis of parenchymal change among 118 of these cases shows that in only 33 were small opacities read. If we could assume that all 33 were part of the 52 excess cases this proportion (63%) would be little lower than the 23 out of 31 (74%) for pneumoconiosis deaths.
Although there is no way of specifically identifying the excess cases, the assumption is supported by the relatively high level of discrimination (RR=2.88) on the basis of small opacities alone. Indeed, from the material on which table 5 is based, we found that 49 of the 52 excess deaths from lung cancer were among men whose radiographs were less than normal 33 showing small opacities. This suggests that most, but not necessarily all, cases of lung cancer attributable to chrysotile exposure in mining and milling probably have small parenchynal opacities before death. Presumably, histological evidence would be more sensitive.» La Commission d'appel retient de cette brève analyse que les auteurs ont observé dans leur cohorte de 4 549 travailleurs (cohorte 1) 118 décès par cancer du poumon, ce qui représentait un excès de 52 décès par rapport à la population générale et que 33 cas de décès par cancer du poumon présentait des petites opacités parenchymateuses sur leur radiographie pulmonaire. Les auteurs expliquent par la suite que la présomption à l'effet que les 33 cas présentant des petites opacités parenchymateuses font partie des 52 cas excédentaires est supportée par le fait que le risque relatif de décès par cancer du poumon associé à la présence de petites opacités est de 2.88 ce qui indiquerait un niveau relativement élevé de discrimination. Les auteurs semblent aussi fonder leur supposition sur leur constatation que 49 des 52 cas de décès excédentaires avaient une radiographie «moins que normale». La Commission d'appel retient que les auteurs n'expliquent cependant pas comment ils en arrivent à cette contastation.
La Commission d'appel ne peut que conclure que cette analyse présente certaines difficultés de compréhension. Le docteur Lesage ne lui a pas fourni d'explications susceptibles d'éclairer sa compréhension des données de Liddell et McDonald. En dernière analyse, ce qu'il importe de retenir de cette étude c'est que probablement la majorité mais pas nécessairement tous les cas de cancer attribuables à l'exposition à l'amiante ont des petites opacités parenchymateuses avant le décès: «This suggests that most but not necessarly all cases of lung cancer attributable to chrysotyle exposure in mining and milling probably have small parenchymal opacities before death.» (notre soulignement) (pièce I- 8, p. 266) La troisième étude a été réalisée par Hughes et Weill et s'intitule Pulmonary fibrosis as a determinant of asbestos- induced lung cancer, Tulane University Medical Center, New Orleans, Louisiana, USA (pièce I-4).
La Commission d'appel constate en premier lieu que l'employeur n'a déposé que le résumé de cette étude. Il est donc difficile d'évaluer la méthodologie de cette étude et par conséquent la validité des résultats. De plus, l'absence de données sur l'exposition rend particulièrement difficile l'appréciation de l'excès de cancer du poumon observé chez les 144 travailleurs qui présentaient de petites opacités radiologiques. L'exposition cumulative de ces travailleurs était-elle comparable à celle des 309 travailleurs qui ne présentaient pas de signes radiologiques d'amiantose? Une plus faible exposition chez ce dernier groupe pourrait expliquer l'absence non seulement d'amiantose mais également d'excès de cancer du poumon. En l'absence de données plus précises sur la méthodologie de l'étude, il est donc difficile d'endosser sans réserve la conclusion des auteurs à l'effet que cette étude suggère que la fibrose amiantosique est un précurseur du cancer du poumon.
La Commission d'appel doit maintenant considérer la deuxième thèse de l'employeur à l'effet que l'absence d'amiantose indiquerait que l'exposition à l'amiante n'a pas été suffisante pour causer un cancer pulmonaire. Cette thèse est fondée sur l'hypothèse qu'il existe un seuil pour l'amiantose et le cancer du poumon et que le seuil du cancer du poumon est supérieur à celui de l'amiantose.
L'employeur base en grande partie son opinion concernant l'existence d'un seuil pour le cancer du poumon sur la revue de la littérature effectuée par Kevin Browne dans l'article intitulé A threshold for asbestos related lung cancer, British Journal of Industrial Medicine, 1986; 43: 556-558 (pièce I-15): «The data given above show that every industrial group of asbestos workers with adequate data on individual duration and intensity of exposure provides some evidence of a threshold of cumulative exposure below which the risk of lung cancer does not appear to be raised. The evidence for a threshold is also supported by one well documented study giving duration of exposure only, and by several studies showing no increase in lung cancer risks despite the presence of low levels of other asbestos related disease.» (pp.
557-558) Le docteur Mark Cullen dans son article cité ci-haut (pièce I-5) souligne les problèmes de méthodologie qui peuvent fort bien expliquer l'incapacité des études épidémiologiques comme celles rapportées par Browne à démontrer un excès de risque de cancer du poumon aux faibles niveaux d'exposition: «The fundamental evidence for a threshold is the absence of a significant excess of lung cancer at lowest doses in most published human mortality studies.
Unfortunately, given the difficulties of dose assesment, limitations of power to detect very low relative risks, and inevitable misclassification bias, it would be an error to concur with Browne in over- interpreting these non-positive data. On the other hand, the data refuting a threshold effect are equally unsatisfactory.» (p. 265) (notre soulignement) L'employeur fait également référence à un article de McDonald et Liddell intitulé Dust exposure and mortality in chrysotile mining, 1910-75, British Journal of Industrial Medicine, 1980; 37: 11-24 (pièce I-7) pour prouver qu'il existe un seuil en deça duquel il n'y a pas d'excès de risque de cancer du poumon.
Cependant, la Commission d'appel considère que les commentaires de Cullen concernant les facteurs qui limitent la capacité des études épidémiologiques à détecter des excès de risque associés aux plus faibles doses d'exposition s'appliquent aussi à cette étude et de plus, les auteurs eux-mêmes ne formulent pas cette opinion dans leur article mais nous amènent à conclure que le SMR de 1.15 pour le cancer du poumon observé chez les 1904 travailleurs les «moins exposés» n'est pas incompatible avec la relation dose-réponse linéaire qui apparaît au schéma de la page 19 de l'article: «Nevertheless, the lung cancer SMR for all 1904 men was 1.15, in close conformity with that which might be predicted from the figure (around 1.20), or the relative risk of 1.16 from the fitted line (Berry G., unpublished). By their nature, epidemiological surveys, however large, cannot achieve greater precision than the one described here. Hence the clear importance of deciding whether a linear exposure-response model should be adopted if only for practical reasons.» (notre soulignement) (pièce I-7, p. 23) De plus, en ce qui a trait à la validité de cette relation dose- réponse linéaire les auteurs s'expriment ainsi: «Our findings by two methods of analysis conform well with the hypothesis of linearity but they do not constitute proof. It is not unreasonable, however to suppose that the probability of initiation of the malignant process by mutation may be dose-related and that defence mechanisms will not change this.» (p. 21) (notre soulignement) La Commission d'appel constate que la question de l'existence d'un seuil pour le cancer du poumon causé par l'amiante n'est pas résolue.
C'est d'ailleurs la conclusion à laquelle en est venu le Surgeon General des États-Unis qui s'exprime clairement sur cette question dans la publication The health consequences of smoking, cancer and chronic lung disease in the work place, U.S.
Department of health and human services (pièce A-5): «In summary, although the level of asbestos exposure that occurs in the general population does not appear to be accompanied by an increased risk of lung cancer the demonstration of a clear threshold below which there is no effect in occupationally exposed populations is not possible.» (notre soulignement) (p.
224) De plus, les auteurs du rapport de l'Advisory Committee de l'Angleterre sur l'amiante (pièce A-4) qui a été publié en 1979, n'ont pas trouvé dans leur revue des études publiées jusqu'à cette époque de preuve de l'existence d'un seuil: «For lung cancer the available data in man, all of which are derived from industry, show an increase in risk with increasing dose of dust and we find no evidence within the range of dust levels studied for a threshold of dose below which there is no evidence of risk.» (notre soulignement) (p. 55) Dans l'article Asbestos, Effects on health of exposure to asbestos, Health & Safety Commission, London, 1985, les professeurs Doll et Peto ont fait une revue de l'état des connaissances sur les effets adverses de l'amiante et ont constaté l'absence de preuve concernant l'existence d'un seuil pour le cancer du poumon: «Nor is it demonstrable that there is no threshold dose below which cancer is not produced. The idea that there might be such a dose and that asbestos induced cancers occur only secondary to the fibrosis of asbestosis has sometimes been expressed. (...) In the light of modern knowledge of carcinogenesis such an idea does not seem plausible.
No threshold for the carcinogenic effect of asbestos has been demonstrated in human or in laboratory animals and in the absence of positive evidence for a threshold we have followed standard scientific practice and assumed that none exists.» (notre soulignement) (p.
321) L'employeur a souligné qu'à plusieurs endroits dans leur rapport, les auteurs Doll et Peto ne s'embarassent pas de nuances. La Commission d'appel constate que l'affirmation suivante de Doll et Peto, citée hors contexte, peut paraître paradoxale: «Whether the two agents (amiante et cigarette) act to multiply each others effects exactly is uncertain, but the interaction is so strong and so nearly multiplicative that, on present knowledge, we must assume that the lung cancer in a particular man or woman who has been exposed to Asbestos is attributable in part to that exposure is unaffected by his or her past smoking habits.» (soulignement de l'employeur) (pièce A-4) (p. 3) Par contre, vouloir suggérer que Doll et Peto ignorent l'effet du tabac sur le risque de développer un cancer du poumon chez les travailleurs exposés à l'amiante est trompeur. En effet, dans la citation rapportée par l'employeur, les auteurs affirment clairement que l'interaction entre l'amiante et la cigarette est très forte et presque multiplicative. Selon la Commission d'appel, il n'y a donc aucun doute que Doll et Peto reconnaissent l'influence de la cigarette sur la probabilité de développer un cancer du poumon chez les travailleurs exposés à l'amiante.
L'affirmation de Doll et Peto à l'effet que chez un individu donné, la probabilité de développer un cancer du poumon n'est pas affectée par son statut tabagique doit être interprétée à la lumière de l'affirmation qui précède immédiatement la citation rapportée par l'employeur: «Asbestos, moreover, seems to exert its effect synergistically with tobacco smoke increasing the incidence rate among people of given age by the same proportion in smokers and non smokers alike.» (notre soulignement) (pièce A-4, p. 3) Cette affirmation est vraisemblablement basée sur les données de Hammond citées par le docteur Lesage à l'audience et tirées de l'article déjà rapporté intitulé Asbestos exposure, cigarette smoking and death rates.
Comme on peut le constater, le risque relatif (taux de mortalité chez les exposés à l'amiante par rapport au taux de mortalité chez les non-exposés) de mourir d'un cancer du poumon chez les non-fumeurs exposés à l'amiante par rapport aux non-fumeurs non exposés est d'environ 5 (58.4/11.3); par ailleurs, le risque relatif chez les fumeurs exposés à l'amiante par rapport aux fumeurs non exposés est également d'environ 5 (601.6/122.6).
Donc, lorsqu'on compare les fumeurs et les non-fumeurs entre eux, on constate que le risque relatif chez les travailleurs exposés à l'amiante par rapport à ceux qui ne sont pas exposés est le même.
C'est ce qui fait dire à Doll et Peto que l'exposition à l'amiante augmente dans la même proportion le taux d'incidence du cancer du poumon chez les fumeurs et les non-fumeurs. On peut donc, dans un cas donné, faire abstraction du statut tabagique pour déterminer la part de responsabilité de l'exposition à l'amiante dans le développement du cancer du poumon. En effet, elle est la même en terme relatif chez les fumeurs et les non- fumeurs. C'est là le sens que la Commission d'appel donne à l'affirmation de Doll et Peto.
D'ailleurs, ces auteurs ajoutent après la citation rapportée par l'employeur que le fait que la probabilité qu'un cancer du poumon chez un individu exposé à l'amiante soit en partie attribuable à cette exposition n'est pas affecté par ses habitudes tabagiques est pratique sur le plan légal car la preuve sur l'usage du tabac est dès lors inutile pour établir la relation entre l'exposition à l'amiante et le cancer.
«This is convenient from a legal view point, as it means that evidence about tobacco use is not needed and it may be extremely fortunate from the point of view of practical prevention.» (notre soulignement) (p. 31) La Commission d'appel considère que les mêmes commentaires s'appliquent également à la deuxième citation de Doll et Peto rapportée par l'employeur: «It is assumed that the relative risk of lung cancer from exposure to asbestos increases linearly during constant exposure, remains constant after exposure stops, increases in proportion to intensity of exposure and is independent of age and smoking.
Even under conditions of heavy exposure little if any risk is produced for at least five years and no increase in risk may be detectable for 15 or 20 years following prolonged exposure at lower levels.» (soulignement de l'employeur) La Commission d'appel conclut, contrairement à ce que suggère l'employeur, que les hypothèses proposées par Doll et Peto dans les citations rapportées précédemment n'apparaissent pas mal fondées et peuvent être considérées pour décider des questions en litige.
La Commission d'appel entend maintenant apprécier l'exposition du travailleur. Bien qu'à la section V de l'annexe I de la loi, on ne retrouve pas de référence à l'intensité et à la durée de l'exposition, il s'agit cependant d'éléments importants pour apprécier la probabilité qu'une certaine exposition à l'amiante entraîne un cancer du poumon.
Dans le présent dossier, il a été mis en preuve que le travailleur a travaillé à l'expédition des poches d'amiante pendant environ onze ans de 1946 à 1957, dans la mine souterraine pendant environ deux ans et demi de 1957 à 1959 et dans la mine à ciel ouvert pendant environ vingt-sept ans de 1959 à 1986. Comme aucune mesure quantitative de l'exposition à l'amiante n'est disponible avant 1970, la Commission d'appel doit se baser sur l'opinion des témoins pour quantifier l'exposition du travailleur avant cette date.
La Commission d'appel considère que l'exposition du travailleur lorsqu'il était affecté à l'expédition des poches était plus qu'intense. En effet, la Commission d'appel retient le témoignage de monsieur Charland qui occupait le poste de préposé à l'expédition à la même époque que le travailleur, à l'effet que la manipulation des poches d'amiante soulevait des nuages de poussière. De plus, monsieur Charland précise que les postes d'ensacheurs et de couseurs étaient contigus et que les préposés à l'expédition travaillaient régulièrement à proximité de ces deux postes.
De plus, le docteur Lesage qui a une longue expérience dans le secteur des mines et moulins d'amiante au Québec, ne se prononce pas sur l'exposition au poste de préposé à l'expédition mais qualifie d'excessive à cette époque l'exposition d'un ensacheur.
En se basant sur le témoignage de monsieur Charland à l'effet que les deux postes de travail étaient contigus, la Commission d'appel retient du témoignage du docteur Lesage que l'exposition du travailleur à cette époque était excessive. Selon le docteur Gauthier, dont les connaissances relatives à l'exposition des travailleurs de l'amiante proviennent surtout des informations que les nombreux travailleurs qu'il a examinés lui ont fournies, le travailleur a été exposé de façon intense alors qu'il était à l'expédition.
La Commission d'appel retient des témoignages des docteurs Lesage et Gauthier que l'exposition du travailleur lorsqu'il travaillait dans la mine souterraine était de faible à modérée et légère ou minime lorsqu'il travaillait dans la mine à ciel ouvert. La Commission d'appel retient l'opinion du docteur Gauthier que l'exposition cumulative du travailleur pendant les quarante années travaillées chez l'employeur équivaut à une exposition intense de plus de vingt ans. En effet, pendant onze années, l'exposition du travailleur a été plus qu'intense et par la suite, l'exposition a été plus faible mais sur une période de temps prolongée soit pendant vingt-neuf années de 1957 à 1986, il est donc tout à fait plausible de conclure que l'exposition cumulative du travailleur équivaut à une exposition intense pendant plus de vingt ans.
La Commission d'appel décide aussi d'apprécier l'exposition du travailleur en la comparant aux normes auxquelles le docteur Lesage a fait référence durant son témoignage. Il s'agit des normes de la British Occupational Hygien Society (B.O.H.S.) (pièce I-1) qui recommande le classement des expositions en fonction du taux d'empoussiérage en plusieurs catégories: Empoussiérage Concentration moyenne pour 3 mois, fibres/cc Négligeable 0. - 0.4 Faible 0.5 - 1.9 Moyen 2.0 - 10.0 Élevé plus de 10 A partir de ces catégories, la Commission d'appel peut calculer l'exposition cumulative du travailleur tout en étant consciente que ce calcul permet d'estimer seulement l'ordre de grandeur de l'exposition.
Le travailleur a travaillé onze ans à l'expédition et la Commission d'appel a décidé précédemment que l'exposition était plus qu'intense. Cette période de travail correspond donc à la catégorie d'exposition de B.O.H.S. dont la limite inférieure est de 10 fibres/cc. Compte tenu de la description de l'exposition faite à l'audience, la Commission d'appel considère qu'il est peu probable que celle-ci se situait à la limite inférieure de 10 fibres/cc. Un estimé conservateur pourrait certainement situer l'exposition à l'expédition entre 10 et 15 fibres/cc.
L'exposition cumulative pendant les onze années où le travailleur a travaillé à l'expédition se situe donc entre 110 et 165 fibres/cc année (11 ans x 10 fibres/cc et 11 ans x 15 fibres/cc).
Par la suite, le travailleur a travaillé deux ans dans la mine souterraine où l'exposition a été qualifiée de faible à modérée.
La limite inférieure de la catégorie d'empoussiérage faible et la limite supérieure de la catégorie moyenne de la classification du B.O.H.S. sont respectivement 0.5 et 10 fibres/cc. L'exposition cumulative pendant cette période se situerait donc entre 1 et 20 fibres/cc année (2 ans x 0.5 fibre/cc et 2 ans x 10 fibres/cc).
Finalement, le travailleur a travaillé 27 ans dans la mine à ciel ouvert où l'exposition était de minime à faible. La limite inférieure de la catégorie négligeable de la classification est 0 fibre/cc et la limite supérieure de la catégorie faible est 1.9 fibres/cc.
En fixant, pour les fins du présent calcul, la limite inférieure de la catégorie négligeable à 0.1 fibre/cc, l'exposition cumulative pour la période où le travailleur a travaillé dans la mine à ciel ouvert se situerait entre 2.7 et 51.3 fibres/cc année (27 x 0.1 fibre/cc et 27 ans x 1.9 fibres/cc). La somme de l'exposition cumulative pour ces trois périodes varie de 114 à 236 fibres/cc année.
L'auteur Browne rapporte que, selon les études qui fournissent un estimé de l'exposition, le seuil où il y aurait une augmentation du risque de développer un cancer du poumon se situerait entre 25 et 100 fibres/cc année: «It is noteworthy that where estimates of exposure are given, the threshold for increased risk of lung cancer appears to be somewhere in the range of 25-100 f/cc years. The Ontario Royal Commission suggested that a threshold for clinical asbestosis was in the range of 25 f/cc years» (pièce I-15, p. 558) La limite inférieure estimée de l'exposition du travailleur était de 114 fibres/cc année, elle est donc supérieure au meilleur estimé que l'on puisse faire actuellement d'un seuil d'exposition pour le cancer du poumon causé par l'amiante.
De plus, selon le critère fixé par le Comité des Présidents pour reconnaître la relation entre l'exposition à l'amiante et le cancer du poumon en l'absence d'amiantose, à savoir une exposition intense de plus de 20 ans, l'exposition cumulative nécessaire pour satisfaire cette règle devrait être de 200 fibres/cc année ou plus (20 ans x 10 fibres/cc). Compte tenu que l'estimé fait par la Commission d'appel de l'exposition cumulative du travailleur en se basant sur la preuve faite à l'audience se situe entre 114 et 236 fibres/cc année, elle conclut, tout comme le fait le docteur Gauthier, que le critère d'exposition fixé par le Comité des présidents est respecté dans le cas du travailleur.
La Commission d'appel retient que la présomption que l'amiante augmente le risque relatif du cancer du poumon proportionnellement à la durée et à l'intensité moyenne de l'exposition a été adopté par un nombre impressionnant de chercheurs individuels et de groupes de travail, tel que l'indiquent Doll et Peto: «The assumption that asbestos increases the relative risk for lung cancer in proportion to both duration and average intensity of asbestos exposure, irrespective of both age and cigarette smoking (Peto 1977 and 1978) has been adopted in several recent reviews (Acheson and Gardner,1979 and 1983, Chronic Hazard Advisory Committee on Asbestos 1984; Royal Commission, 1984; National Research Council, 1984).» (notre soulignement) (pièce A-4, p. 34) A ce stade, la Commission d'appel constate que les principales questions scientifiques débattues dans le présent appel, à savoir la relation causale entre l'amiantose et le cancer du poumon et l'existence d'un seuil pour le cancer du poumon sont controversées. Cependant, la présomption ayant pour effet d'établir une relation entre le cancer du poumon et l'exposition à la fibre d'amiante, la Commission d'appel doit décider si l'employeur a réussi à repousser cette présomption.
La Commission d'appel doit donc étudier les effets d'une présomption légale, soit dans le présent appel, la présomption prévue à l'article 29 de la loi.
Sur ce sujet, les auteurs Nadeau et Ducharme dans leur Traité de droit civil du Québec (tome neuvième, La preuve en matières civiles et commerciales, Wilson et Lafleur, 1965) s'expriment comme suit: «544. Les effets de la présomption légale.
(...) Celui qui bénéficie d'une présomption légale se trouve nettement avantagé au départ, il appartiendra à celui qui l'attaque de rapporter la preuve contraire, et si l'enquête laisse subsister un doute sérieux, il s'interprétera en faveur du bénéficiaire de la présomption.
Le juge, de son côté, n'a aucunement la possibilité de se considérer libre d'écarter les conséquences que la loi a tirées de certains faits; la présomption légale s'impose à lui. Il ne peut, dans le but de contredire ou modifier ces conséquences, substituer son raisonnement à celui du législateur. Les présomptions légales ont un caractère obligatoire, à la condition, bien entendu, de l'inexistence d'une preuve contraire dans les cas où elle est admissible.» (pp. 441, 442) Ce principe avait été appliqué par l'honorable juge McDougall dans l'affaire Scholnick v. Ideal Paper Box Co. Ltd (1937) 43 R.L. 277: «Considering that, even if the case be regarded from a point of view more favourable to the defendants' pleading, they have yet failed to repel the presumption of law which rests upon them (Motor Vehicle Act, sec.
83, par. 2), that the accident to said Anne Glick did not arise through the negligent and improper conduct of the driver of said truck, a conclusion upon the facts which is open in the light of the jurisprudence above cited; Considering that the statutory onus so cast upon a defendant is not a mere shifting or transitory burden, to be displaced merely by some evidence by defendant that he was not to blame, if that evidence is not sufficiently reasonable to satisfy the Court that he was not negligent; such onus still bears upon the defendant till the end of the case, when it is to be determined whether the defendant has sufficiently shown that he did not in fact cause the accident by his negligence, and, if the issue is left in doubt, or the evidence is balanced or even, the defendant remains liable in virtue of the statutory burden; (See per Lord Eright, in Winnipeg Electric v. Geel, 1932, A.C. 690); (notre soulignement) La Commission d'appel considère qu'à la lumière de toute la preuve au dossier, il subsiste un doute sur le caractère professionnel du cancer pulmonaire dont le travailleur était atteint.
La Commission d'appel constate que la position de l'employeur est basée sur des hypothèses soit que la fibrose amiantosique est un maillon essentiel dans la chaîne de causalité entre l'exposition à l'amiante et le cancer du poumon, soit qu'il existe un seuil d'exposition pour le cancer du poumon causé par l'amiante, que ce seuil est supérieur à celui de l'amiantose et que de ce fait, le cancer du poumon causé par l'amiante ne peut être reconnu en l'absence d'amiantose.
De son côté, le travailleur a démontré que son exposition à l'amiante a été suffisante pour augmenter de façon significative son risque de développer un cancer du poumon. En effet, comme le démontre l'analyse de son histoire professionnelle, son exposition cumulative à l'amiante a été importante et sans aucun doute supérieure au seuil hypothétique de 25 à 100 f/cc année avancée par Browne. De plus, l'augmentation du risque relatif de développer un cancer du poumon à la dose d'exposition à laquelle le travailleur a été exposé n'est pas contestée sur le plan scientifique. C'est le risque aux faibles doses d'exposition qui est controversé et non le risque aux doses élevées.
Dans ce cas, le doute s'interprétant en faveur du travailleur, la Commission d'appel conclut que le travailleur était atteint d'une maladie professionnelle pulmonaire, soit un carcinome épidermoïde du lobe inférieur droit.
La Commission d'appel doit maintenant décider si les personnes à charge ont droit aux indemnités de décès conformément à l'article 97 de la loi: 97. Le décès d'un travailleur en raison d'une lésion professionnelle donne droit aux indemnités prévues par la présente section.
Pour avoir droit à ces indemnités, la preuve doit être faite que le travailleur est décédé en raison d'une lésion professionnelle.
L'article 95 de la loi établit par ailleurs une présomption de décès en raison d'une maladie professionnelle.
L'article 95 est ainsi libellé: 95. Le travailleur qui décède alors qu'il reçoit une indemnité de remplacement du revenu par suite d'une maladie professionnelle pouvant entraîner le décès est présumé décédé en raison de cette maladie.
Cette présomption ne s'applique que si la Commission a la possibilité de faire faire l'autopsie du travailleur.
Le travailleur était atteint d'une maladie professionnelle qui lui aurait donné droit de recevoir une indemnité de remplacement du revenu, tel qu'en a décidé précédemment la Commission d'appel, et il n'est pas contesté que cette maladie, soit un cancer pulmonaire, pouvait entraîner le décès. De plus, une autopsie a été pratiquée le 4 août 1986.
Il y a donc lieu de conclure que les conditions d'application de la présomption prévue à l'article 95 de la loi se trouvent ici réunies et que, conséquemment, le travailleur est présumé décédé en raison du cancer pulmonaire dont il était atteint. De plus, aucune preuve n'a été présentée permettant de repousser cette présomption, la maladie professionnelle du travailleur, soit un carcinome épidermoïde du lobe inférieur droit, est la cause de son décès.
Par conséquent, les personnes à charge du travailleur au moment de son décès, le 3 août 1986, ont droit aux indemnités de décès prévues à la sous-section 2 de la section III du chapître III de la loi.
POUR CES MOTIFS, LA COMMISSION D'APPEL EN MATIERE DE LÉSIONS PROFESSIONNELLE ACCUEILLE l'appel de la succession de monsieur Clément Guillemette; INFIRME la décision rendue le 22 juillet 1986 par la Commission de la santé et de la sécurité du travail; DÉCLARE que monsieur Clément Guillemette était atteint d'une maladie professionnelle pulmonaire; ORDONNE à la Commission de la santé et de la sécurité du travail de verser à la succession de monsieur Clément Guillemette les prestations prévues à la loi qui auraient dues être versées à monsieur Clément Guillemette; REJETTE l'appel logé par la compagnie J.M. Asbestos Inc.; MAINTIENT la décision rendue le 5 février 1987 par la Commission de la santé et de la sécurité du travail; DÉCLARE que monsieur Clément Guillemette est décédé en raison d'une lésion professionnelle; DÉCLARE que les personnes à charge de monsieur Clément Guillemette au moment de son décès, le 3 août 1986, ont droit aux indemnités de décès prévues à la sous-section 2 de la section III du chapitre III de la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles (L.R.Q., c. A-3.001) à la suite du décès de monsieur Clément Guillemette en raison d'une lésion professionnelle; ORDONNE à la Commission de la santé et de la sécurité du travail de verser aux personnes à charge du travailleur décédé les prestations auxquelles elles ont droit.
Micheline Paquin, commissaire C.S.D.
(Me Yvan Bousquet) 608, boul. Simoneau Asbestos (Québec) J1T 4P8 Représentant de la Succession de monsieur Clément Guillemette et de madame Liliane Boisvert Guillemette BYERS, CASGRAIN (Me Marie Deschamps) Casier postal 1270 Succursale Station B Montréal (Québec) H3B 3K9 Représentante de J.M. Asbestos Annexe Liste de la littérature scientifique déposée Appel, JD, Fasy, TM, Kohtz, DS, Kohtz, JD, Johnson, EM, Asbestos fibers mediate transformation of monkey cells by exogenous plasmid DNA, Proc. Natl. Acad. Sci. USA, 1988, 85, 7670-7674.
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